Pa­trick Ol­lier : « Ne sa­cri­fions pas l’ef­fi­ca­ci­té sur l’au­tel de la po­li­tique »

Le Figaro - - CHAMPS LIBRES -

MAIRE (LR) de Rueil-Mal­mai­son, Pa­trick Ol­lier a été élu pré­sident de la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris en jan­vier 2016.

LE FI­GA­RO. - Pour sim­pli­fier le « mille-feuille » fran­ci­lien, la fu­sion entre la ré­gion et la mé­tro­pole n’est-elle pas la so­lu­tion la plus simple ? Pa­trick OL­LIER. - La plus simple ou la plus sim­pliste ? Oui, il faut sim­pli­fier l’or­ga­ni­sa­tion ter­ri­to­riale, mais at­ten­tion aux beaux sché­mas théo­riques qui iraient à l’en­contre de l’ef­fi­ca­ci­té. Qu’est-ce qu’une mé­tro­pole ? Comme par­tout dans le monde, c’est une zone ur­baine dense et conti­nue. Son pé­ri­mètre peut évo­luer car l’ur­ba­ni­sa­tion pro­gresse. Mais soyons sé­rieux : elle ne s’éten­dra ja­mais sur la to­ta­li­té des plaines cé­réa­lières de la Seine-etMarne ! La ré­gion a un rôle im­por­tant. Elle doit pen­ser le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique de son ter­ri­toire. On peut s’in­ter­ro­ger pour Sa­clay mais la ré­gion ne peut pas as­su­rer un rôle de proxi­mi­té. Or, la mé­tro­pole, c’est une vi­sion, des choix stra­té­giques mais aus­si de la proxi­mi­té et du concret. C’est ce qui nous a per­mis de lan­cer ces 51 pro­jets d’ur­ba­nisme am­bi­tieux, dis­tin­gués par un con­cours d’ar­chi­tec­ture, le plan mé­tro­po­li­tain pour l’hé­ber­ge­ment et le lo­ge­ment, de vo­ter dans quelques jours le plan cli­mat éner­gie, d’étendre toute la mé­tro­pole fran­ci­lienne… Vé­lib à

Pour­quoi la mé­tro­pole ne pour­rait-elle plus faire ce­la si elle était fu­sion­née avec la ré­gion ? Parce que le prin­cipe de la mé­tro­pole, c’est, mal­gré le fait ma­jo­ri­taire, la gou­ver­nance par­ta­gée entre les com­munes. La MGP c’est 131 maires qui tra­vaillent en­semble. La ré­gion, c’est 1 276 com­munes de tailles très dif­fé­rentes jus­qu’à 30 ha­bi­tants. Une bonne co­opé­ra­tion se­rait im­pos­sible à cette échelle. Ce­la blo­que­rait ou re­tar­de­rait tous les pro­jets. Ne créons pas un co­losse aux pieds d’ar­gile ! Que de­vien­drait alors le pou­voir dé­ci­sion­nel des maires ? Quant à l’ef­fet de seuil, il ne suf­fit pas de dé­pla­cer la fron­tière pour l’ef­fa­cer. Il faut la dé­pas­ser par l’in­tel­li­gence col­lec­tive et la si­gna­ture de conven­tions et contrats de co­opé­ra­tion avec les col­lec­ti­vi­tés li­mi­trophes.

Le fu­tur pa­tron de la mé­tro­pole doit-il être élu au suf­frage uni­ver­sel di­rect ? Ce se­rait une er­reur. Ce­la po­li­ti­se­rait un pro­jet qui ne doit pas l’être. Nous les maires sommes élus au suf­frage uni­ver­sel in­di­rect et le pré­sident de la mé­tro­pole éga­le­ment. L’ave­nir, ce n’est pas la droite contre la gauche. De­puis que j’ai été élu à la tête de la MGP, presque toutes les dé­ci­sions ont été prises à l’una­ni­mi­té. Élire son pré­sident au suf­frage uni­ver­sel di­rect crée­rait un conflit de lé­gi­ti­mi­té entre le pa­tron de la Mé­tro­pole et les maires. Con­trai­re­ment à ce que je lis, il ne s’agit pas d’être en guerre contre Va­lé­rie Pé­cresse ou Anne Hi­dal­go, ou de faire une alliance tac­tique avec l’une ou avec l’autre. Mais de faire avan­cer des pro­jets concrets. Ce­la passe in­évi­ta­ble­ment par la co­opé­ra­tion entre les maires. C’est ce­la mon mes­sage à Em­ma­nuel Ma­cron: ne sa­cri­fiez pas l’ef­fi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle de la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris sur l’au­tel de la po­li­tique po­li­ti­cienne.

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