Mi­faMo­sa fait vivre les plaques de rues

Avec cet ar­tiste, le street art porte bien son nom : les plaques de rue servent sa créa­ti­vi­té. Trois d’entre elles ont été illus­trées fa­çon Mi­faMo­sa à Ou­zouer-sur-Tré­zée.

Le Journal de Gien - - La Une - FRAN­ÇOIS BASLEY

■ Le té­lé­phone sonne, un ven­dre­di soir. Nu­mé­ro ca­ché, évi­dem­ment. Dans le monde du street art, la créa­ti­vi­té se fait d’au­tant plus puis­sante qu’elle flirte avec l’illé­ga­li­té. Au bout du fil, une voix jeune, celle de l’ar­tiste Mi­faMo­sa. « J’ai moins de 30 ans et je vis à une heure de Briare », se contente­t­il de ré­vé­ler quant à son iden­ti­té. Ce pseu­do­nyme ne par­le­ra sans doute pas à grand monde. Sauf aux Or­léa­nais. Aux ha­bi­tants d’Ou­zouer­sur­Tré­zée aus­si, de­puis que sont ap­pa­rues, col­lées aux murs et cha­peau­tant des plaques de rue, de bien sym­pa­thiques créa­tions faites de pe­tits car­rés de mo­saïque. « Je tra­vaille ces mo­saïques de­puis huit ou neuf mois, en­vi­ron. J’en ai créé soixante­cinq, une seule a été re­ti­rée par le pro­prié­taire du mur ».

Car Mi­faMo­sa ne donne pas dans la dé­gra­da­tion. C’est pour ce­la qu’il a choi­si ce mode d’ex­pres­sion, le­quel s’ap­pa­rente à du « pixel art ». « C’est un choix de ma part, la mo­saïque était un bon moyen de m’ex­pri­mer sans dé­gra­der. Mais je vou­lais aus­si que ce­la dure ». Ce qu’il pose de nuit, sur un mur en une di­zaine de mi­nutes, s’avère très es­thé­tique, hu­mo­ris­tique, co­lo­ré, tendre. Le nom de la rue est illus­tré de fort jo­lie fa­çon. Il est vrai que cer­tains s’avèrent pit­to­resques. C’est ain­si qu’à Ou­zouer­sur­Tré­zée, a fleu­ri une boîte à lettres jaune rue de la Poste. Que des flammes s’échappent de la plaque de la rue Chaude. Un hié­ro­glyphe a été tra­cé rue d’Égypte. Mais pour­quoi à Ou­zouer ? « Parce que je connais quel­qu’un sur place. Ce­la étonne tout le monde, mais cette per­sonne sou­te­nait le pro­jet ».

Trois tes­selles rondes pour si­gna­ture

La mé­thode de Mi­faMo­sa est simple. Il re­père d’abord tous ces noms de rues au sens si af­fir­mé. Tout part de la plaque, « je m’aide beau­coup de Google Maps ». En­suite, il crée, sou­te­nu dans sa dé­marche par quelques proches. D’ailleurs, ses créa­tions sont toutes ac­com­pa­gnées de trois tes­selles rondes. « Le pro­jet a été sou­te­nu par deux membres de ma fa­mille. Ces trois ronds nous re­pré­sentent ». Un at­ta­che­ment fa­mi­lial que l’on re­trouve dans le pseu­do même d’un ar­tiste qui ne se consi­dère pas comme tel : Mi­fa à l’en­vers pour « fa­mille », Mo­sa pour « mo­saïque ». L’idée peut aus­si lui être sou­mise. Au fil du temps, la tech­nique de la réa­li­sa­tion s’af­fine pour que la pose soit ra­pide… et que l’oeuvre tienne au mur. « C’est le jeu du street art, ce­la reste une dé­marche as­sez illé­gale. J’es­saie de ne pas me faire at­tra­per. Les mo­saïques sont so­li­di­fiées, pour que la pose soit ra­pide ».

Ces mo­saïques co­lorent nos rues. Et plaisent. « J’ai été sol­li­ci­té par un élu d’Ou­zouer­sur­Tré­zée », an­nonce Mi­faMo­sa. Ap­pa­raî­tront­elles un jour près des plaques de rue de Gien, Briare ou ailleurs dans le Gien­nois ? « Pro­ba­ble­ment, si ces plaques me parlent », conclut Mi­faMo­sa. La sur­prise du ri­ve­rain, au pe­tit ma­tin, fait aus­si par­tie du jeu…

Street art sans dé­gra­da­tion

Mi­faMo­sa in­ter­vient sou­vent la nuit. Il connaît l’as­pect illé­gal de sa dé­marche.

Mo­mie, py­ra­mide… Mi­faMo­sa a choi­si l’oeil de Ra pour or­ner la rue de l’Égypte à Ou­zouer-sur-Tré­zée.

Les rues d’Ou­zouer-sur-Tré­zée ins­pirent l’ar­tiste. Ici, une boîte à lettres s’im­po­sait.

La rue Chaude d’Ou­zouer-sur-Tré­zée peut être in­ter­pré­tée dif­fé­rem­ment. Sages flammes, ici...

Mi­faMo­sa ne manque pas d’hu­mour...

(PHO­TO : RO­BERT MALNOURY)

La rue du Taureau, à Or­léans.

Une ca­bine té­lé­pho­nique rouge, rue d’An­gle­terre à Or­léans.

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