Sven Kra­mer, roi du pa­ti­nage de vi­tesse

Le Figaro - - SPORT - JEAN-JU­LIEN EZVAN @JeanJu­lienEz­van EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À PYEONG­CHANG

CUISSES D’AIRAIN et souffle d’apnéiste, Sven Kra­mer (31 ans) est l’homme de tous les re­cords. À Pyeong­chang, le pa­ti­neur de vi­tesse, sym­bole de la toute-puis­sance néer­lan­daise sur la dis­ci­pline, s’est ins­crit comme le pre­mier triple vain­queur de la même épreuve aux JO, le 5 000 m (12 tours et de­mi bou­clés en 6 min 9 s 76, nou­veau re­cord olym­pique), épreuve do­mi­née à Van­cou­ver en 2010, à Sot­chi en 2014, avant Pyeong­chang en 2018. « C’est gé­nial de battre le re­cord olym­pique. Tous les quatre ans, je pro­gresse. Cette vic­toire est très spé­ciale pour moi. » Plus vite, plus loin, plus fort…

Kra­mer trône au som­met du pa­ti­nage de vi­tesse. Avec huit mé­dailles olym­piques (quatre d’or, deux d’argent et deux de bronze), il s’ins­crit dans le sillage de sa com­pa­triote Ireen Wüst (10 mé­dailles, titrée en Co­rée du Sud et pre­mière pa­ti­neuse en or lors de quatre JO). Il se si­tue au-des­sus de l’Amé­ri­cain Eric Hei­den qui rem­por­ta les cinq courses olym­piques de Lake Pla­cid en 1980 (et par­ti­ci­pa en­suite au Tour de France cy­cliste). Et avec ses huit mé­dailles olym­piques, il dé­passe dans la hié­rar­chie de son pays (Jeux d’hi­ver et d’été), le lé­gen­daire na­geur Pie­ter van den Hoo­gen­band (7 mé­dailles, dont 3 titres). Tout sim­ple­ment. Sur le po­dium, il a mi­mé l’éclair d’Usain Bolt, lui qui s’ins­crit comme le « Carl Le­wis en pa­tins ». L’homme de tous les re­cords. Sven Kra­mer était dé­jà le pa­ti­neur le plus ti­tré aux cham­pion­nats du monde (19 mé­dailles d’or dans les Mon­diaux simple dis­tance et 9 titres dans ceux « toutes dis­tances »).

Le pa­ti­nage de vi­tesse est une ins­ti­tu­tion aux Pays-Bas. Les hi­vers ri­gou­reux per­mettent l’or­ga­ni­sa­tion du cé­lèbre Elf­ste­den­tocht (Tour des onze villes). Né à Hee­ren­veen, le ber­ceau des ta­lents de la dis­ci­pline, Sven Kra­mer a sû­re­ment ap­pris à pa­ti­ner avant de mar­cher. Son père a par­ti­ci­pé aux JO de 1980. Sa mère et sa soeur ont éga­le­ment pa­ti­né. Il est de­ve­nu une star de sa dis­ci­pline en bat­tant en 2005 le re­cord du monde du 5000 m. Juste avant ses dé­buts olym­piques à Tu­rin et sa folle col­lec­tion de titres.

Oranges mé­ca­niques

Kra­mer, étin­ce­lant sym­bole d’une équipe dia­bo­lique. Oranges mé­ca­niques. En 2014, à Sot­chi, les Néer­lan­dais avaient fait main basse sur la col­lec­tion d’or en pa­ti­nage de vi­tesse, dé­cro­chant 23 des 36 mé­dailles en jeu (dont quatre tri­plés). De­puis l’ou­ver­ture des JO de Pyeong­chang, les quo­ti­diens néer­lan­dais (AD, De Te­le­graaf, De Volks­trant, NRC) ta­pissent leur une des ex­ploits à ré­pé­ti­tion de ces pa­ti­neurs in­sa­tiables. Kjeld Nuis (1500 m), Ireen Wust (1500 m dames) et Car­li­jn Ach­te­reekte (3000 m dames) se sont dé­jà pa­rés d’or.

La star de l’ovale de Gan­gneung ne se laisse pas étour­dir par ses disques, qu’il fait tour­ner en ac­cé­lé­ré, ou par la cu­rio­si­té et la cé­lé­bri­té qui se bous­culent dans son sillage. La rai­son ? À Pyeong­chang, le 10000 m ce jeu­di (seul titre olym­pique qui lui ré­siste), la pour­suite par équipes et la mass-start fi­gurent en­core à son pro­gramme : «Je suis dé­jà concen­tré sur la pro­chaine dis­tance. Bien sûr, c’est su­per d’avoir trois mé­dailles d’or d’af­fi­lée sur le 5000 m, et c’est bien de faire l’his­toire. Mais je cherche avant tout à ré­cu­pé­rer le plus vite pos­sible avant la pro­chaine com­pé­ti­tion. » Son se­cret ? « C’est tout sim­ple­ment que j’adore ce que je fais. J’aime tel­le­ment le sport. Je suis mo­ti­vé tous les jours. J’ai une très belle équipe. Ne vous mé­pre­nez pas, c’est vrai­ment dur par­fois, mais en fin de compte, le grand se­cret, c’est de s’écla­ter », a-t-il ré­su­mé sur le site of­fi­ciel des JO. Ex­pé­rience, tech­nique, dé­ter­mi­na­tion sont les prin­ci­pales rai­sons de sa do­mi­na­tion. Le reste, il le puise dans ce goût im­mo­dé­ré de l’ef­fort, quand la so­li­tude du pa­ti­neur, cho­ré­gra­phie com­plexe, se com­pose sur la glace de gestes fluides, amples, dé­li­cats, élé­gants. Pour des ath­lètes qui, po­sés sur et face à un mi­roir, en­chaînent les tours, en quête de vi­tesse et d’ef­fi­ca­ci­té, sans ja­mais don­ner l’im­pres­sion de souf­frir.

JOHN LOCHER/AP

Après Van­cou­ver en 2010 et Sot­chi en 2014, Sven Kra­mer s’est im­po­sé pour la troi­sième fois aux JO dans le 5 000 m, le 11 fé­vrier à Gan­gneung,

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