Une ré­forme du bac am­bi­tieuse et me­née sans heurts

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - MA­RIE-ES­TELLE PECH @Ma­riEs­tellPech

CHOSE pro­mise, chose due. Pen­dant sa cam­pagne pré­si­den­tielle, Em­ma­nuel Ma­cron avait an­non­cé un bac res­ser­ré au­tour de quatre épreuves – contre une di­zaine au­jourd’hui - et ad­di­tion­né d’un contrôle conti­nu. Ce se­ra bien le cas dès 2021. À condi­tion que la bonne étoile du mi­nistre se main­tienne et que les ma­ni­fes­ta­tions d’en­sei­gnants conti­nuent à être aus­si faibles dans les rues que ces der­nières se­maines, c’est un chan­ge­ment d’im­por­tance. Un chan­ge­ment sur le­quel les pré­cé­dents mi­nistres de l’Édu­ca­tion na­tio­nale s’étaient cas­sé les dents.

Dans le dé­tail, le nou­veau bac, tel que pré­sen­té par Jean-Mi­chel Blan­quer, lors d’une confé­rence de presse mer­cre­di, com­pren­dra quatre épreuves écrites: le fran­çais en fin de pre­mière et, pour la ter­mi­nale, deux ma­tières de spé­cia­li­té au re­tour des va­cances de Pâques, et la phi­lo­so­phie fin juin. Un grand oral d’une du­rée de vingt mi­nutes se dé­rou­le­ra lui aus­si fin juin. Les quatre épreuves écrites et l’oral pè­se­ront pour 60 % de la moyenne du bac. 30% s’ap­puie­ront sur «des épreuves com­munes» pen­dant les an­nées de pre­mière et ter­mi­nale dont les su­jets se­ront ti­rés d’une banque na­tio­nale. Les 10% res­tant de la note du bac se­ront ap­por­tés par les bul­le­tins sco­laires.

Le mi­nistre pense pou­voir re­con­qué­rir les mil­liers d’heures de cours du mois de juin, au­jourd’hui am­pu­tées par l’or­ga­ni­sa­tion du bac. Il compte aus­si éco­no­mi­ser «quelques di­zaines de mil­lions d’eu­ros » grâce à cette nou­velle struc­ture. À re­la­ti­vi­ser, au re­gard du bud­get du mi­nis­tère : 60 mil­liards d’eu­ros.

Comme d’autres or­ga­ni­sa­tions, le Snes, prin­ci­pal syn­di­cat d’en­sei­gnants du se­con­daire, met en garde contre un « ba­cho­tage per­ma­nent ». « Le risque, c’est que les élèves aient l’im­pres­sion de pas­ser le bac tout le long de la pre­mière et de la ter­mi­nale», note Fré­dé­rique Ro­let, se­cré­taire gé­né­rale du Snes. Plus anec­do­tique, le mi­nistre ne veut plus en­tendre par­ler d’an­née de «ter­mi­nale», ap­pel­la­tion ju­gée trop né­ga­tive. Cette der­nière pour­rait s’ap­pe­ler «an­née de ma­tu­ri­té ». S’ap­puyant sur le ré­cent rap­port de l’uni­ver­si­taire Pierre Ma­thiot, Jean-Mi­chel Blan­quer s’est par ailleurs en­ga­gé à mo­di­fier l’ar­chi­tec­ture du ly­cée gé­né­ral en fai­sant « dis­pa­raître les sé­ries». Il vante grâce à ce­la da­van­tage de li­ber­té of­ferte aux ly­céens, même si cette li­ber­té se­ra en réa­li­té for­te­ment contrainte par les pos­si­bi­li­tés des éta­blis­se­ments.

Les sé­ries scien­ti­fique, lit­té­raire et éco­no­mique sont rem­pla­cées par un tronc com­mun de 16 heures heb­do­ma­daires et trois spé­cia­li­tés en pre­mière, ra­me­nées à deux en ter­mi­nale. Au me­nu de ce tronc com­mun élar­gi par rap­port à ce­lui d’au­jourd’hui: fran­çais, phi­lo, his­toire-géo, deux langues vivantes, sport. Et une nou­velle dis­ci­pline : « hu­ma­ni­tés nu­mé­riques et scien­ti­fiques ». Les élèves choi­si­ront trois ma­tières de spé­cia­li­té en pre­mière, ra­me­nées à deux en ter­mi­nale : arts, éco­lo­gie-agro­no­mie-ter­ri­toires, his­toire-géo­gra­phie-géo­po­li­tique-sciences po­li­tiques, hu­ma­ni­tés-lit­té­ra­ture-phi­lo­so­phie, langues- lit­té­ra­tures étran­gères, ma­thé­ma­tiques, nu­mé­rique-sciences in­for­ma­tiques, phy­sique-chi­mie, sciences de la vie et de la Terre, sciences de l’in­gé­nieur, sciences éco­no­miques.

Ils tou­che­ront moins à toutes les ma­tières et se­ront da­van­tage spé­cia­li­sés dès la classe de pre­mière avec des ho­raires po­ten­tiel­le­ment très im­por­tants en phi­lo­so­phie, his­toire-géo­gra­phie ou ma­thé­ma­tiques. Si on compte le nombre d’heures pro­po­sées dans chaque dis­ci­pline, on s’ap­proche d’ailleurs des fi­lières da­van­tage spé­cia­li­sées qui ont vé­cu jus­qu’en 1994 : A1 (lettres-maths), A2 (lettres-langues), A3 (lettres-arts), B (maths-éco­no­mie), C (maths-phy­sique), D (bio­lo­gie), D’ (agro­no­mie), E (sciences de l’in­gé­nieur).

Sur le pa­pier, les élèves au­ront 32 choix pos­sibles, sans comp­ter les op­tions qui sont conser­vées. «Mais ce qui va vrai­ment dé­ter­mi­ner les choix, ce se­ront les at­ten­dus ré­cla­més par les dif­fé­rentes fi­lières uni­ver­si­taires», note Phi­lippe Tour­nier, du syn­di­cat de pro­vi­seurs SNPDEN-Un­sa. Dans l’ab­so­lu, cer­tains pour­raient par exemple choi­sir « art » et « in­for­ma­tique » comme ma­tières de spé­cia­li­tés. Mais, as­sez na­tu­rel­le­ment, «on ver­ra se re­créer un do­maine lit­té­raire, un do­maine scien­ti­fique et un do­maine éco­no­mique », pro­nos­tique dé­jà Tour­nier.

MAR­TIN BU­REAU/AFP

Des ba­che­liers lors de l’épreuve de phi­lo­so­phie, au ly­cée Ca­mille-Sée, à Pa­ris, en juin 2011.

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