En crise de lea­der­ship, le SPD s’en­fonce dans la crise

En chute libre dans les son­dages, di­vi­sé sur son al­liance avec la droite, le par­ti a per­du son chef avec la dé­mis­sion de Mar­tin Schulz.

Le Figaro - - INTERNATIONAL - NI­CO­LAS BAROTTE @Ni­co­lasBa­rotte COR­RES­PON­DANT À BER­LIN

AL­LE­MAGNE De mal en pis, le SPD s’en­fonce dans la crise. Ni dans l’op­po­si­tion, puis­qu’il a choi­si de gou­ver­ner avec la CDU d’An­ge­la Mer­kel, ni en­core au pou­voir, puisque les mi­li­tants du par­ti peuvent en­core rayer la si­gna­ture du contrat de coa­li­tion, les so­ciaux-dé­mo­crates ne savent plus où se si­tuer sur l’échi­quier po­li­tique. De­puis mar­di soir, ils n’ont plus de chef non plus: contes­té, Mar­tin Schulz a of­fi­ciel­le­ment dé­mis­sion­né. Le len­de­main, les autres res­pon­sables du par­ti ont ten­té de faire bonne fi­gure lors des tra­di­tion­nelles réunions po­li­tiques qui marquent le mer­cre­di des Cendres en Al­le­magne.

En chute libre dans les son­dages, le SPD a at­teint ses pro­nos­tics les plus bas avec seule­ment 16,5 % d’in­ten­tions de vote dans la der­nière en­quête In­sa, soit 1,5 point de­vant les po­pu­listes de l’AfD. L’un de leurs chefs de file n’a pas ré­sis­té à la ten­ta­tion de ju­bi­ler: « Au mer­cre­di des Cendres, dit-on, tout est fi­ni », a lan­cé Jörg Meu­then, en ré­fé­rence à la tra­di­tion de pé­ni­tence qui ef­face les pé­chés. « C’est vrai pour cer­tains, Mar­tin Schulz par exemple », s’est-il mo­qué. « Il a re­non­cé à tout ce qu’il vi­sait: la Chan­cel­le­rie, la pré- si­dence du par­ti, le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères. » L’AfD es­père ti­rer pro­fit des dé­boires de la « LoKo », comme l’a ap­pe­lé Meu­then : la coa­li­tion des lo­sers.

Coups de men­ton

À l’aune de ces son­dages, de nou­velles élec­tions se­raient ca­tas­tro­phiques pour le SPD et ses lea­ders ac­tuels. À Vil­sho­fen, en Ba­vière, Olaf Scholz, pré­sident par in­té­rim du par­ti, a ten­té de convaincre la base de vo­ter en fa­veur du contrat de coa­li­tion. Les mi­li­tants ont jus­qu’au 3 mars pour se pro­non­cer par cour­rier. «Il suf­fit de re­gar­der les dis­cus­sions au sein de la CDU pour se dire que nous avons peut-être obte- nu quelque chose de bon », a lan­cé le maire de Ham­bourg en ré­fé­rence aux re­mous qui agitent le par­ti conser­va­teur. Les op­po­sants d’An­ge­la Mer­kel es­timent no­tam­ment qu’elle n’au­rait pas dû cé­der le mi­nis­tère des Fi­nances. Le por­te­feuille pour­rait re­ve­nir à Olaf Scholz. Ce­lui-ci a pour­sui­vi sa charge contre ses fu­turs ca­ma­rades gou­ver­ne­men­taux, le lea­der de la CSU Horst See­ho­fer, don­né à l’In­té­rieur, et la chan­ce­lière, qui ont «pas­sé le zé­nith de leur car­rière po­li­tique », a-t-il as­su­ré.

Ces coups de men­ton, qui au­gurent mal du tra­vail gou­ver­ne­men­tal, sont cen­sés ras­su­rer les mi­li­tants du SPD ten­tés de dire non à la grande coa­li­tion pour mon­trer leur op­po­si­tion à An­ge­la Mer­kel. Ils ne dis­si­mulent pas le ma­laise et les dys­fonc­tion­ne­ments au som­met. Mar­di soir, cer­taines grandes fé­dé­ra­tions ont em­pê­ché An­drea Nahles, dé­si­gnée comme suc­ces­seur par Mar­tin Schulz, de prendre im­mé­dia­te­ment la tête du SPD. Une frange du par­ti craint que le dé­bat sur la ré­no­va­tion du SPD ne soit confis­qué aux mi­li­tants. Même si elle a le sou­tien de toute la di­rec­tion, An­drea Nahles de­vra donc at­tendre le vote d’un con­grès, le 22 avril, pour prendre ses fonc­tions. Elle a néan­moins dé­jà ac­cep­té cette fu­ture res­pon­sa­bi­li­té. Elle au­ra sans doute des concur­rents is­sus de la base face à elle : deux se sont dé­jà dé­cla­rés.

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