Deux Gien­nois au coeur du cy­clone

DÉ­SO­LA­TION ET IN­QUIÉ­TUDE SUR L’ÎLE SAINT-MAR­TIN APRÈS LA CA­TAS­TROPHE

Le Journal de Gien - - La Une - RÉ­MI BI­CHON

Deux fa­milles gien­noises, l’une de Ne­voy et l’autre de Briare, ont vé­cu des heures d’an­goisse avec l’ou­ra­gan Ir­ma : leurs fils ré­sident sur l’île de Saint-Mar­tin, la plus dé­vas­tée des Ca­raïbes.

« Nous n’avons pu avoir notre fils Thier­ry au té­lé­phone que ven­dre­di soir, en ap­pe­lant un de ses amis », confient Gil­bert et Co­lette De­lau­nay, un couple de Ne­voy. De­puis mer­cre­di, ils es­sayaient en vain de joindre leur fils ha­bi­tant la ca­pi­tale de Saint­Mar­tin, Ma­ri­got. La quin­zaine de nu­mé­ros d’amis, ins­tal­lés aus­si bien cô­té Fran­çais qu’Hol­lan­dais, ne ré­pon­daient pas non plus, toutes les com­mu­ni­ca­tions, fixes et por­tables, étant cou­pées. Et pas plus d’in­for­ma­tion avec la cel­lule de crise à Pa­ris. « Les nuits ont été courtes, on était an­gois­sé », confie sa mère Co­lette.

Cal­feu­tré dans ses toi­lettes pour échap­per à l’ou­ra­gan

La con­ver­sa­tion avec leur fils a été brève, moins de deux mi­nutes, mais suf­fi­sante pour ras­su­rer les pa­rents : Thier­ry De­lau­nay était sain et sauf : « il était d’ailleurs en train d’ai­der une voi­sine dont la fe­nêtre de toit avait écla­té dans leur im­meuble ». « On l’avait eu la veille de l’ou­ra­gan, le mar­di à 23 heures, il était en train de se bar­ri­ca­der avec des planches de cof­frage », ra­conte sa mère. « Il avait fait des pro­vi­sions de 300 litres d’eau et rem­plit son fri­go de glace ». L’im­meuble qu’il ha­bite, si­tué sur une des hau­teurs de l’île, a donc bien ré­sis­té. Seules des tôles du toit se se­raient en­vo­lées pro­vo­quant quelques fuites d’eau. « Il s’est cal­feu­tré dans les toi­lettes pen­dant l’ou­ra­gan, l’en­droit le plus sé­cu­ri­sé de l’ap­par­te­ment », ra­content ses pa­rents, en évo­quant les autres pièces avec bal­cons ou baies vi­trées où il au­rait pu être bles­sé. « Tout ce qui n’était pas construit en bé­ton s’est en­vo­lé ou s’est ef­fon­dré », confie son père. Et de mon­trer le res­tau­rant où Thier­ry of­fi­cie en qua­li­té de chef cui­si­nier, le Ti Bou­chon, à Cul­de­sac : « il nous a dit qu’il ne reste que la dalle en bé­ton ». Le couple de No­vel­tains re­garde en boucle la té­lé­vi­sion de­puis le pas­sage de l’ou­ra­gan. Ils connaissent bien l’île de Saint Mar­tin pour y avoir sé­jour­né une di­zaine de fois de­puis que leur fils s’y est ins­tal­lé en 1992 : « on ne re­con­naît plus rien, tout est dé­vas­té ». L’in­sé­cu­ri­té, pre­mier sou­ci dé­sor­mais Si le couple de sep­tua­gé­naires est au­jourd’hui ras­su­ré, avec un se­cond bref coup de fil que leur fils a pu pas­ser lun­di, c’est dé­sor­mais le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té qui pré­do­mine sur l’île : « ils montent la garde entre voi­sins à tour de rôle pour évi­ter d’être pillé et à son école hô­te­lière, ils ont dé­jà vo­lé sept or­di­na­teurs ». « Même en temps nor­mal, l’in­sé­cu­ri­té est grande », confie son père évo­quant le quar­tier d’Or­léans où per­sonne ne s’aven­ture. Les pa­rents es­pèrent qu’avec l’ar­ri­vée de ren­forts de gen­dar­me­rie, l’ordre se­ra en­fin ré­ta­bli. « Il avait dé­jà connu ça en 1995 avec l’ou­ra­gan Luis », rap­pelle son père. À l’époque, Thier­ry ve­nait de mon­ter son propre res­tau­rant l’Ibis­cus qu’il a te­nu jus­qu’en 2006 et qui avait été en­dom­ma­gé par le cy­clone : « il nous avait fait une vi­déo, c’était dé­jà ter­rible, mais là avec Ir­ma, c’est pire ». Sou­la­gé que le se­cond ou­ra­gan Jo­sé ait épar­gné l’île, le couple de sep­tua­gé­naires at­ten­dait avec im­pa­tience le com­plet ré­ta­blis­se­ment des com­mu­ni­ca­tions pro­mises par le gou­ver­ne­ment fran­çais pour avoir des nou­velles plus fré­quentes de leur fils.

Co­lette et Gil­bert De­lau­nay avec leur fils Thier­ry (à droite) à Saint Mar­tin, ici en 2014.

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