L’ONG Ox­fam au coeur d’un scan­dale sexuel

L’or­ga­ni­sa­tion bri­tan­nique est ac­cu­sée d’avoir cou­vert le re­cours à des pros­ti­tuées par plu­sieurs em­ployés, no­tam­ment en 2011 à Haï­ti.

Le Figaro - - INTERNATIONAL - TAN­GUY BERTHEMET @tan­guy­ber

HU­MA­NI­TAIRE Après le ci­né­ma, la po­li­tique et la presse, le monde de l’hu­ma­ni­taire se trouve à son tour confron­té aux scan­dales sexuels. L’ONG bri­tan­nique Ox­fam, l’une des plus im­por­tantes au monde, est soup­çon­née de pas­si­vi­té, voire de com­pli­ci­té, alors que plu­sieurs de ses em­ployés sont ac­cu­sés d’avoir eu re­cours à la prostitution lors de mis­sions à l’étran­ger ou d’avoir har­ce­lé sexuel­le­ment des col­lègues.

Ré­vé­lée par le Times, l’af­faire touche d’abord le res­pon­sable des opé­ra­tions de l’ONG en Haï­ti, Ro­land van Hau­wer­mei­ren, et quatre em­ployés in­ter­na­tio­naux. En 2011, alors que l’île n’est tou­jours pas re­mise du trem­ble­ment de terre qui a fait plus de 200 000 morts l’an­née pré­cé­dente, ce Belge au­rait ré­gu­liè­re­ment fait ve­nir des pros­ti­tuées dans sa vil­la, payée par Ox­fam. Ses ad­joints au­raient, eux, or­ga­ni­sé des or­gies dans une autre mai­son, sur­nom­mée le lu­pa­nar. L’ONG ré­agit très vite à ces ré­vé­la­tions, évoque des mou­tons noirs. Mais cette digue ne tient pas très long­temps. Il ap­pa­raît en fait que la conduite de Ro­land van Hau­wer­mei­ren, 68 ans, était connue par la di­rec­tion d’Ox­fam qui avait di­li­gen­té une en­quête in­terne. Mais l’homme et ses su­bor­don­nés avaient sim­ple­ment été contraints à la dé­mis­sion, sans autre sanc­tion. Il avait en­suite pu être em­bau­ché par Ac­tion contre la faim (ACF). Se­lon cette ONG fran­çaise, non seule­ment l’ex-em­ployeur ne l’avait pas aler­té sur les er­re­ments de cet hu­ma­ni­taire, mais elle lui a même fait par­ve­nir des re­com­man­da­tions.

Agres­sions sur des mi­neurs

Ox­fam se voit dès lors soup­çon­née d’avoir vo­lon­tai­re­ment en­ter­ré ces af­faires afin de ne pas nuire à sa ré­pu­ta­tion et de conser­ver tout son cré­dit au­près des do­na­teurs. La dé­mis­sion, lun­di, de la di­rec­trice gé­né­rale ad­jointe de l’ONG, Pen­ny La­wrence, qui dit sa « honte » et « as­su­mer l’en­tière res­pon­sa­bi­li­té » des er­reurs, n’ar­rête pas les ac­cu­sa­tions. Le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique - qui donne plus de 35 mil­lions d’eu­ros par an à l’ONG - exige des ex­pli­ca­tions.

De­puis, les an­nonces de fautes de la di­rec­tion d’Ox­fam se suc­cèdent. On ap­prend ain­si que le Belge avait dé­jà fait par­ler de lui au Tchad. Mar­di, He­len Evans, di­rec­trice de la pré­ven­tion in­terne à Ox­fam entre 2012 et 2015, au-de­là d’un cas iso­lé, dé­nonce une « culture d’abus sexuels au sein de cer­tains bu­reaux », fai­sant état de viols ou ten­ta­tives de viol au Sou­dan du Sud ou d’agres­sions sur des mi­neurs bé­né­voles dans des ma­ga­sins de l’ONG au Royaume-Uni. Irin, une agence de presse liée à l’ONU, af­firme de son cô­té que Ro­land van Hau­wer­mei­ren avait été re­mar­qué dès 2005, au Li­be­ria, alors qu’il tra­vaillait pour Mer­lin, un autre groupe.

Peu à peu, l’af­faire Ox­fam se mue en une dé­fiance en­vers l’en­semble du monde hu­ma­ni­taire. « C’est très en­nuyeux car ce­la risque d’en­traî­ner une chute des dons, sou­ligne un res­pon­sable d’une im­por­tante ONG. Ce risque de dé­rive est pour­tant bien connu. » MSF, Mé­de­cins sans fron­tières, a re­con­nu s’être sé­pa­ré de 20 per­sonnes, sus­pec­tées de har­cè­le­ment ou d’abus sexuels. Save The Chil­dren a re­con­nu l’in­dé­li­ca­tesse de 16 de ses membres. Au fil de la dé­cen­nie pas­sée, de nom­breux scan­dales sexuels ont éga­le­ment écla­té dans les rangs de l’ONU.

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