Le « lo­geur de Daech » re­laxé, le par­quet fait ap­pel

Ses co­pré­ve­nus, en re­vanche, ont été con­dam­nés, l’un à cinq ans de pri­son, et l’autre, à quatre ans dont un avec sur­sis.

Le Figaro - - SOCIÉTÉ - STÉ­PHANE DU­RAND-SOUFFLAND sdu­rand­souf­fland@le­fi­ga­ro.fr

13 NO­VEMBRE Ja­wad Ben­daoud a été re­laxé mer­cre­di par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris. Cet homme de 31 ans, connu, de­puis son ar­res­ta­tion très mé­dia­tique de no­vembre 2015, sous le so­bri­quet de « lo­geur de Daech », était pour­sui­vi pour « re­cel de mal­fai­teurs ter­ro­ristes ». Le par­quet a aus­si­tôt fait ap­pel de cette re­laxe.

Ses co­pré­ve­nus, en re­vanche, ont été sé­vè­re­ment con­dam­nés : Mo­ha­med Sou­mah, 28 ans, lui aus­si dé­lin­quant mul­ti­ré­ci­di­viste et dé­te­nu, voit pro­non­cer à son en­contre une peine de cinq ans de pri­son. Quant à Yous­sef Aït-Bou­lah­cen, 25 ans, frère d’une jeune femme tuée avec deux is­la­mistes en fuite dans un im­meuble de Saint-De­nis, il est condam­né pour « non-dé­non­cia­tion de crimes ter­ro­ristes » à quatre ans de pri­son dont un avec sur­sis. Le tri­bu­nal pré­si­dé par Isa­belle Pré­vost-Des­prez n’ayant pas dé­li­vré de man­dat de dé­pôt, il a pu re­par­tir libre. Il dis­pose de dix jours pour faire ap­pel.

La re­laxe de M. Ben­daoud - qui de­vait sor­tir de pri­son mer­cre­di soir - ne consti­tue pas une énorme sur­prise, bien que le pro­cu­reur ait re­quis quatre ans de pri­son contre lui. À l’au­dience, dé­fen­du par Mes Cul­lin et No­gue­ras, il est ap­pa­ru comme un mal­fai­teur de faible en­ver­gure, to­ta­le­ment in­sen­sible à ce qui se passe au­tour de lui du mo­ment qu’il peut se livre à son « bu­si­ness » ha­bi­tuel - la vente de drogues, es­sen­tiel­le­ment. Ap­pa­rem­ment, les at­ten­tats qui ont fait 130 morts et plus de 400 bles­sés à Pa­ris et en Seine-Saint-De­nis ne l’em­pêchent pas de dor­mir…

Ce pe­tit dea­ler dis­po­sait en outre d’un squat, qu’il louait à qui le lui de­man­dait sans po­ser de ques­tions, pour se « faire un pe­tit billet » de plus. C’est pour ce­la qu’il s’est re­trou­vé, le 17 no­vembre 2015 au soir, face à Ab­del Ha­mid Abaaoud et Cha­kib Akrouh, deux des tueurs des com­man­dos dits « des ter­rasses », en ca­vale de­puis le 15. Ils sont ac­com­pa­gnés d’une jeune femme, toxi­co­mane, Has­na Aït-Bou­lah­cen. Cou­sine d’Abaaoud, elle avait eu l’idée de sol­li­ci­ter son dea­ler, Mo­ha­med Sou­mah, pour trou­ver d’ur­gence une planque aux ter­ro­ristes. M. Sou­mah s’était à son tour tour­né vers Ja­wad Ben­daoud, sa­chant qu’il dis­po­sait du squat de la rue du Cor­billon. Les is­la­mistes et Has­na Aït-Bou­lah­cen se­ront tués dans l’as­saut du Raid, le 18 no­vembre. As­saut qui a pro­vo­qué l’ef­fon­dre­ment de l’im­meuble.

La mai­rie de Saint-De­nis, par­tie ci­vile, a vi­ve­ment condam­né cette re­laxe qui « ren­voie de­hors un dé­lin­quant mul­ti­ré­ci­di­viste dont les pi­tre­ries ne doivent pas mas­quer la réelle dan­ge­ro­si­té », se­lon elle. Le maire, Laurent Rus­sier, et le dé­pu­té de Seine-Saint-De­nis, Sté­phane Peu, s’avouent « cho­qués par ce ver­dict (sic) qui ra­vive la dou­leur des vic­times des at­ten­tats et des fa­milles trau­ma­ti­sées par l’as­saut du Raid ».

Aït-Bou­lah­cen, « le plus inquiétant »

Le dos­sier n’a pas per­mis d’éta­blir que Ja­wad Ben­daoud avait conscience d’hé­ber­ger des ter­ro­ristes. Il n’en est pas un lui-même, mais ap­pa­raît seule­ment comme un in­di­vi­du sans mo­rale, un dé­lin­quant de ci­té, certes in­ca­pable de conte­nir sa lo­gor­rhée mais qui n’a pas dû sou­vent ou­vrir le Co­ran.

Mo­ha­med Sou­mah, en re­vanche, a eu avec Has­na Aït-Bou­lah­cen des échanges beau­coup plus com­plets au cours de la jour­née du 17 no­vembre 2105. A-t-il pu, dans ces condi­tions, igno­rer qu’Abaaoud et Akrouh étaient des as­sas­sins de Daech ? Non, a ré­pon­du le tri­bu­nal.

Quant à Yous­sef Aït-Bou­lah­cen, frère d’Has­na, en dé­pit d’un dis­cours po­li­cé, il est do­té d’une per­son­na­li­té trouble. Les en­quê­teurs avaient re­trou­vé dans les dif­fé­rents ap­pa­reils nu­mé­riques de ce cou­sin d’Ab­del Ha­mid Abaaoud de la do­cu­men­ta­tion dji­ha­diste, ain­si que des dia­tribes ho­mo­phobes et an­ti­sé­mites. Le pré­ve­nu - le seul qui com­pa­rais­sait libre - s’était dé­fen­du en par­lant en sub­stance d’er­reurs de jeu­nesse ou de re­cherches à titre do­cu­men­taire. Il a mis en avant, pour prou­ver sa bonne foi, que sa com­pagne ac­tuelle se­rait, se­lon ses dires, chré­tienne et non voi­lée.

Mais le mi­nis­tère pu­blic s’est mon­tré par­ti­cu­liè­re­ment cin­glant à l’en­contre de l’am­bu­lan­cier qui a chan­gé de nom de­puis les faits, es­ti­mant que des trois pré­ve­nus, c’est ce­lui qui pré­sen­tait « le pro­fil le plus inquiétant ».■

PEYRUCQ/AFP

Ja­wad Ben­daoud, le 26 jan­vier, au troi­sième jour d’au­dience de son pro­cès au tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris.

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