« Les en­tre­prises com­mencent à pro­po­ser des sa­laires plus at­trac­tifs »

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Pour Thi­baut Gemignani, di­rec­teur gé­né­ral du site de re­cherche d’em­ploi pour les cadres Cadremploi*, la forte ten­sion sur le mar­ché des cadres a in­ver­sé le rap­port de force en leur fa­veur.

LE FI­GA­RO. - Qu’est-ce que c’est, être cadre au­jourd’hui ? Thi­baut GEMIGNANI. - Le nombre de cadres a consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té. Dans le sec­teur pri­vé, ils sont au­jourd’hui trois mil­lions - ce qui re­pré­sente 10 % de la po­pu­la­tion ac­tive - alors qu’ils n’étaient que deux mil­lions il y a vingt ans. Ce sta­tut, qui est une ex­cep­tion fran­çaise, n’est tou­jours pas clai­re­ment dé­fi­ni et c’est d’ailleurs l’ob­jec­tif de la né­go­cia­tion sur l’en­ca­dre­ment que mènent ac­tuel­le­ment les par­te­naires so­ciaux. Mais plu­sieurs élé­ments dis­tinc­tifs res­sortent. Par exemple, au­jourd’hui, les cadres n’exercent pas seule­ment une fonc­tion de ma­na­ger. 40 % d’entre eux sont des ex­perts qui n’en­cadrent pas.

Le nombre de cadres aug­mente, mais les en­tre­prises ont d’im­por­tantes dif­fi­cul­tés à re­cru­ter. Dans quelle me­sure cette ten­dance joue sur le rap­port de forces entre cadres et em­ployeurs ? Les cadres ont ga­gné en confiance et ils ont dé­sor­mais bien conscience que leur pro­fil est très re­cher­ché au­jourd’hui. C’est frap­pant : 72 % d’entre eux voient le mar­ché de l’em­ploi des cadres avec op­ti­misme, alors qu’ils n’étaient que 55 % en jan­vier 2017, se­lon un son­dage Ifop réa­li­sé pour Cadremploi. Par consé­quent, le rap­port de force s’est com­plè­te­ment in­ver­sé en leur fa­veur. Les en­tre­prises re­doublent d’ef­forts pour les sé­duire et les choyer afin de les at­ti­rer chez elles. Ce qui passe no­tam­ment par une amé­lio­ra­tion des condi­tions de tra­vail. Outre la ré­mu­né­ra­tion, l’épa­nouis­se­ment dans l’en­tre­prise et la bonne am­biance de tra­vail sont en ef­fet des cri­tères très im­por­tants pour les cadres.

« Les cadres ont ga­gné en confiance et ont dé­sor­mais bien conscience que leur pro­fil est très re­cher­ché » au­jourd’hui THI­BAUT GEMIGNANI

Jus­te­ment, les en­tre­prises sont-elles dé­ci­dées à jouer sur les ré­mu­né­ra­tions pour les at­ti­rer ? Même si elles res­tent ré­ti­centes, les en­tre­prises com­mencent à pro­po­ser des sa­laires plus at­trac­tifs. Elles com­prennent qu’elles n’ont pas vrai­ment le choix. De plus en plus d’en­tre­prises étran­gères es­saient d’at­ti­rer les ta­lents fran­çais, no­tam­ment dans le nu­mé­rique, avec des sa­laires plus éle­vés qu’en France mais qui res­tent très bon mar­ché pour elles. Par ailleurs, les so­cié­tés fran­çaises réa­lisent que s’en­ga­ger dans un pro­ces­sus de re­cru­te­ment d’un cadre coûte de plus en plus cher et qu’il est donc pré­fé­rable de fi­dé­li­ser leurs col­la­bo­ra­teurs.■ PRO­POS RE­CUEILLIS

PAR M. M. * Cadremploi est une so­cié­té du Groupe Fi­ga­ro.

Thi­baut Gemignani, di­rec­teur gé­né­ral de Cadremploi.

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