Aide à do­mi­cile : la fu­sion plom­bée par un dé­fi­cit abys­sal

L’as­so­cia­tion Aide et Main­tien à Do­mi­cile de Flixecourt de­vait ab­sor­ber l’as­so­cia­tion Fa­milles Ru­rales d’Airaines, dont l’ac­ti­vi­té est si­mi­laire. Mais la fu­sion a été stop­pée après la dé­cou­verte d’une si­tua­tion fi­nan­cière com­pli­quée pour l’as­so­cia­tion d’A

Le Journal d'Abbeville - - Front Page - Oli­vier Bac­quet

Ma­riage an­nu­lé entre AMD et Fa­mille Ru­rales. Entre les as­so­cia­tions Aide et main­tien à do­mi­cile (AMD) de Flixecourt et Fa­milles Ru­rales (FR) d’Airaines, le ma­riage sem­blait na­tu­rel. Ces deux struc­tures dé­ve­loppent en ef­fet la même ac­ti­vi­té, sur leurs ter­ri­toires res­pec­tifs : l’em­ploi d’aides à do­mi­cile qui tra­vaillent chez les per­sonnes âgées ou dé­pen­dantes.

Plus de 100 000 €

Or, l’ob­jec­tif confir­mé par le Dé­par­te­ment est de ré­duire consi­dé­ra­ble­ment le nombre de ces struc­tures, en in­ci­tant aux fu­sions ou aux rap­pro­che­ments. Théo­ri­que­ment, cha­cune de ces struc­tures doit en ef­fet as­su­rer 150 000 heures d’in­ter­ven­tions par an pour conti­nuer à exis­ter. Une fu­sion entre l’AMD (106 000 heures réa­li­sées en 2016) et FR (54 000 heures) pa­rais­sait ain­si une so­lu­tion idéale.

Lorsque cette fu­sion a été an­non­cée en oc­tobre 2016, la dé­marche sem­blait n’être qu’une for­ma­li­té. Un an plus tard, l’heure est à la dés­illu­sion, après des dé­cou­vertes in­at­ten­dues : en étu­diant les comptes de l’as­so­cia­tion d’Airaines pour pré­pa­rer la fu­sion, le comp­table a en ef­fet dé­cou­vert un dé­fi­cit abys­sal. Le chiffre de 100 000 € a été avan­cé dans un pre­mier temps, mais il semble que le dé­fi­cit soit plus im­por­tant en­core.

« La si­tua­tion éco­no­mique réelle n’était pas celle que l’on nous avait pré­sen­tée, com­mente sim­ple­ment le di­rec­teur de l’AMD Be­noît Jo­ron. Dans ces condi­tions, il de­ve­nait in­ima­gi­nable de pour­suivre les dé­marches… » Outre ces dettes ac­cu­mu­lées par l’as­so­cia­tion Fa­milles Ru­rales, une autre dé­cou­verte a été faite ces der­niers mois, tout aus­si in­at­ten­due : l’exis­tence non pas d’une, mais de deux struc­tures à Airaines.

Car si l’AMD gère à la fois les pres­ta­taires (sa­la­riés de l’as­so­cia­tion) et les man­da­taires (em­ployés di­rec­te­ment par les clients, per­sonnes âgées), ce n’est pas le cas à Airaines, où co­existent deux struc­tures dif­fé­rentes. « On l’a dé­cou­vert fin 2016, sou­ligne le pré­sident de l’AMD Mi­chel Wal­let. Per­sonne

ne sem­blait en connaître l’exis­tence. »

Cette se­conde struc­ture, AMAE (pour « as­so­cia­tion man­da­taire d’Airaines et en­vi­rons ») existe bel et bien of­fi­ciel­le­ment : elle a été créée en 1992, à une époque où il était de bon ton de bien sé­pa­rer pres­ta­taires et man­da­taires. Mais dans les faits, son ac­ti­vi­té était to­ta­le­ment as­so­ciée à celle de Fa­milles Ru­rales de­puis des an­nées, sans que rien ne les dis­so­cie réel­le­ment.

Cette nou­velle dé­cou­verte s’est fi­na­le­ment ré­vé­lée une bonne nou­velle. Car si la si­tua­tion fi­nan­cière de Fa­milles Ru­rales est dif­fi­cile, celle de l’AMAE est par­fai­te­ment saine. « Nous avons donc dé­ci­dé de pour­suivre les dé­marches avec cette deuxième struc­ture », ex­plique Be­noît Jo­ron, qui confirme une fu­sion par ab­sorp­tion de l’AMAE.

Une fu­sion avec une se­conde struc­ture in­con­nue

Cette ab­sorp­tion vient d’ailleurs ré­gu­la­ri­ser la si­tua­tion de l’AMAE : cette struc­ture était tel­le­ment in­con­nue de tous qu’elle fonc­tion­nait, de fait, sans agré­ment of­fi­ciel, puisque c’est à Fa­milles Ru­rales que cet agré­ment était dé­li­vré. « Les dé­marches ont été longues, dif­fi­ciles, mais c’est fait, nous pou­vons re­prendre les dos­siers de l’AMAE », se ré­jouit le di­rec­teur.

Sur le sec­teur que cou­vrait l’as­so­cia­tion (au­tour d’Airaines et Que­vau­villers), ce­la re­pré­sente près de 80 dos­siers man­da­taires, pour plus de 28 000 heures par an. Quant aux pres­ta­taires, ils res­tent les sa­la­riés de Fa­milles Ru­rales d’Airaines, dont le pré­sident ne ca­chait pas son in­quié­tude lors de la der­nière as­sem­blée gé­né­rale.

Une fu­sion est-elle en­core pos­sible ?

Ce der­nier, Jean-Claude He­ri­cotte, a lui aus­si dé­cou­vert la si­tua­tion exacte de l’as­so­cia­tion lors des dé­marches pour la fu­sion. An­cien di­rec­teur de mai­sons de re­traites, il a ac­cep­té de re­prendre la pré­si­dence peu avant le pro­jet de fu­sion. « Le comp­table a dé­cou­vert au fil du temps que tout se cra­que­lait car le ser­vice ad­mi­nis­tra­tif a été né­gligent pen­dant des an­nées en ne re­por­tant pas les in­dem­ni­tés de congés », ex­pli­quait-il.

En cause aus­si : l’im­por­tance de ce ser­vice ad­mi­nis­tra­tif (7 per­sonnes, contre 6 à Flixecourt, alors que le nombre d’heures ef­fec­tué par l’AMD est deux fois plus im­por­tant), dont la masse sa­la­riale pèse lour­de­ment. Une fu­sion est-elle en­core pos­sible en ce qui concerne les pres­ta­taires ? Be­noît Jo­ron et Mi­chel Wal­let n’ex­cluent rien à long terme. Mais dans l’état ac­tuel, le pré­sident ne fait pas de mys­tère : « Les dé­marches sont ter­mi­nées. »

La si­tua­tion éco­no­mique réelle n’était pas celle que l’on nous avait pré­sen­tée. Be­noît Jo­ron

Le pré­sident de l’AMD Mi­chel Wal­let et son di­rec­teur Be­noît Jo­ron sont al­lés de dé­cou­verte en dé­cou­verte

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