Mé­tro­pole du Grand Pa­ris: que va dé­ci­der Em­ma­nuel Ma­cron ?

Fu­sion des dé­par­te­ments de la pe­tite cou­ronne ? Ex­ten­sion de la mé­tro­pole à la ré­gion Île-de-France ? Sta­tu quo ? Le chef de l’État ren­dra ses ar­bi­trages le 14 dé­cembre pro­chain.

Le Figaro - - LA UNE - Guillaume Tabard £@GTa­bard

Ver­dict dans un mois ? C’est à l’oc­ca­sion de la deuxième Confé­rence na­tio­nale des ter­ri­toires qui se réuni­ra le 14 dé­cembre pro­chain qu’Em­ma­nuel Ma­cron de­vrait dé­voi­ler son ar­chi­tec­ture du Grand Pa­ris. Ini­tia­le­ment en­vi­sa­gées en no­vembre, ces an­nonces pré­si­den­tielles ont été re­por­tées. Et ce re­port pour­rait dé­bou­cher sur une sur­prise : un ar­bi­trage en fa­veur du sché­ma ré­gio­nal au dé­tri­ment du sché­ma stric­te­ment mé­tro­po­li­tain qui avait jus­qu’ici sa pré­fé­rence. Pour per­son­na­li­ser l’al­ter­na­tive, Ma­cron irait donc fi­na­le­ment dans le sens sou­hai­té par Va­lé­rie Pé­cresse, pré­si­dente de la ré­gion Île-de-France qui sou­haite ab­sor­ber la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris (MGP) au sein de la ré­gion, et non plus dans le sens dé­fen­du par Anne Hi­dal­go, maire de Pa­ris, et Pa­trick Ol­lier, pré­sident de la MGP, les­quels dé­fendent la co­hé­rence du pé­ri­mètre ac­tuel, éven­tuel­le­ment élar­gi à quelques com­munes sup­plé­men­taires. Avant d’être une ques­tion d’or­ga­ni­sa­tion ad­mi­nis­tra­tive, le Grand Pa­ris est un grand pro­jet d’amé­na­ge­ment et de dé­ve­lop­pe­ment de l’ag­glo­mé­ra­tion pa­ri­sienne, lan­cé par Ni­co­las Sar­ko­zy en sep­tembre 2007, pour un ho­ri­zon de « vingt, trente, voire qua­rante ans ». Ce pro­jet passe par la réa­li­sa­tion d’un vaste ré­seau de trans­port fer­ro­viaire de quelque 200 km de lignes et 72 gares, dont les tra­vaux sont d’ores et dé­jà en­ta- més, et par le lan­ce­ment de grands pro­jets d’ur­ba­nisme. La ques­tion de la gou­ver­nance de cette zone, pour­tant étu­diée dès 2008 dans le cadre du rap­port Bal­la­dur sur l’or­ga­ni­sa­tion ter­ri­to­riale de la France, avait été dif­fé­rée. Elle a abou­ti en 2014, sous le gou­ver­ne­ment Ay­rault, avec la loi Maptam sur les mé­tro­poles ; la­quelle a per­mis la mise en place au 1er jan­vier 2016 de la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris (MGP). La MGP est une struc­ture in­ter­com­mu­nale re­grou­pant Pa­ris et 130 com­munes, soit la to­ta­li­té des villes des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-De­nis et du Val-de-Marne, plus six com­munes de l’Es­sonne et Ar­gen­teuil, dans le Val-d’Oise. Son conseil com­prend 209 conseillers mé­tro­po­li­tains dé­si­gnés par les conseils mu­ni­ci­paux de chaque com­mune (62 pour Pa­ris, qui compte 2 mil­lions des 7,2 mil­lions d’ha­bi­tants de l’en­semble). Mais cette struc­ture a re­pré­sen­té un éche­lon sup­plé­men­taire dans le fa­meux « mille-feuilles » ter­ri­to­rial que tout pré­sident de la Ré­pu­blique pro­met pour­tant d’al­lé­ger. D’au­tant qu’au sein de la MGP, les 131 com­munes sont éga­le­ment re­grou­pées en 12 éta­blis­se­ments pu­blics ter­ri­to­riaux (EPT) re­grou­pant cha­cun (à part Pa­ris pro­pre­ment dit) de 8 à 16 com­munes et de 300 000 à 700 000 ha­bi­tants. Tous les ac­teurs po­li­tiques de la ré­gion pa­ri­sienne s’ac­cordent au moins sur un point : il faut sim­pli­fier l’or­ga­ni­sa­tion ad­mi­nis­tra­tive. Donc sup­pri­mer un éche­lon. Mais le­quel ? C’est là que cha­cun voit mi­di à sa porte et que l’ar­bi­trage d’Em­ma­nuel Ma­cron est at­ten­du. En sa­chant que deux ques­tions se posent : celle du pé­ri­mètre de la Mé­tro­pole et celle du mode d’élec­tion de la fu­ture tête du Grand Pa­ris. Pour Anne Hi­dal­go (PS) et Pa­trick Ol­lier (LR) qui af­fichent leur en­tente de­puis le lan­ce­ment de la MGP, la mé­tro­pole se dé­fi­nit par « un tis­su ur­bain dense et conti­nu ». « C’est ain­si par­tout dans le monde », pré­cise la maire de la ca­pi­tale. Ce qui rend im­pen­sable à leurs yeux d’élar­gir le pé­ri­mètre de la Mé­tro­pole à l’en­semble de la ré­gion Île-de-France dont le ter­ri­toire reste en grande par­tie ru­ral. Pour Va­lé­rie Pé­cresse jus­te­ment, le dé­ve­lop­pe­ment de l’ag­glo­mé­ra­tion pa­ri­sienne ne peut pas se faire en op­po­sant les ter­ri­toires. Mais au contraire en jouant la com­plé­men­ta­ri­té et la di­ver­si­té, afin de « créer la pre­mière mé­tro­pole éco­lo­gique d’Eu­rope ». « 20 trains re­lient quo­ti­dien­ne­ment Pro­vins à Pa­ris, 3, seule­ment, Pro­vins à Troyes », dit-elle pour prou­ver que même une zone ru­rale dis­tante de 100 km de la ca­pi­tale peut être plei­ne­ment par­ti­ci­pante du Grand Pa­ris. Entre ces ceux lo­giques, que choi­si­ra Em­ma­nuel Ma­cron ? Du­rant sa cam­pagne, son choix sem­blait ar­rê­té. « Là où il y a mé­tro­pole, les dé­par­te­ments ont vo­ca­tion à dis­pa­raître », di­sait-il au prin­temps dans la re­vue Grand Pa­ris Dé­ve­lop­pe­ment. Comme beau­coup, il avait en tête le scé­na­rio lyon­nais, où la mé­tro­pole de Gé­rard Col­lomb a re­pris toutes les com­pé­tences du conseil dé­par­te­men­tal. Mais, à Lyon, un seul dé­par­te­ment était concer­né. Dans l’ag­glo­mé­ra­tion pa­ri­sienne, c’est quatre. Plus com­pli­qué à faire. Sur­tout quand le soup­çon d’opé­ra­tion po­li­tique existe. Le com­mu­niste Ch­ris­tian Fa­vier (Val-de-Marne), le LR Pa­trick De­ved­jian (Hauts-de-Seine) et le PS Stéphane Trous­sel (Seine-Saint-De­nis) or­ga­nisent la ré­sis­tance des dé­par­te­ments.

“Créons la plus grande mé­tro­pole éco­lo­gique d’Eu­rope ” VA­LÉ­RIE PÉ­CRESSE, PRÉ­SI­DENTE DE LA RÉ­GION ÎLE-DE-FRANCE

“Ren­for­çons l’alliance entre les maires et le lien entre nos villes ” ANNE HI­DAL­GO, MAIRE DE PA­RIS

La ques­tion du mode de scru­tin n’est pas neutre non plus. Faire élire les élus de la Mé­tro­pole - donc son pa­tron - au suf­frage uni­ver­sel lui don­ne­rait une lé­gi­ti­mi­té dé­mo­cra­tique. Mais crée­rait mé­ca­ni­que­ment une guerre po­li­tique entre Pé­cresse (ré­gion), Hi­dal­go (ville) et le pa­tron de la Mé­tro­pole. C’est aus­si pour ce­la que Va­lé­rie Pé­cresse veut iden­ti­fier ré­gion et Mé­tro­pole ; et qu’Anne Hi­dal­go et Pa­trick Ol­lier dé­fendent mor­di­cus un fonc­tion­ne­ment in­ter­com­mu­nal, donc sans élec­tion di­recte. « La Mé­tro­pole, c’est l’alliance entre les maires, dit-elle, pas une lutte entre in­té­rêts par­ti­sans. ». De source gou­ver­ne­men­tale, on dit le chef de l’État au­jourd’hui ten­té par la grande bas­cule ré­gio­nale. Mais d’autres font le pa­ri que, in fine, Ma­cron s’en tien­dra à une cla­ri­fi­ca­tion des com­pé­tences, sans re­mettre en ques­tion les éche­lons. Le risque d’un ren­dez-vous man­qué ?

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