Le bras droit de Trump sur la sel­lette

John Kel­ly est ac­cu­sé d’avoir cou­vert l’un de ses col­la­bo­ra­teurs qui était aus­si un ma­ri violent.

Le Figaro - - INTERNATIONAL - PHI­LIPPE GÉLIE P@ge­lie­fig COR­RES­PON­DANT À WA­SHING­TON

ÉTATS-UNIS La Mai­son-Blanche, où il est cen­sé faire ré­gner l’ordre, tra­verse une nou­velle zone de tur­bu­lences et c’est en par­tie sa faute. John Kel­ly, l’ex­gé­né­ral en­rô­lé par Do­nald Trump l’été der­nier comme se­cré­taire gé­né­ral de la pré­si­dence, se re­trouve sur la sel­lette pour sa ges­tion ra­tée d’un scan­dale sul­fu­reux.

Rob Por­ter, 40 ans, l’air du gendre par­fait du haut de son 1,97 m, était en fait un ma­ri violent avec ses deux ex-épouses, qui en ont in­for­mé le FBI lors de la vé­ri­fi­ca­tion de son pas­sé, une étape obli­gée pour son poste de se­cré­taire de l’équipe pré­si­den­tielle. La po­lice fé­dé­rale a aler­té la Mai­son-Blanche en mars der­nier dans un rap­port pré­li­mi­naire, puis en juillet dans ses conclu­sions. Elle a alors re­çu une de­mande de pré­ci­sions com­plé­men­taires, éma­nant d’un res­pon­sable non pré­ci­sé. Elle y a ré­pon­du en no­vembre, avant la « fer­me­ture ad­mi­nis­tra­tive » de son en­quête en jan­vier der­nier. « Nous avons sui­vi les pro­cé­dures éta­blies », a in­sis­té mar­di le di­rec­teur du FBI, Chris­to­pher Wray, de­vant la com­mis­sion du ren­sei­gne­ment au Sé­nat.

Le pro­blème est que la Mai­son-Blanche n’a pas ré­agi, puis a ten­té de cou­vrir son in­ac­tion. Lorsque le Dai­ly Mail a pu­blié, le 6 fé­vrier, le té­moi­gnage de Jen­ni­fer Willough­by, la se­conde épouse de Rob Por­ter, sur les vio­lences phy­siques et mo­rales qu’il lui avait fait su­bir, John Kel­ly, ai­dé par la plume de Hope Hicks, di­rec­trice de la com­mu­ni­ca­tion en­ga­gée dans une re­la­tion amou­reuse avec Por­ter, a pu­blié un com­mu­ni­qué dé­fen­dant « un homme d’hon­neur et d’in­té­gri­té ». En moins de 24 heures, après l’ap­pa­ri­tion d’une pho­to de la pre­mière femme de Por­ter, Col­bie Hol­der­ness, mar­quée d’un oeil au beurre noir dont elle le dit res­pon­sable, Por­ter a dû dé­mis­sion­ner et Kel­ly est pas­sé en mode sau­ve­tage. Il a pres­sé ses col­la­bo­ra­teurs de pré­tendre qu’il avait ré­agi «en 40 mi­nutes» après la ré­vé­la­tion des faits.

Un sou­tien mo­dé­ré

« Tout a été fait comme il faut », a in­sis­té le gé­né­ral, mar­di, dans une dé­cla­ra­tion au Wall Street Jour­nal. En réa­li­té, les ver­sions chan­geantes de la Mai­sonB­lanche de­puis une se­maine, dé­men­ties par la chro­no­lo­gie du FBI, mar­di, ne font que pro­lon­ger la po­lé­mique. D’abord cen­trée sur la to­lé­rance d’une équipe do­mi­née par les hommes pour les com­por­te­ments bru­taux en­vers les femmes, elle a été ag­gra­vée du­rant le week-end par des tweets de Do­nald Trump dé­plo­rant l’épreuve « dif­fi­cile et triste » in­fli­gée à son an­cien pro­té­gé, sou­li­gnant qu’il « niait » les ac­cu­sa­tions, sans un mot pour les femmes bat­tues. Le pré­sident amé­ri­cain n’a cor­ri­gé le tir que mer­cre­di soir, se dé­cla­rant « to­ta­le­ment op­po­sé aux vio­lences conju­gales».

De mo­ral, le dé­bat est de­ve­nu po­li­tique. Rob Por­ter n’avait ja­mais re­çu son ac­cré­di­ta­tion de sé­cu­ri­té dé­fi­ni­tive, en rai­son de ce pas­sé sus­cep­tible de l’ex­po­ser au chan­tage. Il n’en a pas moins manipulé des se­crets d’État, tous les do­cu­ments trans­mis au pré­sident pas­sant par lui. De­puis, on a ap­pris que « des dou­zaines » d’em­ployés de la Mai­sonB­lanche at­tendent tou­jours eux aus­si leur ac­cré­di­ta­tion dé­fi­ni­tive, à com­men­cer par Ja­red Ku­sh­ner, le gendre du pré­sident, ci­blé dans l’en­quête sur les connexions russes de la cam­pagne.

Cette ano­ma­lie écla­bousse John Kel­ly. Plu­sieurs de ses ri­vaux dans les cercles trum­piens, de Co­rey Le­wan­dows­ki à An­tho­ny Sca­ra­muc­ci, l’ap­pellent à dé­mis­sion­ner. Dans une ex­pres­sion de sou­tien plu­tôt mo­dé­rée, le pré­sident a char­gé di­manche sa conseillère Kel­lyanne Con­way d’as­su­rer qu’il ne lui cher­chait «pas ac­ti­ve­ment» un rem­pla­çant.

EVAN VUCCI/AP

John Kel­ly, l’ex-gé­né­ral en­rô­lé par Do­nald Trump comme se­cré­taire gé­né­ral de la pré­si­dence, le 2 fé­vrier à la Mai­son-Blanche.

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