LE GROUPE DE PA­TRICK DRA­HI EN PLEINE TEM­PÊTE BOUR­SIÈRE

Face à cette crise sans pré­cé­dent, Pa­trick Dra­hi est ve­nu ras­su­rer les sa­la­riés de SFR à Saint-De­nis.

Le Figaro - - ÉCONOMIE - EL­SA BEMBARON @el­sa­bem­ba­ron

TÉ­LÉ­COMS Rien ne semble de­voir ar­rê­ter la chute ver­ti­gi­neuse de l’action Al­tice en Bourse. La mai­son mère de SFR a essuyé mar­di sa hui­tième séance consé­cu­tive de baisse, avec une perte de près de 13,17 %. L’action ne vaut plus que 8,90 eu­ros. Elle a qua­si­ment ef­fa­cé les deux tiers de sa va­leur en quatre mois. La ca­pi­ta­li­sa­tion d’Al­tice NV a chu­té à 13,5 mil­liards d’eu­ros, alors que celle de sa fi­liale amé­ri­caine est de 11,8 mil­liards d’eu­ros, ra­me­nant qua­si­ment à zé­ro les autres ac­tifs, dont SFR, Por­tu­gal Te­le­com ou Hot. Ce qui en dit long sur les in­ter­ro­ga­tions concer­nant la via­bi­li­té du mo­dèle éco­no­mique du groupe.

Une des ques­tions ré­cur­rentes porte sur la ca­pa­ci­té du groupe à faire face à ses 51 mil­liards de dettes. Pour le mo­ment, elle est su­pé­rieure de 5,5 fois à l’Ebit­da du groupe. À l’échelle de SFR, le rap­port est de 4,1 fois, des ni­veaux « sup­por­tables » se­lon les cri­tères des ban­quiers.

Des fonds op­por­tu­nistes

« Le groupe paye le manque de li­si­bi­li­té de sa stra­té­gie et l’ab­sence de prio­ri­té dans les in­ves­tis­se­ments », tranche un connais­seur du dos­sier. Ain­si, SFR mène de front trois ba­tailles, toutes très coû­teuses : l’amé­lio­ra­tion de son ré­seau fixe, la pour­suite du dé­ploie­ment du mo­bile en 4G et l’ac­qui­si­tion de droits pour des conte­nus ex­clu­sifs, no­tam­ment le foot. Soit des dé­penses cu­mu­lées à près de 3 mil­liards d’eu­ros par an. Aux­quelles s’ajoute une charge de la dette de l’ordre de 800 mil­lions d’eu­ros et des im­pôts… SFR a dé­ga­gé un ex­cé­dent brut d’ex­ploi­ta­tion (Edit­da) de 3,8 mil­liards d’eu­ros en 2016, sans être par­ve­nu à faire aug­men­ter ce mon­tant cette an­née. Le groupe risque donc de brû­ler du cash dès l’an pro­chain.

Al­tice est aus­si pé­na­li­sé par la struc­ture de son ac­tion­na­riat. Pa­trick Dra­hi, son fon­da­teur et pré­sident, en est le prin­ci­pal ac­tion­naire. Le solde, en­vi­ron 38 %, est es­sen­tiel­le­ment dé­te­nu par des fonds d’in­ves­tis­se­ment amé­ri­cains, dont cer­tains n’hé­sitent pas à jouer à la baisse les ac­tions qu’ils dé­tiennent.

« Le groupe est en­tré dans une spi­rale né­ga­tive où la baisse ap­pelle la baisse, c’est très com­pli­qué d’en sor­tir », tranche un ban­quier d’affaires. La par­tie du ca­pi­tal d’Al­tice vé­ri­ta­ble­ment li­quide est ré­duite, ce qui rend l’action en­core plus vo­la­tile. Le choc est d’au­tant plus rude qu’il y a en­core quelques se­maines, tout sem­blait per­mis à Pa­trick Dra­hi. Ana­lystes et in­ves­tis­seurs re­gar­daient avec bien­veillance la pos­si­bi­li­té d’un ra­chat de l’opé­ra­teur de câble amé­ri­cain Char­ter pour… 180 mil­liards de dol­lars !

La prin­ci­pale dif­fi­cul­té pour Pa­trick Dra­hi est de faire face à une nou­velle lo­gique. Pen­dant près de deux dé­cen­nies il a fait gran­dir son en­tre­prise à grand ren­fort de crois­sance ex­terne, en ra­che­tant Noos, Nu­me­ri­cable, SFR, Hot (Is­raël), Ca­ble­vi­sion (US)… La crois­sance doit dé­sor­mais ve­nir de l’in­terne, alors qu’il est dif­fi­cile, voire im­pos­sible, de pré­tendre réa­li­ser des ac­qui­si­tions dans un tel cli­mat de dé­fiance.

Ses­sion sur l’in­tra­net du groupe

Face à l’ur­gence, Pa­trick Dra­hi et sa garde rap­pro­chée sont ve­nus ras­su­rer les sa­la­riés de SFR mar­di ma­tin à Saint-De­nis et leur de­man­der de lui faire confiance. « Je m’en­gage per­son­nel­le­ment, à vos cô­tés pour le fu­tur d’Al­tice et de SFR. Nous avons per­du trop de temps, c’est pour ça que nous sommes dé­sor­mais de re­tour dans le quo­ti­dien opé­ra­tion­nel », a-t-il dé­cla­ré lors d’une ses­sion de ques­tions-ré­ponses sur l’in­tra­net du groupe. Mon­té au cré­neau en mode com­man­do (nos édi­tions du 11 no­vembre), le pa­tron doit aus­si re­trou­ver la confiance des in­ves­tis­seurs, et aus­si celle de ses clients. Il en a per­du plus de deux mil­lions en trois ans chez SFR. « Nous avons une seule prio­ri­té, nos clients » a af­fir­mé Pa­trick Dra­hi mar­di ma­tin.

Outre-At­lan­tique aus­si, Al­tice va de­voir ap­prendre à don­ner en­vie à ses abon­nés. Le mar­ché du câble su­bit un vé­ri­ta­ble­ment re­tour­ne­ment aux États-Unis, avec des clients qui se désa­bonnent au pro­fit de Net­flix. Or Pa­trick Dra­hi mi­sait sur les États-Unis pour gé­né­rer de la crois­sance à deux chiffres… Ce qui pour­rait être plus com­pli­qué que pré­vu.

BE­NOIT TES­SIER/REU­TERS

« Je m’en­gage per­son­nel­le­ment, à vos cô­tés pour le fu­tur d’Al­tice et de SFR », a dé­cla­ré Pa­trick Dra­hi, mar­di, de­vant ses sa­la­riés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.