Les nou­velles contraintes d’un par­ti au pou­voir

Le Figaro - - POLITIQUE - PAR GUILLAUME TABARD £@gta­bard

Qu’est-ce que cent râ­leurs com­pa­rés à près de 400 000 Mar­cheurs ? La di­rec­tion de La Ré­pu­blique en marche a beau jeu d’iro­ni­ser ou plu­tôt de s’aga­cer de la dis­pro­por­tion entre cet em­bryon de contes­ta­tion et le nombre des ba­taillons ma­cro­nistes. Mais comme tou­jours, un épi­phé­no­mène peut être le symp­tôme d’un mal plus pro­fond.

Ob­jet po­li­tique en­core mal iden­ti­fié, LREM peine à tailler ses ha­bits de par­ti pré­si­den­tiel. À ar­bi­trer entre la « dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive », qui fleure bon l’in­sou­ciance des pé­riodes de conquête, et le « cen­tra­lisme dé­mo­cra­tique », qui s’im­pose à tout par­ti au pou­voir.

Une cen­taine sur 386 000 ? Une paille évi­dem­ment. Mais qui sont ces 386 000 adhé­rents de La Ré­pu­blique en marche ? Des fans d’Em­ma­nuel Ma­cron qui ont certes fait une dé­marche mi­li­tante, avant ou après la pré­si­den­tielle, mais sans ja­mais ver­ser un eu­ro. L’adhé­sion gra­tuite : une trou­vaille in­gé­nieuse qui a per­mis de « faire du chiffre » et d’ins­tal­ler ai­sé­ment la for­ma­tion ma­cro­niste en tête de tous les par­tis po­li­tiques en termes d’ef­fec­tifs. Mais ce qui ne coûte rien fi­nan­ciè­re­ment ne coûte rien non plus sym­bo­li­que­ment, car la dé­marche n’en­gage pas. Ou du moins elle ne lie pas l’adhé­rent à son par­ti. Ce qui ex­pose ce­lui-ci à des ini­tia­tives non maî­tri­sables comme ces pre­mières râ­lantes lors la ra­ti­fi­ca­tion des sta­tuts, cet été, ou comme ces pre­mières dé­mis­sions à la fa­veur de la dé­si­gna­tion du dé­lé­gué gé­né­ral du par­ti.

LREM a beau pré­tendre vou­loir « faire de la po­li­tique au­tre­ment » vieille ren­gaine !... - il n’échappe pas à quelques contin­gences de la vie po­li­tique. Par­mi celles-ci l’in­té­rêt mé­dia­tique pour les dis­si­dences, les cla­que­ments de porte, les que­relles, les dé­parts. Tous les par­tis font avec cette exa­cer­ba­tion de dé­marches mi­no­ri­taires et sou­vent mar­gi­nales mais qui dé­clenchent une ava­lanche de com­men­taires. LREM dé­couvre qu’il ne suf­fit pas de se dire dif­fé­rent pour échap­per au même trai­te­ment que Les Républicains, le PS, le Front na­tio­nal ou les In­sou­mis.

Il ap­par­tient en­suite à La Ré­pu­blique en marche, donc à par­tir de sa­me­di à Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, de dé­fi­nir le rôle exact d’un mi­li­tant. Du­rant ces six pre­miers mois, les di­ri­geants du mou­ve­ment ont sem­blé vou­loir pour­suivre le mode de fonc­tion­ne­ment qui avait pré­va­lu jus­qu’à l’élec­tion pré­si­den­tielle. À sa­voir, pré­fé­rer dé­fri­cher des thé­ma­tiques nou­velles plu­tôt que struc­tu­rer une or­ga­ni­sa­tion par­ti­sane ; faire s’ex­pri­mer des ap­por­teurs d’idées plu­tôt que for­mer des cadres. Tout ce­la a cer­tai­ne­ment ap­por­té un air frais dans la vie po­li­tique, et contri­bué au suc­cès du ma­cro­nisme. Mais pen­dant un an, les Mar­cheurs ont été ti­rés par un Ma­cron à qui tout réus­sis­sait. Au­jourd’hui, c’est eux qui doivent sou­te­nir un pré­sident en pre­mière ligne. Ce­la de­mande un changement d’or­ga­ni­sa­tion. Sauf à s’ex­po­ser à de nou­velles dif­fi­cul­tés in­ternes.

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