Le Venezuela dé­cla­ré en dé­faut par­tiel par l’agence S&P

Ca­ra­cas est lan­cé dans une course contre la montre pour re­struc­tu­rer sa dette et évi­ter la faillite de l’État.

Le Figaro - - ÉCONOMIE - ANNE CHEYVIALLE @An­neC­hey­vialle

AMÉ­RIQUE LA­TINE Plon­gé dans le ma­rasme éco­no­mique, le Venezuela se rap­proche un peu plus du pré­ci­pice fi­nan­cier. Ca­ra­cas vient d’être dé­cla­ré en dé­faut de paie­ment par­tiel par l’agence de no­ta­tion S&P Glo­bal Ra­tings sur une dette de 200 mil­lions de dol­lars. Le pays a dé­pas­sé le dé­lai de grâce de 30 jours, sans ho­no­rer le paie­ment des in­té­rêts sur deux obli­ga­tions ar­ri­vant à échéance en 2019 et 2024. La note sou­ve­raine a été ré­tro­gra­dée en ca­té­go­rie « SD », pour dé­faut sé­lec­tif avec sur­veillance né­ga­tive. « Il y a une chance sur deux que le Venezuela fasse dé­faut dans les trois mois »,a aler­té l’agence. De son cô­té, l’agence Fitch a dé­gra­dé la note du groupe pé­tro­lier na­tio­nal PDVSA pour des re­tards de paie­ment.

L’aide de Mos­cou

Le gou­ver­ne­ment vé­né­zué­lien est lan­cé dans une course contre la montre pour évi­ter un dé­faut sur l’en­semble de sa dette, ce qui le pri­ve­rait d’ac­cès aux fi­nan­ce­ments in­ter­na­tio­naux et en­traî­ne­rait la sai­sie de ses ac­tifs à l’étran­ger. Le pré­sident Ni­co­las Ma­du­ro avait in­vi­té, lun­di à Ca­ra­cas, ses créan­ciers in­ter­na­tio­naux, pour trouver un ac­cord sur une re­struc­tu­ra­tion de la dette. La réunion ex­pé­di­tive - à peine une de­mi-heure - s’est sol­dée par un échec et la pro­messe d’un nou­veau ren­dez-vous. « Les sanc­tions amé­ri­caines com­pliquent la donne », note Juan Car­los Ro­da­do, éco­no­miste de Na­tixis. À la fois pour le paie­ment des échéances et la re­struc­tu­ra­tion de la dette, sa­chant qu’une grande par­tie est dé­te­nue aux États-Unis. Fin août, le pré­sident amé­ri­cain a pris un dé­cret in­ter­di­sant aux Amé­ri­cains tout lien fi­nan­cier et com­mer­cial avec le Venezuela. « Si le gou­ver­ne­ment ne paie pas ra­pi­de­ment les 200 mil­lions de dol­lars, les dé­ten­teurs d’obli­ga­tions pour­raient exi­ger le rem­bour­se­ment et en­traî­ner le dé­faut glo­bal », aver­tit Juan Car­los Ro­da­do. Il suf­fit pour ce­la que 25 % d’entre eux le de­mandent, comme le sti­pulent les clauses ju­ri­diques.

Plus que ja­mais, le Venezuela compte sur ses al­liés russe et chi­nois aux­quels il doit res­pec­ti­ve­ment 28 et 8 mil­liards de dol­lars. Un ac­cord entre Mos­cou et Ca­ra­cas de­vrait être si­gné ce mer­cre­di afin de re­struc­tu­rer 3 mil­liards de dol­lars de créances.

« Évi­ter le dé­faut est cru­cial pour pou­voir conti­nuer à re­ce­voir des flux de dol­lars sur les ex­por­ta­tions de pé­trole », com­plète Juan Car­los Ro­da­do. Le pé­trole reste l’unique res­source du pays, qui ne pro­duit plus rien. Les es­ti­ma­tions par­tielles du FMI - 4 000 % d’in­fla­tion à ho­ri­zon 2020 et un re­cul du PIB de 20 % sur trois ans - donnent une me­sure de l’am­pleur de la ca­tas­trophe.

Ni­co­las Ma­du­ro, di­manche, lors de son émis­sion de té­lé­vi­sion heb­do­ma­daire.

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