Un ef­fet at­ten­du sur la crois­sance

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - ANNE DE GUIGNÉ @ade­guigne

Em­ma­nuel Ma­cron a te­nu sa pro­messe de ré­for­mer la fis­ca­li­té du ca­pi­tal du pays. Avec la trans­for­ma­tion de l’ISF en im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière (IFI) et la créa­tion d’un pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique (PFU) sur les re­ve­nus du ca­pi­tal, il fait le pa­ri de ré­orien­ter des ca­pi­taux jus­qu’ici im­mo­bi­li­sés vers l’éco­no­mie pro­duc­tive. C’est le coeur même de sa théo­rie des pre­miers de cor­dée! Au-de­là du sym­bole et des dis­cours sur la confiance re­trou­vée, Ber­cy ne s’est pas li­vré, en marge de son pro­jet de loi de fi­nances, à une es­ti­ma­tion de ces me­sures, pour­tant es­sen­tielles, sur la crois­sance.

À dé­faut d’an­nexe, Vincent Éblé, pré­sident (PS) de la com­mis­sion des fi­nances du Sé­nat, a of­fi­ciel­le­ment de­man­dé au mi­nis­tère de l’Éco­no­mie de lui li­vrer une éva­lua­tion de l’im­pact de ces ré­formes, dont le coût est es­ti­mé à 4,5 mil­liards d’eu­ros pour l’État en 2018. « Ha­bi­tuel­le­ment, les ef­fets ma­croé­co­no­miques des ré­formes sont si­mu­lés à l’aide du mo­dèle Mé­sange de la di­rec­tion gé­né­rale du Tré­sor», a d’ailleurs op­por­tu­né­ment rap­pe­lé l’élu. Suite à sa de­mande, Ber­cy a fait tour­ner les cen­taines d’équa­tion et le ré­sul­tat qui res­sort de ses cal­culs est im­pres­sion­nant. «Ces deux me­sures éva­luées conjoin­te­ment condui­raient à long terme à une aug­men­ta­tion du PIB de 0,5 point et à la créa­tion de 50 000 em­plois », a ain­si ré­pon­du le mi­nis­tère de l’Éco­no­mie.

Al­lo­ca­tion de l’épargne

Conclu­sion de Vincent Éblé ? « Les deux ré­formes n’au­ront que des ef­fets très li­mi­tés sur l’em­ploi et la crois­sance », ex­plique le sé­na­teur. Une aug­men­ta­tion du PIB, même à long terme, de 0,5 point n’a pour­tant rien de li­mi­té. Si les éva­lua­tions de Ber­cy sont exactes, elles in­diquent en ef­fet que des me­sures coû­tant en­vi­ron 0,2 point de PIB en 2018 rap­por­te­ront in fine deux fois plus à l’État. Dit au­tre­ment, que le ca­pi­tal « re­dis­tri­bué » aux mé­nages ai­sés au­ra été ré­in­ves­ti de ma­nière ex­trê­me­ment ef­fi­cace dans l’éco­no­mie.

COE-Rexe­code, un ins­ti­tut de conjonc­ture proche du pa­tro­nat, est sur la même ligne. « Nous es­ti­mons que la ré­forme sur la fis­ca­li­té du ca­pi­tal consti­tue un vé­ri­table changement de pa­ra­digme qui rap­proche la France des autres pays, et que les me­sures mises en oeuvre sont de na­ture à ren­for­cer le po­ten­tiel de crois­sance de la France », écrivent ain­si ses éco­no­mistes qui éva­luent à 0,6 point en 2022 l’im­pact po­si­tif sur le PIB po­ten­tiel. Pour cette mai­son d’ins­pi­ra­tion li­bé­rale, le lien de cause à ef­fet est évident : l’al­lé­ge­ment de la fis­ca­li­té du ca­pi­tal pro­vo­que­ra une meilleure al­lo­ca­tion de l’épargne vers le fi­nan­ce­ment de l’ac­ti­vi­té pro­duc­tive, ce qui ren­for­ce­ra l’ac­cu­mu­la­tion de ca­pi­tal, et donc la crois­sance.

Plus cir­cons­pects, les éco­no­mistes key­né­siens de l’OFCE se sont de leur cô­té concen­trés sur le court terme. D’après leurs cal­culs, les me­sures fis­cales pro­vo­que­ront une aug­men­ta­tion de 0,1 point du PIB en 2018, tout comme en 2019. « Au-de­là, il nous semble très com­plexe d’éva­luer tous les ef­fets de ces me­sures fis­cales sur l’in­no­va­tion, la pro­duc­ti­vi­té ou en­core l’in­ves­tis­se­ment », as­sure Ma­thieu Plane, éco­no­miste de la mai­son en charge des éva­lua­tions.

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