Le fon­da­teur de Cri­teo se lance dans le co­voi­tu­rage

Less, la nou­velle so­cié­té de Jean-Bap­tiste Ru­delle, lève 16 mil­lions d’eu­ros.

Le Figaro - - ENTREPRISES - EM­MA­NUEL EGLOFF @ee­gloff

TRANS­PORT Se­rial en­tre­pre­neur. C’est bien ain­si qu’il faut dé­fi­nir Jean-Bap­tiste Ru­delle. En 2005, il a fon­dé Cri­teo, le spé­cia­liste du re­ci­blage pu­bli­ci­taire, au­jourd’hui va­lo­ri­sé plus de 2,3 mil­liards de dol­lars sur le Nas­daq. En jan­vier 2016, il en a aban­don­né la di­rec­tion opé­ra­tion­nelle, pour la pré­si­dence. Il au­rait alors pu pro­fi­ter de l’ar­gent ga­gné avec Cri­teo. Ou de­ve­nir sim­ple­ment bu­si­ness an­gel. « Je me trou­vais trop jeune pour être sim­ple­ment in­ves­tis­seur», confie le di­ri­geant de 48 ans.

Il a dé­ci­dé de créer une nou­velle start-up, Less («moins» en an­glais). Elle vient d’an­non­cer une pre­mière le­vée de fonds de 16 mil­lions d’eu­ros, au­près des fonds d’in­ves­tis­se­ment In­dex Ven­tures et Daph­ni. «Les op­por­tu­ni­tés de dé­ve­lop­pe­ment ne sont plus aus­si nom­breuses dans le sec­teur du di­gi­tal, vi­tri­fié par les Ga­fa », es­time l’en­tre­pre­neur. Il a donc dé­ci­dé de se tour­ner vers ce­lui des trans­ports, pro­mis à des bou­le­ver­se­ments dans les trente ou qua­rante pro­chaines an­nées.

Une concur­rence nom­breuse

Pour lui, Uber et les so­cié­tés de VTC ont ap­por­té une in­no­va­tion ma­jeure en met­tant le trans­port à la de­mande à la por­tée de tous. Néan­moins, la ré­ponse n’est pas sa­tis­fai­sante dans des villes conges­tion­nées, car, dans un pre­mier temps, Uber amène plus de voi­tures en ville. Les vé­hi­cules en libre ser­vice, tels Au­to­lib ou Com­mu­nau­to, posent un autre type de pro­blème: ce­lui de l’oc­cu­pa­tion d’un es­pace ur­bain rare. La meilleure so­lu­tion consiste donc à rem­plir les voi­tures qui cir­culent dé­jà. Au­jourd’hui, à Pa­ris, une voi­ture roule avec 1,04 per­sonne en moyenne à l’in­té­rieur. C’est sur ce cré­neau que Less compte opérer. Sauf que l’en­tre­pre­neur n’est pas le seul à l’avoir re­pé­ré. Rien qu’à Pa­ris, iDVroom, Ka­ros, WayzUp, BlaB­laLines tra­vaillent dans ce co­voi­tu­rage de courte dis­tance. Il en existe bien plus en­core aux ÉtatsU­nis. Mais, pour l’ins­tant, au­cun mo­dèle éco­no­mique viable n’a en­core émer­gé. «Tout le monde s’est cas­sé les dents sur ce seg­ment du co­voi­tu­rage ur­bain, concède Jean-Bap­tiste Ru­delle. Nous nous don­nons ce­pen­dant les moyens d’y par­ve­nir. »

Less dis­pose en ef­fet de plu­sieurs atouts, for­te­ment liés à son fon­da­teur. D’abord, une très im­por­tante le­vée de fonds pour une en­tre­prise nais­sante. Le pa­tron a fait ap­pel aux fonds de ca­pi­tal-risque l’ayant ac­com­pa­gné chez Cri­teo. «On ne va pas s’ar­rê­ter faute de fi­nan­ce­ment », se fé­li­cite le pa­tron. Avec les fonds réunis, Less es­père pou­voir dé­ga­ger un mo­dèle éco­no­mique de co­voi­tu­rage ur­bain en Îlede-France.

Les hommes en­suite, un fac­teur clé. « At­ti­rer des ta­lents est plus fa­cile après le suc­cès de Cri­teo, ex­plique Jean-Bap­tiste Ru­delle. L’équipe de Less dis­pose de plus de ta­lents que celle de Cri­teo à ses dé­buts.» La so­cié­té em­ploie au­jourd’hui une ving­taine de per­sonnes, dont plu­sieurs l’ayant ac­com­pa­gné au cours de plu­sieurs de ses en­tre­prises pré­cé­dentes.

Le mo­dèle éco­no­mique n’est pas en­core dé­ter­mi­né exac­te­ment. Une chose est sûre: il faut consti­tuer un vi­vier de conduc­teurs qui se disent prêts à par­ta­ger leur vé­hi­cule quand le ser­vice se­ra ou­vert. Cette phase vient de dé­mar­rer. Il faut main­te­nant at­teindre un nombre suf­fi­sant de conduc­teurs, avant d’ou­vrir Less aux pas­sa­gers. Avec ce dé­ca­lage dans le temps, le risque est moindre de frus­trer les pre­miers pas­sa­gers po­ten­tiels si la mon­tée en puis­sance était trop lente. Si tout se dé­roule se­lon ses pré­vi­sions, Jean-Bap­tiste Ru­delle compte inau­gu­rer Less au dé­but de l’an­née pro­chaine.

« Tout le monde s’est cas­sé les dents sur ce seg­ment du co­voi­tu­rage ur­bain» JEAN-BAP­TISTE RU­DELLE, PRÉ­SIDENT DE LESS

FRAN­ÇOIS BOU­CHON/LE FI­GA­RO

« At­ti­rer des ta­lents est plus fa­cile après le suc­cès de Cri­teo », ex­plique Jean-Bap­tiste Ru­delle, fon­da­teur de Less.

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