Ma­cron garde ses dis­tances avec les mé­dias

Le pré­sident s’est ex­pri­mé mar­di soir de­vant des jour­na­listes de l’As­so­cia­tion de la presse pré­si­den­tielle.

Le Figaro - - POLITIQUE - FRAN­ÇOIS-XA­VIER BOUR­MAUD @fx­bour­maud

ÉLY­SÉE Dans la proxi­mi­té, il faut sa­voir gar­der ses dis­tances. Au fil des jours, Em­ma­nuel Ma­cron conti­nue à des­si­ner le cadre de ses re­la­tions avec la presse. Mé­fiant au dé­but de sa pré­si­dence, le chef de l’État l’est tou­jours. Mais il consent dé­sor­mais à se frot­ter plus lon­gue­ment aux chro­ni­queurs de son quin­quen­nat. Ce fut le cas lors de ses voeux à la presse, dé­but jan­vier, lorsque, après un long dis­cours et l’an­nonce de me­sures contre les «fake news », le pré­sident s’est lon­gue­ment at­tar­dé au mi­lieu des jour­na­listes pour com­men­ter son ac­tion.

Ce fut éga­le­ment le cas mar­di soir au Mi­ni-Pa­lais, à Pa­ris, où Em­ma­nuel Ma­cron a par­ti­ci­pé pour la pre­mière fois de son man­dat à la ren­contre tra­di­tion­nelle et an­nuelle avec l’As­so­cia­tion de la presse pré­si­den­tielle. Le chef de l’État l’a abor­dée à sa fa­çon : un for­mat confé­rence de presse pour des pro­pos te­nus en «on». Seule exi­gence de l’Ély­sée: que rien ne filtre avant la fin de la ren­contre. Pas d’alertes sur les fils des agences, pas de tweets des jour­na­listes, rien.

Moyen­nant quoi, Em­ma­nuel Ma­cron s’est li­vré à un long exer­cice d’ex­pli­ca­tion de ses pre­miers mois à l’Ély­sée, ba­layant l’en­semble des su­jets d’ac­tua­li­té et al­lant même jus­qu’à li­vrer quelques confi­dences per­son­nelles, no­tam­ment sur sa foi. « Je crois en une forme de trans­cen­dance, c’est pour ce­la que je res­pecte la place que les re­li­gions oc­cupent dans notre so­cié­té », a-t-il confié, ajou­tant: «Si on ne croit pas en sa bonne étoile, on ne fait pas ce que j’ai fait. »

Neuf mois après son élec­tion in­at­ten­due à l’Ély­sée au terme de l’une des cam­pagnes élec­to­rales les plus folles de la Ve Ré­pu­blique, Em­ma­nuel Ma­cron se veut lu­cide sur les cir­cons­tances de son ar­ri­vée au pou­voir. « Je ne suis pas l’en­fant na­tu­rel des temps calmes de la vie po­li­tique, a-t-il ob­ser­vé. Je suis le fruit d’une forme de bru­ta­li­té de l’his­toire, d’une effraction, parce que la France était mal­heu­reuse et in­quiète. » Neuf mois plus tard, si Em­ma­nuel Ma­cron a re­don­né du lustre à la fonc­tion pré­si­den­tielle et re­don­né du rayon­ne­ment au pays à l’in­ter­na­tio­nal, les Fran­çais ne sont pas pour au­tant sor­tis de la dé­prime.

À en ju­ger du moins par l’en­semble des su­jets de mé­con­ten­te­ment abor­dés par le chef de l’État. À com­men­cer par la grogne sur le pou­voir d’achat, qui com­mence à prendre de l’am­pleur. « Ça va prendre du temps, a re­con­nu Em­ma- nuel Ma­cron. Mais je ne suis pas sur­pris. Nos conci­toyens ne pensent pas que l’on va ré­soudre ça du jour au len­de­main. » Une sorte de mea cul­pa, donc, comme sur sa pro­messe de l’au­tomne de ne plus voir per­sonne dans la rue à la fin de l’an­née. « On a échoué là-des­sus, a-t-il re­con­nu, car il y a eu une pres­sion mi­gra­toire forte en fin de tri­mestre. » À la grogne des Fran­çais viennent s’ajou­ter les tur­bu­lences gou­ver­ne­men­tales avec les mises en cause de deux mi­nistres im­por­tants de son dis­po­si­tif: Ni­co­las Hu­lot et Gé­rald Dar­ma­nin. Em­ma­nuel Ma­cron a pris leur dé­fense en s’in­sur­geant contre la « Ré­pu­blique du soup­çon » qui im­po­se­rait d’écar­ter des mi­nistres pour des « plaintes clas­sées sans suite ».

Pen­dant presque deux heures, Ma­cron s’est ain­si prê­té au jeu des ques­tions-ré­ponses, n’élu­dant au­cun thème, lais­sant aus­si s’ins­tal­ler l’idée qu’entre lui et la presse les re­la­tions étaient dé­sor­mais nor­ma­li­sées. Mer­cre­di ma­tin, tou­te­fois, le chef de l’État a re­pris d’une main ce qu’il ve­nait d’ac­cor­der la veille en an­non­çant la fer­me­ture de la salle de presse ins­tal­lée dans la cour de l’Ély­sée. Un pro­jet an­non­cé dès son ar­ri­vée, en mai, mais qui avait alors dé­clen­ché un tollé au sein des ré­dac­tions. Le dé­mé­na­ge­ment est dé­sor­mais ac­té. Une « dé­ci­sion uni­la­té­rale, sans concer­ta­tion », re­con­naît l’Ély­sée et que l’APP lui a de­man­dé mer­cre­di soir de « re­con­si­dé­rer », ar­guant que ce dé­mé­na­ge­ment consti­tuait «pour les jour­na­listes une en­trave à leur tra­vail ». Se rap­pro­cher de la presse, d’ac­cord, mais seule­ment de temps en temps et pas de trop près non plus.

LU­DO­VIC MA­RIN/TWIT­TER

Em­ma­nuel Ma­cron ré­pond aux ques­tions des jour­na­listes de l’As­so­cia­tion de la presse pré­si­den­tielle, mar­di soir, au Mi­ni-Pa­lais, à Pa­ris.

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