La mé­dia­tion fran­çaise pour se­cou­rir l’ami li­ba­nais s’an­nonce rude

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - Isa­belle Las­serre ilas­serre@le­fi­ga­ro.fr

LORSQUE son ami Ra­fic Ha­ri­ri avait été as­sas­si­né en 2005, Jacques Chi­rac avait été tel­le­ment meur­tri qu’il avait tout fait pour iso­ler di­plo­ma­ti­que­ment la Syrie, dont la res­pon­sa­bi­li­té dans l’at­ten­tat contre le pre­mier mi­nistre li­ba­nais était mon­trée du doigt par la communauté in­ter­na­tio­nale. De­puis le dé­but de la crise qui s’est nouée au­tour de son fils, Saad Ha­ri­ri, vi­si­ble­ment contraint de dé­mis­sion­ner après avoir été convo­qué à Riyad par son par­rain saou­dien, les au­to­ri­tés fran­çaises sont res­tées re­la­ti­ve­ment mo­dé­rées.

La dé­mis­sion du pre­mier mi­nistre Saad Ha­ri­ri a re­pla­cé le Li­ban au coeur du conflit que se livrent par al­liés in­ter­po­sés la mo­nar­chie sun­nite des Saoud et la ré­pu­blique is­la­mique chiite d’Iran. Em­ma­nuel Ma­cron, qui se pose en mé­dia­teur, veut apai­ser les ten­sions ré­gio­nales. Il s’op­pose, ex­plique une source à l’Ély­sée, « à toutes les in­gé­rences ». Celle de l’Iran mais aus­si, im­pli­ci­te­ment, celle de l’Ara­bie saou­dite. Saad Ha­ri­ri, qui a ren­con­tré l’am­bas­sa­deur de France à Riyad, doit pou­voir « re­tour­ner li­bre­ment » au Li­ban, pré­vient Édouard Phi­lippe, le chef du gou­ver­ne­ment. Faute de quoi, ajoute-ton à l’Ély­sée, la France pous­se­ra le dos­sier à l’ONU, « là où elle tient la plume quand il s’agit du Li­ban », an­cien pré car­ré qui reste un ami. Le pré­sident fran­çais doit d’ailleurs s’en­tre­te­nir mer­cre­di avec le se­cré­taire gé­né­ral de l’ONU An­to­nio Gu­terres des éven­tuelles ini­tia­tives qui pour­raient être prises pour mettre fin à la crise li­ba­naise.

La mé­thode di­plo­ma­tique d’Em­ma­nuel Ma­cron consiste à « par­ler à tout le monde ». Le Moyen-Orient ne fait pas ex­cep­tion à cette vo­lon­té de mé­na­ger toutes les par­ties et de ré­ser­ver à Pa­ris un rôle d’ar­bitre. Une po­si­tion d’au­tant plus fa­cile à te­nir que l’image de la France à l’étran­ger s’est consi­dé­ra­ble­ment amé­lio­rée de­puis l’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron. Deux autres élé­ments jouent en fa­veur du re­tour de l’in­fluence fran­çaise dans la ré­gion : le Brexit qui a - au moins tem­po­rai­re­ment - chas­sé la di­plo­ma­tie an­glaise et l’ar­ri­vée à la Mai­son-Blanche d’un pré­sident im­pré­vi­sible.

Ab­sence de so­lides le­viers d’in­fluence

Les am­bi­tions fran­çaises risquent pour­tant de se heur­ter à la com­plexi­té des si­tua­tions et des rap­ports de force ré­gio­naux. L’ab­sence de so­lides le­viers d’in­fluence pour­rait ain­si li­mi­ter l’ef­fi­ca­ci­té des ini­tia­tives fran­çaises. Mal­gré sa pro­po­si­tion de créer un groupe de contact, la di­plo­ma­tie fran­çaise n’a pas en­core réus­si à re­prendre pied dans le conflit sy­rien, où les ac­teurs en­ga­gés sur le ter­rain, no­tam­ment l’Iran, la Rus­sie et la Tur­quie, sont ceux qui écrivent l’his­toire. Pour­ra-t-elle convaincre les puis­sances ré­gio­nales d’in­ves­tir dans la sta­bi­li­té li­ba­naise ? Vu le poids consi­dé­rable de l’Iran et de l’Ara­bie saou­dite, la mé­dia­tion s’an­nonce ar­due. De­puis qu’Em­ma­nuel Ma­cron a mis en cause Riyad dans le fi­nan­ce­ment des groupes ter­ro­ristes, la re­la­tion fran­co-saou­dienne s’est lé­gè­re­ment re­froi­die. Quant aux ef­forts de ré­chauf­fe­ment me­nés en­vers l’Iran par la France, qui traîne son in­trai­ta­bi­li­té sur la ques­tion nu­cléaire, ils ont aga­cé Riyad mais pas en­core por­té leurs fruits à Té­hé­ran, où le pré­sident fran­çais am­bi­tionne de se rendre pro­chai­ne­ment.

« La né­ces­si­té de mé­na­ger tous ses al­liés à la fois em­pêche la France de pou­voir dé­li­vrer une pa­role forte vis-à-vis de la crise li­ba­naise ou de la guerre au Yé­men », re­grette un di­plo­mate. Pri­vée de relais arabes so­lides dans la ré­gion de­puis les « prin­temps » et le chaos qui s’est em­pa­ré du Moyen-Orient, la France est contrainte de dé­lé­guer l’ini­tia­tive aux puis­sances non arabes de la ré­gion, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Tur­quie ou d’Is­raël. Mal­gré le lien af­fec­tif et his­to­rique par­ti­cu­lier qu’elle en­tre­tient avec le Proche et le Moyen-Orient, mal­gré son sta­tut de puis­sance mi­li­taire et di­plo­ma­tique, elle a bien du mal à pe­ser sur les crises ré­gio­nales et à trans­for­mer ses ini­tia­tives di­plo­ma­tiques en avan­cées concrètes. Mais c’est fi­na­le­ment le lot de tous les pays oc­ci­den­taux dans la ré­gion. L’ave­nir seule­ment di­ra si la mé­thode Ma­cron per­met­tra ou non de ren­ver­ser la ten­dance.

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