Mon­dial 2023 : la France peut-elle l’em­por­ter ?

Vingt et une fé­dé­ra­tions vo­te­ront en dé­but d’après-mi­di. Notre marge de ma­noeuvre est mince.

Le Figaro - - SPORT - DA­VID REYRAT @Da­vidRey­rat EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À LONDRES

RUGBY Alors, c’est donc dé­jà fi­ni. Ter­mi­né. Le match se­rait joué avant même d’avoir dé­bu­té ? C’est en tout cas l’idée que veut im­po­ser l’om­ni­po­tente World Rugby (la fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale) et son pré­sident an­glais, Bill Beaumont, qui ne fait guère mys­tère de son aver­sion pour le pré­sident de la FFR, Ber­nard La­porte. Le 31 oc­tobre, il a donc ju­bi­lé en an­non­çant que l’Afrique du Sud était le can­di­dat fa­vo­ri à l’or­ga­ni­sa­tion du Mon­dial 2023, le vain­queur dé­cla­ré. Il ne s’at­ten­dait pas, alors, au fort vent de fronde qui se lè­ve­rait.

Fran­çais et Ir­lan­dais, can­di­dats écon­duits, ont crié au scan­dale, poin­té les « in­co­hé­rences » de l’épais dos­sier de 160 pages cen­sé clore les dé­bats. Sans être ex­haus­tif, quelques bi­zar­re­ries in­ter­pellent. Ain­si, les Ir­lan­dais sont tom­bés de leur chaise quand ils ont lu que le Pairc ui Chaoimh de Cork, qu’ils avaient inau­gu­ré en août der­nier, « n’était pas en­core construit » ! Un dé­tail, sans doute. Mais les Fran­çais n’en sont pas re­ve­nus non plus quand ils ont dé­cou­vert que les cinq stades construits pour l’Eu­ro 2016 de foot­ball (et les autres ré­no­vés) étaient moins bien no­tés que les en­ceintes su­da­fri­caines.

Il y a pire. La fa­çon dont les re­tom­bées éco­no­miques ont été ap­pré­ciées par World Rugby. Une co­lonne donne un lé­ger avan­tage pour l’Afrique du Sud ? Son ré­sul­tat est ma­jo­ré en termes de points quand une autre don­nant un net avan­tage à la France n’en oc­troie qu’un de­mi. Pas­sons. Le plus aber­rant reste la sé­cu­ri­té. Per­sonne ne com­prend com­ment un pays en proie à une cri­mi­na­li­té en­dé­mique (plus de 15 000 as­sas­si­nats par an), se­coué ac­tuel­le­ment par les at­taques des fer­miers blancs, un pays où les matchs ne se dis­putent ja­mais en noc­turne vu le dan­ger à l’heure de quit­ter le stade, où même la po­lice ra­ckette les tou­ristes, a pu être consi­dé­ré comme plus sûr que l’Ir­lande ou la France. Les Ir­lan­dais ont ain­si rap­pe­lé qu’ils sont clas­sés, par l’Ins­ti­tut pour l’éco­no­mie et la paix, comme la dixième na­tion la plus sûre au monde, de­vant la France (51e) et l’Afrique du Sud (123e sur 163 pays…). On peut aus­si rap­pe­ler que l’Afrique du Sud vient de se faire re­ti­rer l’or­ga­ni­sa­tion des Jeux du Com­mon­wealth pour in­sé­cu­ri­té…

Vers un se­cond tour

Ces conclu­sions qui vont contre toute lo­gique nour­rissent évi­dem­ment la sus­pi­cion. En­core plus quand on constate que la ma­jo­ri­té du tra­vail ef­fec­tué par la so­cié­té d’au­dit in­dé­pen­dante mis­sion­née pour ce dos­sier a été je­té à la pou­belle. Pour pri­vi­lé­gier ce­lui des « ex­perts » de World Rugby, tous sa­la­riés de la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale. « Je n’aime pas qu’on me mente », a vi­tu­pé­ré Ber­nard La­porte, très cri­tique en­vers cette re­com­man­da­tion. Mau­vais joueur ? On peut plu­tôt pen­ser qu’il s’in­surge contre l’in­jus­tice. Et tente son va-tout. Dres­ser les fé­dé­ra­tions vo­tantes contre World Rugby. Une stra­té­gie ris­quée, qui a peu de chances d’abou­tir. Mais ac­cep­ter les bras croi­sés, c’était la dé­faite as­su­rée. Alors…

On sau­ra vers 14 heures si ces at­taques ont por­té. Vingt et une fé­dé­ra­tions et con­fé­dé­ra­tions, pour un to­tal de 39 voix (3 pour chaque grande na­tion, 2 pour cha­cune des six con­fé­dé­ra­tions et le Ja­pon, 1 pour les pe­tits pays in­vi­tés au vote), vont se pro­non­cer lors du conseil, te­nu dans le très chic Royal Gar­den Ho­tel si­tué dans le quar­tier lon­do­nien de Ken­sing­ton. La ten­dance se­rait, se­lon des ob­ser­va­teurs avi­sés, la sui­vante : l’Afrique du Sud en tête avec 16 voix (Nou­velle-Zé­lande, Aus­tra­lie, Ar­gen­tine, Galles, Océa­nie et Amé­rique du Sud), de­vant la France 13 (Ita­lie, Géor­gie, Rou­ma­nie, Ja­pon, Eu­rope, Afrique, Asie) et l’Ir­lande 10 (An­gle­terre, Écosse, Ca­na­da, États-Unis, Amé­rique du Nord). On se di­rige donc vers un se­cond tour. Où le re­port des voix des par­ti­sans de la can­di­da­ture ir­lan­daise se­ra dé­ci­sif. L’An­gle­terre ne déso­béi­ra pas à Bill Beaumont. Il faut donc un ral­lie­ment to­tal des quatre autres pro-Ir­lan­dais. La marge de ma­noeuvre est très mince. À moins qu’un pays change d’avis avant le vote. À l’image de l’Ar­gen­tine qui a tra­hi sa pa­role don­née à la France pour suivre World Rugby en échange de la pro­messe d’ob­te­nir la Coupe du monde en 2027. Quand le sport de­vient po­li­tique…

TORU HANAI/REU­TERS

À la tête de World Rugby, Bill Beaumont roule clai­re­ment pour l’Afrique du Sud.

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