Ils vivent à 7 dans 3 pièces

Va­nes­sa Ala­gna, 30 ans, ha­bi­tante de Trun, vit seule avec ses six en­fants dans un F3. Elle se bat de­puis de longs mois pour que des tra­vaux soient réa­li­sés ou que son bailleur so­cial lui trouve un nou­veau lo­ge­ment. Sans suc­cès pour le mo­ment.

Le Journal de l'Orne - - La Une - T.R.

Trun. L’ap­par­te­ment se com­pose de trois chambres et d’un sa­lon/cui­sine. Le cal­cul est simple : les deux grands, Lo­ren­zo, 11 ans, et Ya­nis, 9 ans, dorment dans la chambre du bas. La pe­tite Cas­san­dra, 14 mois, dort dans la même chambre que sa mère. Et dans la der­nière pièce, ce sont Sta­nis­las, 7 ans, Dylan, 5 ans et Rayan, 3 ans, qui dorment en­semble. « Heu­reu­se­ment, ils s’en­tendent bien » , sou­pire Va­nes­sa.

Un père dé­cé­dé tra­gi­que­ment

Le père est dé­cé­dé il y a plus d’un an, « deux se­maines avant que j’ac­couche de Cas­san­dra » . De­puis, la mère élève ses six en­fants tout en sur­mon­tant son deuil. « On a ins­tal­lé une plaque et plan­té un ro­sier en sa mé­moire. C’est d’ailleurs l’une des rai­sons qui nous pousse à vou­loir res­ter à Trun. »

Chaque jour­née est un com­bat de 24 heures pour Va­nes­sa Ala­gna. « Être une mère au foyer, c’est un mé­tier à part en­tière ! » Le ma­tin, elle doit ame­ner chaque en­fant à la crèche ou à l’école pri­maire. L’an­née pro­chaine ce se­ra le col­lège. Et le soir, il y a les de­voirs et le re­pas à pré­pa­rer. D’ailleurs elle l’as­sure, bien qu’elle ne puisse plus tra­vailler (mais elle a des pro­jets et a dé­jà ob­te­nu un di­plôme cette an­née), « mes en­fants ont tou­jours eu à man­ger. Ils sont bien trai­tés et heu­reux. La preuve, c’est que mal­gré ma si­tua­tion, ils n’ont ja­mais été pla­cés » , note-t-elle.

Une men­ta­li­té à toutes épreuves

Le deuil de son com­pa­gnon a consti­tué une épreuve ter­rible. D’au­tant plus qu’il fal­lait of­frir un vi­sage se­rein à ses en­fants pour leur of­frir le meilleur contexte d’édu­ca­tion pos­sible. « Je n’ai ja­mais cra­qué, j’ai tou­jours te­nu ! Je m’en suis sor­tie. C’est mon tem­pé­ra­ment. Je ne me suis pas lais­sé abattre alors que j’au­rais pu. Il fal­lait que je me batte pour mes en­fants. Et lors­qu’ils me de­mandent où est pa­pa ou qu’ils me posent des ques­tions sur le deuil et son ab­sence, je ré­ponds que le corps est une en­ve­loppe. Et ce qui compte, c’est l’âme, et donc la lettre qui est à l’in­té­rieur. On a tous pu lire cette belle lettre. Nous avons donc des sou­ve­nirs et ce­la nous pousse à croire qu’il est tou­jours un peu avec nous. »

Des tra­vaux sal­va­teurs

Va­nes­sa Ala­gna a ap­pe­lé son la Sa­gim, son bailleur so­cial pro­prié­taire du lo­ge­ment, à l’aide. Avec, en tête, l’idée de po­ser un plan­cher pour cou­per le sa­lon en deux.

Le sa­lon ayant une hau­teur de pla­fond de près de cinq mètres, la chose ne lui pa­raît pas im­pos­sible. Ce­la lui per­met­trait, en plus, de faire deux chambres sup­plé­men­taires. De plus, et ce­la n’est pas né­gli­geable, cet éven­tuel plan­cher pour­rait lui per­mettre de bou­cher le re­bord dan­ge­reux de la mez­za­nine. Un re­bord qui oblige ses en­fants à jouer dans le sa­lon, ré­dui­sant en­core plus l’es­pace de vie de la fa­mille.

Un de­vis de 3 000 € re­fu­sé par la Sa­gim

Elle de­mande un de­vis. Ce der­nier s’élève à 3 000 €. Une somme éle­vée, certes, mais qui ne pa­raît pas in­ac­ces­sible pour au­tant. Mais voi­là, Va­nes­sa Ala­gna et ses six en­fants se heurtent au re­fus ca­té­go­rique de la Sa­gim. Le pro­prié­taire lui en­voie une lettre in­di­quant qu’elle a trop d’en­fants pour ce lo­ge­ment. Et qu’il re­fu­sait donc de faire des tra­vaux. « De plus, ce n’est ab­so­lu­ment pas sé­cu­ri­taire comme type de tra­vaux. On ne fait pas ce qu’on veut dans une mai­son ! » , as­sure le di­rec­teur gé­né­ral de la Sa­gim, Sté­phane Au­lert.

« Trop d’en­fants… » , la réponse a du mal à pas­ser pour Va­nes­sa Ala­gna qui ru­mine cette étrange pré­ci­sion sur le cour­rier de la Sa­gim. D’au­tant plus que le bailleur so­cial lui pro­pose de déménager et de trou­ver un autre lo­ge­ment… Or il n’a rien sur le sec­teur de Trun qui puisse conve­nir à une fa­mille de six en­fants.

Quit­ter Trun ?

« Ils m’ont pro­po­sé de quit­ter Trun. Mais ce n’est pas pos­sible ! Il y a le grand-père qui amène les en­fants au foot, la grand-mère qui les aide pour les de­voirs… Toute ma fa­mille est ici et j’ai be­soin d’elle. De plus, les en­fants ont toute leur vie ici. » Sans ou­blier le ci­me­tière et la tombe du père qu’elle vi­site ré­gu­liè­re­ment. La Sa­gim n’en dé­mord pas et son di­rec­teur gé­né­ral l’as­sure : dans le dos­sier Va­nes­sa Ala­gna, « il n’y a qu’une seule so­lu­tion : c’est le re­lo­ge­ment » ; com­prendre donc, déménager de Trun.

La pen­sion­naire de la rue Pas­teur se trouve donc dans une im­passe. Et le dia­logue de sourd entre le pro­prié­taire et la lo­ca­taire risque de se pro­lon­ger un mo­ment en­core. En at­ten­dant, la fa­mille Ala­gna vit à 7 dans un F3 in­adap­té.

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