Comment se bâ­tit une sai­son

La sai­son cultu­relle va re­prendre le 29 sep­tembre. L’oc­ca­sion de dia­lo­guer avec Vé­ro­nique Fo­rest, la di­rec­trice du Quai des Arts sur le pro­gramme à ve­nir et sur­tout sur sa ma­nière de construire un ca­len­drier de spec­tacles.

Le Journal de l'Orne - - La Une - Tho­mas RI­DEAU

Culture. « On est des­sus de­puis deux ans… » , Vé­ro­nique Fo­rest, la di­rec­trice du Quai des Arts, à Ar­gen­tan, tient l’ob­jet dans ses mains. Elle l’ouvre, le re­ferme, le feuillette… Elle est fière du pro­gramme de cette an­née. « C’est vrai­ment l’ob­jet qui rend notre tra­vail vi­sible. Et quand on voit l’ob­jet, on est ra­vi. »

Musique, théâtre, danse, cirque… Tout passe dans le vi­seur de la di­rec­trice. « C’est un tra­vail de très longue ha­leine. Là, par exemple, la sai­son 17 - 18 n’a pas en­core com­men­cé que je suis en train de tra­vailler sur le 18 - 19. »

Faire des choix

Construire une sai­son cultu­relle, c’est son mé­tier. Et ces mois de la­beur ont pour ré­sul­tat ce que les Ar­gen­ta­nais pour­ront al­ler voir, ou pas, au Quai des Arts. « Il y a plu­sieurs ma­nières de construire une pro­gram­ma­tion » , note-t-elle. « Crou­lant sous les pro­po­si­tions ar­tis­tiques » , la par­tie prin­ci­pale de son tra­vail est d’abord de faire des choix et de sé­lec­tion­ner les spec­tacles qui pour­raient in­té­res­ser le pu­blic.

C’est à ce ni­veau-là que le cur­seur est dé­li­cat à pla­cer. Faut-il tout mi­ser sur des pres­ta­tions dites grand pu­blic au risque de pas­ser à cô­té de pro- duc­tions plus mé­con­nues mais de qua­li­tés ? « Il faut sa­voir mé­lan­ger les dé­cou­vertes et les ar­tistes confir­més » , tranche la di­rec­trice. Tout en no­tant que le « bud­get, bien que constant, fait par­tie des contraintes. »

Des li­mites tech­niques et ar­tis­tiques

« Il y a trois li­mites dans la construc­tion de la pro- gram­ma­tion. Fi­nan­cière, tech­nique et ar­tis­tique. » Par exemple, le Quai des Arts (bien que ce soit « la plus belle salle du dé­par­te­ment » ) ne pour­rait pas ac­cueillir trop d’ani­maux sur scène. Ou en­core, la lo­ca­tion tech­nique ne doit pas dou­bler le bud­get pour un spec­tacle. Sans ou­blier qu’ « on perd de l’ar­gent sur un spec­tacle. Il faut juste ne pas en perdre trop » .

« Notre contrainte ar­tis­tique consiste à mettre en avant des au­teurs vi­vants. C’est l’iden­ti­té de la salle. Nous dé­fen­dons une pro­gram­ma­tion plu­ri­dis­ci­pli­naire. » Vé­ro­nique Fo­rest marche donc sur une ligne très fine. Où les contraintes sont lé­gion.

Néan­moins sa mis­sion consiste à pres­crire une forte dose de culture dans la troi- sième ville de l’Orne. A prio­ri, l’an­née der­nière, la mis­sion a été plu­tôt réus­sie puisque 17 000 en­trées ont été en­re­gis­trées. De quoi rendre heu­reuse la di­rec­trice qui sou­haite, avant tout, « créer une ren­contre entre les ar­tistes et le pu­blic » . « Nous sommes en ter­ri­toire ru­ral. Et le Quai des Arts est le seul lieu de dif­fu­sion de la culture. C’est le re­flet de la créa­tion contem- po­raine » , dé­crit-elle.

Le tra­vail de Vé­ro­nique Fo­rest cor­res­pond donc à trier « les pé­pites du mar­ché ac­tuel » pour les pré­sen­ter au plus grand nombre. Mais, par­fois, c’est à elle de sor­tir de son bu­reau et d’as­sis­ter à des fes­ti­vals en pro­vinces ou à Pa­ris. Cette an­née par exemple, elle a par­ti­ci­pé à un « très bon Avi­gnon » , dont cer­taines re­pré­sen­ta­tions se­ront donc à l’af­fiche du Quai des Arts l’an­née prochaine.

L’art pour tout le monde

Par­fois, c’est à elle d’al­ler à la ren­contre de l’ar­tiste et de sa pro­duc­tion. Ça a no­tam­ment été le cas pour faire ve­nir Va­lé­rie Le­mer­cier lors de la der­nière sai­son cultu­relle.

Une chose est sûre, lors­qu’elle maçonne le pro­gramme, elle a tou­jours en tête que ce der­nier doit conve­nir au plus grand nombre. « Je pense à tous les pu­blics et à tous les âges » , ain­si, un spec­tacle pour les bé­bés de six mois (le Fes­ti­val des Trop Pe­tits) se­ra même pré­sen­té au Quai des Arts.

Entre la trom­pette de Truf­faz, l’hu­mour de Guillaume Meu­rice, l’hom­mage de Jeanne Che­ral à Bar­ba­ra ou la pièce Ed­mond (lau­réate de cinq mo­lières), le pu­blic au­ra lar­ge­ment de quoi ju­ger le tra­vail de la di­rec­trice de la pro­gram­ma­tion.

Vé­ro­nique Fo­rest com­mence le tra­vail de pro­gram­ma­tion deux an­nées en avance.

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