Le vac­cin contre la dengue en panne de com­mandes

Avec ce nou­veau trai­te­ment, le chiffre d’affaires de Sa­no­fi Pas­teur ne dé­colle pas.

Le Figaro - - ENTREPRISES - DO­MI­TILLE ARRIVET @dar­ri­vet

PHAR­MA­CIE «Un mo­ment clé de l’his­toire de la san­té pu­blique », « La plus grande in­no­va­tion dans l’uni­vers des vac­cins de­puis une di­zaine d’an­nées », « L’un des trois grands pro­duits de Sa­no­fi Pas­teur d’ici 2018 ». Trois ans après le lan­ce­ment de Deng­vaxia, au terme de 20 an­nées de re­cherche, les di­ri­geants de Sa­no­fi dé­chantent. Ce vac­cin contre la dengue dé­ve­lop­pé par le la­bo­ra­toire fran­çais est en panne de com­mandes. En 2016, sur les 9 pre­miers mois de l’an­née, Sa­no­fi avait réa­li­sé 50 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’affaires avec ce vac­cin. Sur la même pé­riode en 2017, les ventes ont plon­gé à 22 mil­lions d’eu­ros. Pire. Au troi­sième tri­mestre le chiffre d’affaires cu­mu­lé a fon­du à 4 mil­lions d’eu­ros seule­ment.

Pour­tant, cette ma­la­die, trans­mise par les mous­tiques, très dou­lou­reuse et par­fois mor­telle, qui fait des ra­vages, de­vrait faire les affaires de Sa­no­fi : la moi­tié de la pla­nète (soit 4 mil­liards d’in­di­vi­dus) est po­ten­tiel­le­ment ex­po­sée à une épi­dé­mie. Mais sur le mar­ché Deng­vaxia ne re­çoit pas l’ac­cueil que le la­bo­ra­toire es­comp­tait. Les syn­di­cats de l’usine de Neu­ville-surSaône près de Lyon (où sont em­ployés en­vi­ron 190 sa­la­riés) voient les stocks s’ac­cu­mu­ler. Ils évoquent 400 mil­lions de doses in­ven­dues, avec une date de pé­remp­tion (2 ou 3 ans au mo­ment de leur fa­bri­ca­tion pour les vac­cins) qui se ré­duit à me­sure que le temps court. Au lieu de vendre 100 mil­lions de doses par an comme pré­vu, les ventes ne s’élèvent, se­lon les syn­di­cats, qu’à une di­zaine de mil­lions.

Un constat in­quié­tant

« Cette per­for­mance ré­sulte de la dif­fi­cul­té à mettre en oeuvre opé­ra­tion­nel­le­ment de vastes pro­grammes pu­blics de vac­ci­na­tion dans un en­vi­ron­ne­ment po­li­tique et éco­no­mique dif­fi­cile, et dans un contexte de faible in­ci­dence de la ma­la­die, en par­ti­cu­lier en Amé­rique la­tine », a ex­pli­qué mar­di la di­rec­tion de l’en­tre­prise. Un constat in­quié­tant pour un groupe qui a in­ves­ti 1,5 mil­liard d’eu­ros dans la re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment de ce pro­duit, puis 350 mil­lions dans la re­con­ver­sion du site in­dus­triel, jus­qu’alors af­fec­té à la chi­mie de­puis 1953.

En­vers les sa­la­riés dé­diés à cette pro­duc­tion, la di­rec­tion de la so­cié­té se veut ras­su­rante : « Le site de Neu­ville a la ca­pa­ci­té de pro­duire d’autres vac­cins pour ré­pondre à des be­soins de san­té pu­blique. Plu­sieurs ré­flexions sont à l’étude », a-t-elle as­su­ré mar­di. Au prin­temps 2016, l’usine avait dé­jà été ar­rê­tée un an et une par­tie des sa­la­riés af­fec­tés à d’autres ac­ti­vi­tés. « L’ef­fi­ca­ci­té des pro­ces­sus de fa­bri­ca­tion et les ren­de­ments très bons de cette pro­duc­tion bio­lo­gique nous ont per­mis de pro­duire un vo­lume im­por­tant de ce vac­cin », avait alors jus­ti­fié Sa­no­fi.

L’op­ti­misme n’est pas au­tant de mise en ce qui concerne l’ave­nir du vac­cin qui a dé­jà été lan­cé en Asie (Philippines - où a eu lieu la pre­mière cam­pagne de vac­ci­na­tion contre la dengue au prin­temps 2016, Thaï­lande, Ma­lai­sie, In­do­né­sie) et en Amé­rique la­tine (Bré­sil, Mexique, Gua­te­ma­la, Cos­ta Ri­ca, Pé­rou). Pour ex­pli­quer le re­tard pris par les grandes cam­pagnes de vac­ci­na­tions sur les­quelles Sa­no­fi ta­blait, le prix du pro­duit est évo­qué. « Il y a un pro­blème de coût de mar­ché, juge le dé­lé­gué CGT Fa­bien Mallet. Une dose coûte en­vi­ron 7,50 eu­ros et il en faut trois. Pour un pays comme le Ban­gla­desh, c’est énorme. »

La dengue, trans­mise par les mous­tiques, est très dou­lou­reuse et par­fois mor­telle.

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