« Peut-on réel­le­ment par­don­ner ? »

Le Journal de l'Orne - - Loisirs -

Le mot de l’au­teur de la pièce, Gré­go­ri Ba­quet.

« Peut-on réel­le­ment par­don­ner ? Jus­qu’à quel point est-il pos­sible de le faire ? Y-a t-il une échelle de va­leurs sur la­quelle on peut s’ap­puyer pour se per­mettre de par­don­ner ou de per­mettre à l’autre de nous par­don­ner ?

L’homme se dé­bat comme il peut avec l’hé­ri­tage de ses an­cêtres. Mais c’est la plu­part du temps sans is­sue, puisque l’ont ap­prend à chaque homme de­puis sa nais­sance à être par­fait.

L’homme par­fait. Le ma­ri idéal, l’épouse ac­com­plie, l’en­fant mo­dèle, le pa­pa et la ma­man par­faits, le meilleur amant, la maî­tresse la plus at­ti­rante… Nous ne sup­por­tons au­cun échec, sur­tout ve­nant de nous-même.

Alors plu­tôt que d’ac­cep- ter, on se braque. Au lieu de s’adou­cir on s’en­dur­cit. On met en place tout un sys­tème de dé­fenses qui, fi­na­le­ment, nous pré­ci­pitent vers le chaos.

On ne peut pas être par­fait et, de l’ac­cep­ter chan­ge­rait beau­coup de choses. Au lieu de ce­la, l’être hu­main se ronge, res­sasse, se ré­pète les choses en boucle jus­qu’à en perdre la rai­son.

C’est jus­te­ment de cette plaie ou­verte que Gré­goire De­la­court nous parle, dans le livre que j’ai eu en­vie d’adap­ter pour la scène. Ce mo­ment où tout bas­cule. Cet ins­tant fu­gace ou l’im­por­tance d’une si­tua­tion vous fait ou­blier tout sens com­mun et vous en­traîne dans un abîme sans fond.

Puis, après avoir com­mis l’ir­ré­pa­rable, l’hor­reur à l’état pur, l’in­ac­cep­table, où trou­ver la force de chan­ger ? Com­ment ré­pa­rer le mal que l’on fait ? Com­ment se ré­pa­rer, se re­cons­truire ? Com­ment l’en­tou­rage arrive t’il à se re­cons­truire ? Où trou­ver la force de conti­nuer à avan­cer ?

Quand il n’y a plus rien à faire que de se lais­ser ron­ger par le re­mords, dé­vo­rer par la co- lère, en­glou­tir par le dé­sir de ven­geance, il reste tou­jours une al­ter­na­tive. Par­don­ner. À soi-même d’abord, pour en­suite par­don­ner aux autres.

C’est pour convaincre que ce­la est pos­sible à tous, que j’ai eu en­vie de mon­ter ce spec­tacle. La co­lère et l’an­goisse ne sont pas une fa­ta­li­té. Tout le monde peut chan­ger. À com­men­cer par soi. »

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