Ca­co­pho­nie gou­ver­ne­men­tale au­tour du ser­vice na­tio­nal

Le Figaro - - LA UNE - F.-X. B. ET J. P.

LORS­QU’IL EST AGA­CÉ, son vi­sage se ferme. Lors­qu’il est très aga­cé, il ajoute gé­né­ra­le­ment une ph­rase cin­glante. Mar­di soir, à pro­pos de « son » ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel, le pré­sident de la Ré­pu­blique était très très aga­cé. « Je n’ai pas le sen­ti­ment que l’on ait vou­lu don­ner de la clar­té à l’idée que je m’en fais », a-t-il lâ­ché, vi­sage fer­mé donc, au terme de plu­sieurs jours de ca­fouillage et de go­dille sur l’un des pro­messes phares de sa cam­pagne pré­si­den­tielle. Celle consis­tant à mettre en place un « ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel, en­ca­dré par les ar­mées et la gen­dar­me­rie na­tio­nale » et for­mu­lée en mars 2017.

Em­ma­nuel Ma­cron l’avait an­non­cée à la sur­prise gé­né­rale, sans beau­coup plus de pré­ci­sions et contre l’avis de Jea­nYves Le Drian, alors mi­nistre de la Dé­fense. De­puis, les cri­tiques contre cette pro­messe de cam­pagne n’ont ces­sé de pleu­voir. Trop coû­teux, pas clair, trop com­plexe, pas pré­cis, trop long, pas pré­cis… Au point de pro­vo­quer plu­sieurs ca­fouillages au sein même du gou­ver­ne­ment, ali­men­tant par­fois l’idée, si ce n’est d’un aban­don de la me­sure, au moins d’un amé­na­ge­ment pro­fond par rap­port à l’am­bi­tion ini­tiale du pré­sident de la Ré­pu­blique.

Un jour, c’est le Con­seil d’orien­ta­tion des po­li­tiques de jeu­nesse qui re­com­mande de ne pas rendre le dis­po­si­tif obli­ga­toire. Un autre, c’est un rap­port com­man­dé par le pre­mier mi­nistre Édouard Phi­lippe qui dé­taille les contraintes ju­ri­diques, bud­gé­taires et lo­gis­tiques du pro­jet. Le sui­vant, c’est la mi­nistre des Ar­mées Flo­rence Par­ly qui, dans un sou­ci ap­pa­rent de maî­tri­ser ses bud­gets, as­sure que le ser­vice na­tio­nal n’au­ra pro­ba­ble­ment « pas un ca­rac­tère obli­ga­toire ». Le sur­len­de­main, c’est le mi­nistre de l’in­té­rieur Gé­rard Col­lomb qui entre dans la danse en as­su­rant que le chef de l’État ne re­nonce à rien. Et ce­la ne s’ar­rête pas là. Cô­té ma­jo­ri­té, on reste cir­cons­pect sur la fai­sa­bi­li­té de la me­sure. Mer­cre­di, le dé­pu­té LREM et pa­tron de la com­mis­sion de la dé­fense JeanJacques Bri­dey a dé­voi­lé son rap­port sur le su­jet. Lun­di, de­vant des jour­na­listes, l’élu es­ti­mait que le ser­vice na­tio­nal ne peut pas être ren­du « obli­ga­toire pour des adultes ». En clair, il ne peut pas être im­po­sé à la classe d’âge que vise Em­ma­nuel Ma­cron, celle des 18-21 ans. « Même si c’est adop­té par le Par­le­ment, même si on change la Cons­ti­tu­tion, il pour­rait y avoir un re­cours de­vant la Cour eu­ro­péenne des droits de l’homme », dé­cla­rait le dé­pu­té.

Bref, c’est la ca­co­pho­nie dans la ma­jo­ri­té et dans le gou­ver­ne­ment, plus per­sonne ne com­prend rien à ce ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel. En un mot, c’est le couac. D’où le fort aga­ce­ment d’Em­ma­nuel Ma­cron, ob­nu­bi­lé par l’idée de ne pas com­mettre les er­reurs de son pré­dé­ces­seur et d’af­fi­cher l’image d’un exé­cu­tif pro­fes­sion­nel. D’où le rap­pel à l’ordre du pré­sident de la Ré­pu­blique mar­di soir de­vant l’As­so­cia­tion de la presse pré­si­den­tielle.

« Ce ser­vice n’est pas un ser­vice mi­li­taire, même si j’ai sou­hai­té qu’on puisse y pré­voir l’ou­ver­ture à la chose mi­li­taire, c’est pour ce­la qu’il est na­tio­nal, et il est uni­ver­sel parce que je sou­haite qu’il puisse être obli­ga­toire. Sa forme pour­ra aus­si être ci­vique », a ex­pli­qué Em­ma­nuel Ma­cron. Voi­là pour l’as­pect mi­li­taire. « L’idée n’est pas que ça dure un an, je pense qu’au­jourd’hui c’est au­tour du tri­mestre que les gens sont en train de ré­flé­chir […]. La par­tie obli­ga­toire elle-même n’est pas en­core fi­na­li­sée mais je pense que ce se­ra entre trois et six mois », a-t-il ajou­té. Voi­là pour la du­rée.

Le chef de l’État a éga­le­ment ré­pon­du aux in­quié­tudes émises sur le po­ten­tiel coût du dis­po­si­tif, es­ti­mant qu’il ne s’agis­sait pas de ré­ta­blir un « ser­vice mi­li­taire à l’an­cienne où il faut lo­ger des gens pen­dant un temps don­né loin de leur fa­mille ». « Ce­la au­ra un coût, je ne pense pas qu’il soit pro­hi­bi­tif », a-t-il as­su­ré en ajou­tant qu’« en termes de co­hé­sion na­tio­nale, ça se­ra un vrai élé­ment de trans­for­ma­tion ». Voi­là pour le coût et la mo­ti­va­tion. Le gou­ver­ne­ment et la ma­jo­ri­té sont dé­sor­mais pré­ve­nus. Gare donc à ce­lui qui ne contri­bue­rait pas dé­sor­mais à « don­ner de la clar­té à l’idée » qu’Em­ma­nuel Ma­cron se fait de son ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel.

“Ce ser­vice n’est pas un ser­vice mi­li­taire, même si j’ai sou­hai­té qu’on puisse y pré­voir l’ou­ver­ture à la chose mi­li­taire, c’est pour ce­la qu’il est na­tio­nal, et il est uni­ver­sel parce que je sou­haite qu’il puisse être obli­ga­toire ” EM­MA­NUEL MA­CRON

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