Ja­cob Arndt, un Amé­ri­cain qui res­taure notre pa­tri­moine

Le Journal de l'Orne - - Putanges -

Chê­ne­douit. Ja­cob Arndt est un amé­ri­cain du Wis­con­sin, vi­vant à 150 km au nord de Chi­ca­go. De­puis 1979, il est tailleur de pierres et res­taure les églises, les ma­noirs, tous les vieux bâ­ti­ments de­man­dant les tra­vaux d’un ex­pert.

« Très abi­mée après la tem­pête »

En 1999, il a ache­té une mai­son pra­ti­que­ment en ruine près de l’église Saint-Sé­bas­tien de Mé­guillaume et de­puis, il s’at­tache à la res­tau­rer dans les règles de l’art, avec des mé­thodes tra­di­tion­nelles. « J’ai fait une sai­son en 1998 sur un pro­jet en An­gle­terre pour le Bri­tish Mu­seum. Je suis ve­nu ici pour rendre vi­site à des amis et j’ai vu qu’il y avait beau­coup de mai­sons an­ciennes. J’ai ache­té cette mai­son en 1999, qui était très abî­mée après la tem­pête. Il n’y avait plus de toi­ture et des murs étaient tom­bés. »

Et de­puis, il vient tous les ans, un mois ou deux, pen­dant ses va­cances, pour tra­vailler à rendre à sa mai­son son as­pect d’ori­gine, en uti­li­sant des matériaux an­ciens. « Les bâ­ti­ments an­ciens, l’ar­chi­tec­ture en gé­né­ral, re­flètent l’his­toire des gens de l’époque ; c’est un vé­ri­table mu­sée. Quand on perd l’ar­chi­tec­ture, on perd son iden­ti­té. »

Ja­cob Arndt connaît bien la France : « mon grand-père était Al­sa­cien. Il avait 16 ans quand il est ar­ri­vé en 1915 aux Etats- Unis, fuyant la guerre. Et main­te­nant, c’est moi qui re­viens. »

Un ma­nus­crit an­cien

Sa mai­son qu’il res­taure est du XVe siècle. En ce mo­ment, il re­fait la toi­ture du four­nil, et pose des tuiles plates de ré­cu- pé­ra­tion. Sculp­teur, ses oeuvres ja­lonnent le ter­rain au­tour de la mai­son. Il a spé­cia­le­ment sculp­té une pierre pour le four­nil, re­pré­sen­tant le châ­teau du Re­pas.

Le four a 2 mètres de pro­fon­deur et 1,50 mètre de chaque cô­té, « pour la com­bus­tion, c’est très simple. Pour faire du pain, il faut que le four

at­teigne 200 à 300°C. Dans ce four­nil, ils de­vaient faire le pain pour tous les ha­bi­tants du vil­lage. »

Au-des­sus de la porte de la mai­son, sur le lin­teau, une tête naïve est sculp­tée et sur les cô­tés de la mo­nu­men­tale che­mi­née de la pièce prin­ci­pale, deux autres têtes, une d’homme et l’autre de femme.

Dans la che­mi­née, il a trou­vé un très an­cien ma­nus­crit qui y

avait été ca­ché : « la lettre était pliée. Elle est écrite en vieux nor­mand. J’ai­me­rais connaître ce que la per­sonne qui a ca­ché cette lettre, a écrit. C’est peut- être une lettre d’amour. » Dans les marches de l’es­ca­lier, il a aus­si dé­cou­vert quelques pièces de monnaie da­tant de 1614.

La mai­son d’ha­bi­ta­tion était « riche pour l’époque. Grâce aux dé­tails, on peut iden­ti­fier la pé­riode. Elle a été construite juste avant la guerre de 100 ans. Elle date du Moyen- Âge. Le bâ­ti­ment était construit pour la dé­fense, avec des murs très épais et des pe­tites fe­nêtres. La tête au-des­sus de la porte est une re­pré­sen­ta­tion his­to­rique des Gau­lois ou des Vi­kings. »

« Très im­por­tant pour l’his­toire et la cul­ture »

Pas­sion­né par notre pa­tri­moine, il ap­pré­cie les res­tau­ra­tions de l’église de Mé­guillaume, toute proche et du Vieux SaintAu­bert, « c’est très im­por­tant, pour l’his­toire et la cul­ture. »

La res­tau­ra­tion de sa mai­son et du four­nil avance pe­tit à pe­tit, au rythme de ses sé­jours. « Je vis ici comme un moine. Ma femme est ve­nue en vi­site quelques fois, mais je passe tout mon temps à tra­vailler ; alors, elle pré­fère res­ter chez nous. »

Ses voi­sins sont ad­mi­ra­tifs du tra­vail de Ja­cob Arndt : « un Amé­ri­cain du Wis­con­sin qui ad­mire notre pa­tri­moine, c’est dé­jà bien ; mais lui, il vient sau­ver notre pe­tit pa­tri­moine, et c’est su­per. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.