Bar­ba­rie sur leur bé­bé

Le tri­bu­nal de grande ins­tance d’Ar­gen­tan a eu à trai­ter d’un dos­sier re­la­ti­ve­ment pé­nible, mar­di 7 no­vembre. Il s’agis­sait de ju­ger des pa­rents ac­cu­sés de vio­lences sur leur nour­ris­son.

Le Journal de l'Orne - - La Une -

Ar­gen­tan. C’est un couple d’Ar­gen­ta­nais, au­jourd’hui sé­pa­ré, qui se pré­sente à la barre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Ar­gen­tan, mar­di 7 no­vembre. Il est re­pro­ché à ces jeunes pa­rents, Da­vid M., 31 ans, et Émi­lie F., 25 ans, d’avoir exer­cé des vio­lences sur leur en­fant, de­puis le jour de la nais­sance, le 16 oc­tobre 2012, jus­qu’au 15 dé­cembre 2012, date à la­quelle les faits ont été dé­non­cés par la grand-mère ma­ter­nelle du nour­ris­son.

Cette der­nière évoque le ca­rac­tère au­to­ri­taire du pa­pa ; il veut tout gé­rer, « jus­qu’aux heures de té­tées » . « On ne peut rien lui dire » .

L’en­quête met en évi­dence les mau­vais trai­te­ments exer­cés par le père, ayant même des gestes de vio­lences à l’égard de son fils qui pleure sans cesse à son contact.

Se­lon les té­moins, il lui dit même : « vi­ve­ment que tu aies l’âge de la fes­sée » en ac­com­pa­gnant le geste à la pa­role. « Je vais cla­quer ce bé­bé par terre ; il au­rait dû cre­ver à la nais­sance » . En­ten­dus une pre­mière fois, les pa­rents nient les faits.

À la suite d’un exa­men, c’est cette fois le centre hos­pi­ta­lier d’Ar­gen­tan qui adresse un si­gna­le­ment pour mal­trai­tance au pro­cu­reur de la Ré­pu­blique. Il est fait état de nom­breux hé­ma­tomes, de sept frac­tures au ni­veau cos­tal, d’une frac­ture du bras gauche, d’une lé­sion du coude et de la mu­queuse au fond de la gorge. Toutes ces bles­sures sont la con­sé­quence de coups ré­pé­tés.

Le mé­de­cin qui exa­mine ce nour­ris­son sou­ligne que, du­rant toutes ses an­nées de mé­de­cine, il n’a ja­mais ren­con­tré de trau­ma­tismes aus­si graves chez un nour­ris­son. Il pré­cise que la ma­la­die dite des os de verre évo­quée par les pa­rents n’est pas com­pa­tible. Les pa­rents ne peuvent ap­por­ter au­cune ex­pli­ca­tion et semblent dis­si­mu­ler leur res­pon­sa­bi­li­té.

Elle a vu une arai­gnée

À la de­mande de ces der­niers, leur bé­bé est exa­mi­né un an après par un ex­pert de l’hô­pi­tal Ne­cker en ré­gion pa­ri­sienne. Il conclut que l’en­fant évo­lue bien, que les courbes de crois­sance et de poids sont cor­rectes. En re­vanche, toutes les lé­sions, hé­ma­tomes, frac­tures sont d’ori­gine trau­ma­tique avec des sé­quelles ir­ré­ver­sibles sur le bras droit. Il ex­clut éga­le­ment toute pa­tho­lo­gie.

Quelques jours après, la ma­man de l’en­fant se pré­sente spon­ta­né­ment au com­mis­sa­riat de po­lice afin de ten­ter d’ap­por­ter une ex­pli­ca­tion aux frac­tures de leur bé­bé. Se­lon ses dires, alors qu’elle don­nait la té­tée, elle a vu une arai­gnée. Souf­frant d’arach­no­pho­bie, elle jette son fils sur le ca­na­pé et saute aus­si sur ce ca­na­pé. Se­lon elle, il est alors pos­sible qu’à ce mo­ment-là, elle lui ait sau­té des­sus. Ver­sion qu’elle dé­men­ti­ra lors­qu’elle se­ra en­ten­due sous le ré­gime de la garde à vue.

Quant au père, il pense qu’il a pu bles­ser son fils pen­dant son som­meil lors­qu’il était cou­ché près de lui. Tout comme son ex-com­pagne, il ne peut ap­por­ter d’ex­pli­ca­tion et af­firme que, ni lui ni elle, ne peuvent être à l’ori­gine de ces bles­sures.

La pré­si­dente rap­pelle la gra­vi­té des bles­sures su­bies par ce bé­bé de deux mois ; toutes cau­sées par l’in­ter­ven­tion d’un tiers. « Puisque vous êtes les seuls à vous oc­cu­per de votre en­fant, c’est vous ma­dame ou mon­sieur » .

Une nou­velle fois, à la barre du tri­bu­nal, le couple nie l’en­semble des faits re­pro­chés et n’a ja­mais été té­moin des vio­lences exer­cées sur son bé­bé.

La ma­man s’énerve et dé­clare : « je me tue à vous dire que ce n’est pas moi. Je ne vais pas vous dire que c’est son père pour ré­cu­pé­rer mon fils, je n’ai pas été té­moin » .

« Que di­rez-vous mon­sieur à votre en­fant lors­qu’il se­ra grand ? » , in­ter­roge le pro­cu- reur de la Ré­pu­blique. « Je lui di­rai la vé­ri­té, je lui di­rai qu’il a eu des bles­sures faites par quel­qu’un, mais ce n’est pas moi. »

« Et vous ma­dame ? » . « C’est pa­reil » . « Et c’est là pour vous la vé­ri­té » , ter­mine le pro­cu­reur. Ré­ponse : « Oui » .

Nou­velle ques­tion mais cette fois à la mère : « Pen­dant l’été 2016, votre droit de vi­site a été ré­duit par le juge des en­fants du tri­bu­nal d’Alen­çon. Votre fils a dé­cla­ré que vous étiez, vous, ma­dame, vio­lente en­vers lui. Qu’est-ce que ce­la vous ins­pire ? » Pour toute ré­ponse : « Rien, c’est sa pa­role contre la mienne » . Elle ajoute ce­pen­dant que cette vio­lence a pu être exer­cée par le père de son deuxième en­fant qui, ivre au cours d’un ma­riage, n’a pas sup­por­té son fils. Elle a même consta­té, le len­de­main, qu’il avait un hé­ma­tome dans le dos.

« Je vais cla­quer ce bé­bé par terre »

« Je me tue à vous dire que ce n’est pas moi »

Pas « des faits de vio­lence mais de bar­ba­rie »

Cette vio­lence doit être ré­pri­mée sé­vè­re­ment dé­clare le mi­nis­tère pu­blic. « Nous ne sommes plus là de­vant des faits de vio­lence mais de bar­ba­rie. Il s’agit de sé­vices. Il y a eu tor­sion du bras. On note dans les rap­ports d’ex­per­tises une in­tel­li­gence des­truc­trice, on évoque les hur­le­ments du nour­ris­son. Les pa­rents sont dans un dé­ni so­li­daire » .

« Il n’y a que vous qui connais­sez la vé­ri­té que nous ne connaî­trons d’ailleurs pas au­jourd’hui » . Il re­quiert une peine de 5 ans d’em­pri­son­ne­ment pour cha­cun des deux pa­rents avec re­trait de l’au­to­ri­té pa­ren­tale.

Pour la dé­fense du pré­ve­nu, on ne peut pas condam­ner son client en l’état, sans être to­ta­le­ment cer­tain que c’est bien lui qui est à l’ori­gine de ces sé­vices. « Ce n’est pas co­hé­rent. »

Après dé­li­bé­ra­tion, le tri­bu­nal condamne Da­vid M. et Émi­lie F. à une peine de 4 an­nées d’em­pri­son­ne­ment avec un sui­vi so­cio-édu­ca­tif du­rant 2 ans et le re­trait to­tal de l’au­to­ri­té pa­ren­tale.

Le tri­bu­nal de grande ins­tance d’Ar­gen­tan a eu à ju­ger des pa­rents ac­cu­sés de vio­lences sur leur nour­ris­son.

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