Be­noît Ha­mon : « Le peuple n’est pas un lob­by »

L’ex-can­di­dat à la pré­si­den­tielle fait évo­luer son mou­ve­ment en vue des eu­ro­péennes.

Le Figaro - - POLITIQUE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CHARLES SA­PIN @csa­pin

GAUCHE Be­noît Ha­mon pré­pare le congrès de son Mou­ve­ment du 1er juillet, au Mans le 2 dé­cembre pro­chain.

LE FI­GA­RO. - Vous avez lan­cé une consul­ta­tion, qu’en res­sort-il ? Be­noît HA­MON. - Cette consul­ta­tion a un double in­té­rêt. Tout d’abord mieux connaître nos mi­li­tants. Nous avons eu 25 000 ré­ponses, elles ré­vèlent que nous sommes un mou­ve­ment neuf. Trois quarts de nos mi­li­tants ne s’étaient ja­mais en­ga­gés en po­li­tique. Leurs ré­ponses consti­tuent une base de don­nées pré­cieuses pour pré­pa­rer les choix que nous fe­rons le 2 dé­cembre, lors de la fon­da­tion de notre mou­ve­ment au Mans quant à notre or­ga­ni­sa­tion, nos va­leurs ou les cou­rants phi­lo­so­phiques et po­li­tiques aux­quels nous nous rat­ta­chons. Ce ren­dez-vous dé­ter­mi­ne­ra l’ave­nir du mou­ve­ment.

Faire dé­ci­der les mi­li­tants sur l’ADN même du mou­ve­ment, n’est-ce pas une né­ga­tion du rôle d’un di­ri­geant ? Je ne consi­dère pas « mon gé­nie propre » su­pé­rieur au gé­nie col­lec­tif. J’ai as­sis­té ré­cem­ment à une re­pré­sen­ta­tion de Dissonance, à la phil­har­mo­nie de Pa­ris. Il n’y avait pas de chef d’or­chestre mal­gré la com­plexi­té du mor­ceau joué, Le Sacre du prin­temps. C’était re­mar­quable, il n’y avait au­cune faute de rythme. Comme en po­li­tique, ce n’est pas le chef d’or­chestre qui fait la musique mais les ins­tru­ments. La Ré­pu­blique ne peut pas vivre sans exé­cu­tif, bien sûr. On pré­sente la dé­fiance du peuple contre ses élus comme un mal de la so­cié­té fran­çaise. Je crois au contraire que le mal ré­side dans la dé­fiance des élus à l’égard du peuple. C’est un cli­mat en­tre­te­nu par les élites, dont Em­ma­nuel Ma­cron, qui ne voit le peuple que comme un lob­by par­mi d’autres. Le peuple n’est pas un lob­by, c’est le sou­ve­rain.

Quels ob­jec­tifs vous fixez-vous ? Tout d’abord lan­cer un nou­veau site In­ter­net qui se­ra dé­voi­lé le 2 dé­cembre. Il ne s’agi­ra pas d’une vi­trine, mais d’un vé­ri­table lieu de fa­brique de la dé­mo­cra­tie. Les mi­li­tants pour­ront or­ga­ni­ser des dé­bats, ac­cé­der à des conte­nus vi­déos comme à des for­ma­tions en ligne. Nous vou­lons éga­le­ment re­nouer sur le ter­rain avec les classes po­pu­laires. No­tam­ment dans des ré­gions qui sont de­ve­nues des no man’s land pour la gauche et où s’épa­nouissent d’autres forces po­li­tiques. Nous avons fixé nos prio­ri­tés sur trois ré­gions : les Hauts-de-France, la ré­gion Grand Est et la ré­gion Pa­ca.

Lorsque vous avez lan­cé votre mou­ve­ment vous vou­liez je­ter des ponts entre les dif­fé­rentes forces de gauche. Au­jourd’hui vous vous po­sez en concur­rent du PS. Faut-il y voir un changement de stra­té­gie ? J’ai dit que nous al­lions dé­pas­ser le PS, ça a vexé. Nous sommes un mou­ve­ment po­li­tique qui se dé­ve­loppe et qui est vé­cu comme concur­ren­tiel par le PS, puis­qu’il ex­clut toutes les per­sonnes qui s’in­té­ressent à nous. Ce n’est pas notre fa­çon d’oeu­vrer au tra­vail de ré­gé­né­ra­tion de la gauche. Il se­ra tou­jours po­sé la ques­tion de l’uni­té à gauche. Peut-être s’af­fir­me­ra-t-elle de­main dans une nou­velle mai­son com­mune. Nous vou­lons en être une poutre. D’ailleurs, nous in­vi­te­rons le 2 dé­cembre tous les par­tis de gauche à y as­sis­ter. Ils y ver­ront beau­coup d’éner­gie, des gens qui ont en­vie d’agir. Notre mou­ve­ment est foi­son­nant, ça dé­borde un peu par­fois. Mais je pré­fère ce bouillon­ne­ment au long si­lence de cor­tège fu­né­raire que l’on voit dans d’autres cercles po­li­tiques. Deux dé­pu­tés eu­ro­péens, Guillaume Ba­las et Isa­belle Tho­mas, nous ont re­joints en­core hier. Ce­la nour­rit cette dynamique de den­si­fi­ca­tion du mou­ve­ment qui est ca­pi­tale.

Vous avez ap­pe­lé à une « alliance in­ter­na­tio­nale des pro­gres­sistes », pour s’op­po­ser au bloc des « néo­li­bé­raux et à leurs op­po­sants sou­ve­rai­nistes ou na­tio­na­listes », Mé­len­chon fait-il par­tie de cette se­conde ca­té­go­rie ? C’est à lui de cla­ri­fier son pro­jet po­li­tique. Sa der­nière pa­ra­phrase lexi­cale m’a sur­pris : « I want my mo­ney back. » Il cite That­cher qui n’était pas la plus eu­ro­péenne de toutes. Que les conser­va­teurs dé­fendent de telles po­si­tions n’est pas cho­quant. Mais que la gauche s’y mette, c’est fon­da­men­ta­le­ment nou­veau. Je suis en désac­cord pro­fond avec lui. Il faut une union eu­ro­péenne so­li­daire. Il y a d’ores et dé­jà deux blocs en Eu­rope, qui se­ront en concur­rence lors des pro­chaines eu­ro­péennes. Un pre­mier pour qu’il n’existe qu’une po­li­tique pos­sible : bais­ser la dé­pense pu­blique, dé­ré­gu­ler le mar­ché du tra­vail et bais­ser les im­pôts des plus riches. C’est ce­lui d’Em­ma­nuel Ma­cron. En ré­ponse à cette Eu­rope néo­li­bé­rale, un autre bloc as­sure qu’au­cune po­li­tique n’est pos­sible au sein de l’UE et re­jette jus­qu’au pro­jet eu­ro­péen en tant que tel. Je veux faire émer­ger un troi­sième bloc d’ici aux eu­ro­péennes. Nous po­se­rons la ques­tion de com­ment, à trai­tés constants, chan­ger les po­li­tiques eu­ro­péennes. Où Mé­len­chon se si­tue­ra-t-il ? C’est à lui de le dire.

Avec qui comp­tez-vous construire ce troi­sième bloc ? Je suis fa­vo­rable à une liste trans­na­tio­nale. Une per­son­na­li­té a pris de l’avance sur tout le monde : l’an­cien mi­nistre grec des Fi­nances, Ya­nis Va­rou­fa­kis et sa for­ma­tion po­li­tique, DiEM25. Sa dé­marche nous in­té­resse.

“Notre mou­ve­ment est foi­son­nant, ça dé­borde un peu par­fois ” BE­NOÎT HA­MON

S.SO­RIA­NO/LE FI­GA­RO

« Nous vou­lons re­nouer sur le ter­rain avec les classes po­pu­laires », af­firme Be­noît Ha­mon.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.