Les pla­tanes dans le vi­seur d’une étude

Le Journal de Gien - - La Une - FRAN­ÇOIS BASLEY

L’abat­tage des pla­tanes a été dé­ci­dé dans le cadre du ré­amé­na­ge­ment du cen­tre­ville. Il est mo­ti­vé, se­lon la mai­rie, par une étude phy­to­sa­ni­taire. Cer­tains s’op­posent à cet abat­tage gé­né­ral. Conclu­sion du ca­bi­net : il est pré­fé­rable de rem­pla­cer l’ali­gne­ment. Les pla­tanes doivent­ils être abat­tus ? Oui, se­lon Ch­ris­tian Bou­leau, maire de Gien et pré­sident de la com­c om’. Car l’étude phy­to­sa­ni­taire me­née par un ca­bi­net ex­plique que la ma­jo­ri­té des arbres se trouve en mau­vais état et que leur abat­tage se jus­ti­fie. Non, il existe d’autres moyens d’agir ­ d’ailleurs cette étude ne se­rait pas si ca­té­go­rique, mar­tèlent les dé­fen­seurs des arbres. Mais quelles conclu­sions tire­t­elle, cette fa­meuse étude dont tout le monde se pré­vaut ? Le rap­port de syn­thèse, d’une tren­taine de pages, ne plaide pas vrai­ment en fa­veur des arbres.

Les in­di­vi­dus avec peu ou pas d’al­té­ra­tions re­pré­sentent 15 %

Cette étude a été me­née par l’Agence de l’arbre, ca­bi­net ba­sé à Trai­nou et spé­cia­li­sé dans les diag­nos­tics phy­sio­lo­giques, phy­to­sa­ni­taires, de te­nue mé­ca­nique, en in­ven­taire de pa­tri­moine ar­bo­ré et plan de ges­tion. Ses clients de­puis 1999 : « Les villes d’Or­léans, Blois, Joué­les­Tours, Oli­vet, La Cha­pelle­Saint­Mes­min, Saint­Jean­de­Braye, plu­sieurs com­mu­nau­tés de com­munes et conseils dé­par­te­men­taux », se­lon la page in­ter­net de la so­cié­té. L’étude à Gien date de jan­vier 2016 et a été me­ née, a prio­ri, par une so­cié­té sé­rieuse. Tech­ni­cien du pa­tri­moine ar­bo­ré dé­par­te­men­tal de l’Es­sonne, Éric Ger­dil pointe du doigt la mé­con­nais­sance du ca­bi­net re­te­nu. 121 pla­tanes ont été pas­sés en re­vue. 81 sont ma­tures. « La vi­ta­li­té est bonne pour seule­ment 41 % des arbres et 54 % des pla­tanes ont une vi­gueur sa­tis­fai­sante. À l’in­verse, des af­fais­se­ments ont été ob­ser­vés sur 5 % des in­di­vi­dus ». Mais ques­tion état sa­ni­taire, « les in­di­vi­dus avec peu ou pas d’al­té­ra­tions re­pré­sentent 15 % du pa­tri­moine exis­tant. Les autres su­jets ont un état sa­ni­taire dé­gra­dé pour 27 % et 57 % ont des lé­sions évo­lu­tives. Le pa­tri­moine étu­dié est très al­té­ré ». Sur ces pla­tanes, 47 % pré­sentent des em­pat­te­ments ra­ci­naires et 68 % des ra­cines de sur­face. « Le sol des quais de Loire est donc de mau­vaise qua­li­té. Il peut être in­suf­fi­sant ou com­pac­té. » « Les plaies de dia­mètre im­por­tant (choc, éla­gage, brû­lure…) ne peuvent être re­cou­vertes ra­pi­de­ment par l’arbre. De ce fait, des agents li­gni­vores ou (et) pa­tho­gènes s’ins­tallent et dé­gradent le bois. Ain­si, des ca­vi­tés se creusent. Ces ca­vi­tés ou­vertes sont nom­breuses et im­por­tantes sur un très grand nombre de su­jets. Cer­taines ont an­cien­ne­ment été com­blées de ci­ment et sur un su­jet, une tige fi­le­tée a été ins­tal­lée ». Un ali­gne­ment his­to­rique 22 arbres sont pa­ra­si­tés par le phel­lin, un cham­pi­gnon qui « af­fai­blit ra­pi­de­ment la te­nue mé­ca­nique des axes et les risques de rup­ture sont im­por­tants ». En cause, les tailles mé­ca­niques… Le mas­sa­ria, un pa­tho­gène, dé­truit le cam­bium et le bois de­vient cas­sant. « Ce cham­pi­gnon est pré­sent sur huit in­di­vi­dus. Sur les 121 pla­tanes, seize doivent faire l’ob­jet de « dif­fé­rentes in­ter­ven­tions ». Huit doivent être abat­tus. Alors au fi­nal, faut­il gar­der ceux en­core bons, ou non ? « L’ali­gne­ment bor­dant la Loire est his­to­rique et a un fort im­pact pay­sa­ger. Dans le cadre du ré­amé­na­ge­ment des quais, la ques­tion de sa con­ser­va­tion ou de son re­nou­vel­le­ment se pose ». Les su­jets les plus al­té­rés et ayant un ave­nir po­ten­tiel­le­ment faible ne doivent pas être conser­vés : « Ces arbres re­pré­sentent 35 % des in­di­vi­dus. Sur le reste, 46 % peuvent être conser­vés mais leur ave­nir est li­mi­té. Tous ces pla­tanes ayant des al­té­ra­tions im­por­tantes peuvent être éga­le­ment pa­ra­si­tés et dis­pa­raître plus ra­pi­de­ment. » 19 % sont des arbres in­té­res­sants pou­vant être conser­vés sur le long terme. En conclu­sion, le rap­port d’ex­per­tise in­dique que « bien que cet ali­gne­ment soit his­to­rique, et avec un as­pect pay­sa­ger im­por­tant, il est pré­fé­rable de le rem­pla­cer. Dans le cas où une par­tie de ces arbres se­rait conser­vée, alors toutes les pré­cau­tions se­ront né­ces­saires pour les conser­ver dans de bonnes condi­tions. » Ch­ris­tian Bou­leau, lui, a choi­si : abattre et les rem­pla­cer par des fé­viers d’Amé­rique. Pour les dé­fen­seurs de ces pla­tanes, seuls huit arbres sont à abattre d’après cette étude. Ils mettent aus­si en avant une di­rec­tive eu­ro­péenne pro­té­geant les ali­gne­ments d’arbres, dont l’abat­tage est sou­mis à une dé­ro­ga­tion que n’au­rait pas ob­te­nue la ville. Pour l’ins­tant, ces pla­tanes sont tou­jours de­bout.

Cer­tains pla­tanes, creu­sés, ne pré­sentent pas un as­pect sain. Pour au­tant, est-il ne­ces­saire de les abattre ? Le ca­bi­net d’études pré­co­nise leur rem­pla­ce­ment.

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