In­dus­trie : l’em­bel­lie de 2017 n’ef­face pas dix ans de dé­grin­go­lade

Se­lon l’In­see, 27 300 en­tre­prises in­dus­trielles ont dis­pa­ru entre 2006 et 2015. Alors que 2017 marque un re­bond, Em­ma­nuel Ma­cron dé­fend la « des­truc­tion créa­trice ».

Le Figaro - - ECONOMIE - MA­RIE VISOT @Ma­rieVi­sot

Entre 2006 et 2015, l’in­dus­trie fran­çaise a per­du un de­mi-mil­lion de sa­la­riés. Seuls quelques rares sec­teurs, comme l’aé­ro­nau­tique, ont échap­pé à cette crise. Le pire semble pas­sé, la pro­duc­tion ma­nu­fac­tu­rière ayant re­bon­di de 4,9 % en 2017. Néan­moins, ce re­bond reste dé­pen­dant de me­sures fis­cales et de la conjonc­ture in­ter­na­tio­nale. Et il est en­core li­mi­té. Ain­si, bien que la pro­duc­tion de voi­tures soit re­par­tie à la hausse en France, il est peu pro­bable qu’elle re­trouve ses ni­veaux d’avant-crise. Pour Em­ma­nuel Ma­cron, néan­moins, l’État ne doit plus jouer le rôle de pom­pier. « Le fait qu’il y ait des des­truc­tions d’em­plois ne doit pas conduire à une pré­oc­cu­pa­tion po­li­tique. Dans la vie éco­no­mique, il y a des em­plois qui meurent et d’autres qui naissent. Si on se met à vou­loir blo­quer cette trans­for­ma­tion, on en­raye tout dans la vie éco­no­mique », a-t-il dé­cla­ré mar­di de­vant la presse pré­si­den­tielle.

STA­TIS­TIQUES L’in­dus­trie fran­çaise, on le sait, est en dé­clin. Les chiffres pu­bliés ce mer­cre­di en confirment l’am­pleur. Entre 2006 et 2015, l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière a per­du 27 300 éta­blis­se­ments (– 18 %) et 530 000 sa­la­riés (– 16 %). « La crise de 20082009 a du­re­ment tou­ché ce sec­teur, dé­jà en re­pli au­pa­ra­vant ; cette ten­dance s’est pour­sui­vie en­suite », re­lève l’In­see. Fin 2015, on ne dé­comp­tait ain­si plus que 123 300 en­tre­prises et 2,7 mil­lions de sa­la­riés dans l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière. « Plu­sieurs causes struc­tu­relles sont gé­né­ra­le­ment évo­quées, no­tam­ment les gains de pro­duc­ti­vi­té, l’ex­ter­na­li­sa­tion vers les ser­vices, une concur­rence étran­gère ac­crue, par­fois ac­com­pa­gnée de dé­lo­ca­li­sa­tions, ou en­core la dé­for­ma­tion de la de­mande au pro­fit des ser­vices », in­dique l’Ins­ti­tut de la sta­tis­tique.

Entre 2008 et fin 2015, la pro­duc­tion in­dus­trielle a re­cu­lé de 15 %. Son poids dans le PIB a chu­té de 2 points, à 11,2 %. Bien qu’elle de­meure le deuxième sec­teur em­ployeur - en 2009, le com­merce lui était pas­sé de­vant -, l’in­dus­trie souffre plus que les autres ac­ti­vi­tés. Dans la construc­tion, par exemple, le nombre d’éta­blis­se­ments a di­mi­nué de 19 200 (–9%) et le nombre de sa­la­riés de presque 100 000 (–7%). Elle est à la peine en outre dans presque toutes ses com­po­santes. Les baisses les plus im­por­tantes ces dix der­nières an­nées ont concer­né les in­dus­tries du tex­tile, de l’ha­bille­ment et du cuir : la concur­rence asia­tique a eu rai­son de 3 100 éta­blis­se­ments du sec­teur (- 37 %).

Bonne san­té de l’aé­ro­nau­tique

Suivent celles du bois-pa­pie­rim­pri­me­rie, la fa­bri­ca­tion de pro­duits en ca­ou­tchouc et en plas­tique, la mé­tal­lur­gie et la fa­bri­ca­tion de pro­duits mé­tal­liques (voir gra­phique ci-contre). Dans la fa­bri­ca­tion de ma­té­riel de trans­ports, l’in­dus­trie au­to­mo­bile est très for­te­ment tou­chée, no­tam­ment ses éta­blis­se­ments de plus de 250 sa­la­riés. Le sec­teur agroa­li­men­taire, lui, ré­siste mieux. Cer­taines ac­ti­vi­tés très spé­ci­fiques, en­fin, sont en es­sor, no­tam­ment la construc­tion aé­ro­nau­tique et spa­tiale.

En­fin, l’étude montre que l’in­dus­trie est en re­pli dans l’en­semble du ter­ri­toire, « et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans le bas­sin pa­ri­sien, le nord, l’est et le centre de la France ».

La si­tua­tion fran­çaise est-elle pé­rilleuse ? Em­ma­nuel Ma­cron, de­vant la presse pré­si­den­tielle mar­di soir, a don­né sa ré­ponse : « Le fait qu’il y ait des des­truc­tions d’em­plois ne doit pas conduire à une pré­oc­cu­pa­tion po­li­tique. Dans la vie éco­no­mique, il y a des em­plois qui meurent et d’autres qui naissent. Si on se met à vou­loir blo­quer cette trans­for­ma­tion, on en­raye tout dans la vie éco­no­mique. »

Et le chef de l’État d’in­sis­ter : « Il peut y avoir du vo­lon­ta­risme po­li­tique - je crois dans la dé­fense des in­té­rêts stra­té­giques -, mais quand il y a des chan­ge­ments tech­no­lo­giques, il est nor­mal que des em­plois dis­pa­raissent », a-t-il sou­li­gné. Bref, dé­cli­nant sa vi­sion de l’in­ter­ven­tion­nisme de l’État - qui ne doit pas jouer le rôle de pom­pier dès lors qu’une usine en dan­ger est à la une des jour­naux -, Em­ma­nuel Ma­cron en a pro­fi­té pour dé­fendre la « des­truc­tion créa­trice » à l’oeuvre. In fine, ce­la pour­rait même « re­créer de l’em­ploi in­dus­triel », a-t-il conclu.

De fait, en 2016, les an­nonces d’ou­ver­ture d’usines ont com­pen­sé exac­te­ment les fer­me­tures, avec 136 sites ou­verts et au­tant ar­rê­tés, se­lon le ca­bi­net Tren­deo. En 2017, la pro­duc­tion ma­nu­fac­tu­rière a re­bon­di de 4,9 % et l’in­dus­trie a ces­sé de dé­truire des em­plois. Mais la si­tua­tion de­meure fra­gile - très dé­pen­dante de me­sures fis­cales ponc­tuelles et de la conjonc­ture in­ter­na­tio­nale.

L’in­ves­tis­se­ment et l’in­no­va­tion dans les an­nées à ve­nir se­ront cru­ciaux pour le re­nou­vel­le­ment de l’ou­til pro­duc­tif vieillis­sant des en­tre­prises in­dus­trielles fran­çaises, mais aus­si pour as­su­rer la tran­si­tion vers des pro­duits dans les­quels le nu­mé­rique va prendre une place de plus en plus im­por­tante.

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