Au­bry ne dit plus non à une nou­velle can­di­da­ture à Lille

L’ex-mi­nistre n’a pas en­core confir­mé sa can­di­da­ture pour 2020. Pour cer­tains, elle semble dé­jà en cam­pagne pour sa ré­élec­tion à la mairie.

Le Figaro - - POLITIQUE - M. T.

GAUCHE Mar­tine Au­bry n’a ja­mais por­té Em­ma­nuel Ma­cron dans son coeur. Ni quand il était mi­nistre de Fran­çois Hol­lande ni quand il était can­di­dat et pas beau­coup plus en tant que pré­sident de la Ré­pu­blique. Alors que le chef de l’État était à Lille lun­di soir, elle en a pro­fi­té pour se plaindre du peu de mo­bi­li­sa­tion de l’Ély­sée, en fa­veur de Lille, sur le choix, par les ins­tances eu­ro­péennes la se­maine pro­chaine, du nou­veau siège de l’Agence eu­ro­péenne du mé­di­ca­ment.

L’en­ga­ge­ment de Mar­tine Au­bry tra­duit-elle son en­vie de bri­guer en­core une fois la mairie en 2020 ? Le dis­cours, il est vrai, a chan­gé. En 2013, elle confiait à La Voix du Nord que si elle l’em­por­tait quelques mois plus tard, ce se­rait « (son) der­nier man­dat ». Ga­gnée avec une ma­jo­ri­té plus courte qu’es­pé­ré (52,05 % au se­cond tour contre 66,56 % en 2008), l’élec­tion main­te­nait tout de même Mar­tine Au­bry à la tête de Lille.

« Sauf ca­tas­trophe »

En 2015, elle as­su­rait qu’elle ne se re­pré­sen­te­rait pas en 2020, « sauf ca­tas­trophe ». In­ter­ro­gée fin sep­tembre lors d’une confé­rence de presse sur son bi­lan à mi­man­dat, la so­cia­liste a bot­té en touche : « Je n’ai qu’une seule vo­lon­té : que la ville de Lille reste à gauche. (…) Parce que les Lil­lois en ont be­soin. C’est ma seule ré­ponse au­jourd’hui. (…) Je ne sais pas où on en se­ra dans trois ans. »

Son pre­mier ad­joint, Pierre de Sain­ti­gnon, ajoute : « La dé­ci­sion n’est pas prise du tout, le mo­ment de ce su­jet n’est pas ve­nu. » Mais les af­fiches qui s’ex­posent dans la ville, les do­cu­ments dis­tri- bués aux Lil­lois et les vi­déos sur un site dé­dié en disent long : si ce n’est pas une en­trée en cam­pagne, ce­la y res­semble for­te­ment.

C’est en tout cas ce que pense l’op­po­si­tion lil­loise re­pré­sen­tée par Fran­çois Kin­get, conseiller mu­ni­ci­pal LR : « Le slo­gan est sans équi­voque : “En route vers 2020.” C’est le dé­but d’une cam­pagne élec­to­rale aux frais des contri­buables lil­lois. » Le ca­bi­net du maire ré­pond par les chiffres : le bi­lan de mi-man­dat tous frais confon­dus a coû­té plus de 75 000 eu­ros, mais la mairie n’a pas dif­fu­sé son ma­ga­zine mu­ni­ci­pal en oc­tobre, éco­no­mi­sant ain­si 30 000 eu­ros. Pour­tant, il y au­ra fort à faire sur le fond. Plu­sieurs su­jets ont di­vi­sé élus et Lil­lois ces der­niers mois à Lille : nou­veau plan de dé­pla­ce­ment ur­bain, place du com­merce, rythmes sco­laires, ou en­core sé­cu­ri­té. Pour « gar­der la ville à gauche », le PS de­vra donc convaincre sur le fond, et s’or­ga­ni­ser sur la forme. Et si la lé­gi­ti­mi­té de Mar­tine Au­bry à se re­pré­sen­ter n’est pas contes­tée ou­ver­te­ment, le plan n’était pas ce­lui-là, il y a en­core trois ans, quand elle pa­ra­chu­tait Fran­çois La­my à Lille comme son suc­ces­seur. Mais de l’avis de beau­coup, « la greffe n’a pas pris ». L’ar­ri­vée de La­my a d’abord été contes­tée en in­terne, puis les Lil­lois lui ont pré­fé­ré l’In­sou­mis Adrien Qua­ten­nens aux lé­gis­la­tives. Une dé­faite de plus pour le PS après la perte de grosses villes telles que Rou­baix et Tour­coing, celle de la mé­tro­pole à la suite, puis du dé­par­te­ment et de la ré­gion.

Lille ap­pa­raît au­jourd’hui comme un des der­niers bas­tions de gauche d’un Nord ja­dis ac­quis aux PS. Mais le siège d’Au­bry est convoi­té : par­mi les noms qui cir­culent, d’an­ciens ou d’ac­tuels mi­nistres (Pa­trick Kan­ner, Gé­rald Dar­ma­nin), des per­dants ou des ga­gnants des lé­gis­la­tives (Ch­ris­tophe Itier, Adrien Qua­ten­nens)… Tous disent qu’il est trop tôt. Comme Pa­trick Kan­ner - sé­na­teur PS et an­cien élu lil­lois dont les re­la­tions avec la maire n’ont pas tou­jours été cor­diales -, qui confie : « Beau­coup de gens sou­haitent que je sois can­di­dat, mais je ne ré­ponds pas. » Pour l’ins­tant, en tout cas. Trop tôt aus­si pour Gé­rald Dar­ma­nin qui pour­rait in­car­ner une op­po­si­tion, l’ac­tuel chef de celle-ci à Lille, Jean-Re­né Le­cerf, pré­sident du dé­par­te­ment du Nord, ayant in­di­qué qu’il ne se­rait pas can­di­dat en 2020.

Au-de­là des per­sonnes, tous in­ter­rogent la stra­té­gie à adop­ter. Le jour de sa confé­rence de presse, Mar­tine Au­bry a bien pré­ci­sé que, par gauche, elle sou­sen­ten­dait gauche so­ciale-dé­mo­crate. Exit une alliance pos­sible avec La France in­sou­mise. Ac­tuel­le­ment, la ma­jo­ri­té lil­loise compte dans ses rangs des élus EELV ou MoDem, mais ceux qui ont ral­lié En marche ! en ont été ex­clus, tel Fré­dé­ric Mar­chand, maire d’Hel­lemmes, com­mune as­so­ciée à Lille.

Mar­tine Au­bry, lors de sa confé­rence de presse, le 29 sep­tembre, à Lille.

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