40 au­teurs at­ten­dus di­manche à Cau­de­bec

Le Journal d'Elbeuf - - La Une -

De­nis Ba­j­ram est l’in­vi­té d’hon­neur du sa­lon du livre jeu­nesse et de la bande des­si­née de Cau­de­bec, ce week-end. L’au­teur d’uni­ver­sal War évo­que­ra son tra­vail, mais aus­si les condi­tions dif­fi­ciles des au­teurs de BD lors d’une table ronde, di­manche à 17 h. Vous avez créé les États gé­né­raux de la bande des­si­née en 2015 pour si­gna­ler la dé­gra­da­tion des condi­tions de tra­vail des au­teurs. Deux ans plus tard, y a-t-il eu des amé­lio­ra­tions ?

Mal­heu­reu­se­ment, la si­tua­tion ne peut s’ar­ran­ger aus­si ra­pi­de­ment. Du­rant cette pé­riode, nous avons me­né de grandes études pour éva­luer la si­tua­tion, avoir des chiffres pré­cis, plu­tôt que des sen­ti­ments dif­fus. Que res­sort-il de ces études ?

Mal­heu­reu­se­ment, le ni­veau de vie est as­sez bas. Moins de la moi­tié gagne le Smic, 36 % sont en des­sous du seuil de pau­vre­té. C’est as­sez ef­frayant, d’au­tant que la si­tua­tion se dé­té­riore.

Par ailleurs, on re­lève une fé­mi­ni­sa­tion du mi­lieu. Et les re­ve­nus des femmes sont ca­tas­tro­phiques, puisque 50 % d’entre elles sont sous le seuil de pau­vre­té. Est-ce du sexisme ? C’est dif­fi­cile à dire. Les femmes sont en moyenne plus jeunes que les hommes, et les jeunes sont ceux qui gagnent le moins…

Ces chiffres ont re­mis en cause des cer­ti­tudes. Ils per­mettent de cas­ser les dis­cours de cer­tains édi­teurs qui di­saient : « Moi, je

traite bien mes au­teurs ». « Des cer­ti­tudes ont été re­mises en cause » Ce constat est as­sez pa­ra­doxal, alors que les chiffres de vente de la bande des­si­née se portent bien.

Glo­ba­le­ment, la bande des­si­née va bien. C’est le sec­teur du livre qui ré­siste le mieux. Il n’y a ja­mais eu au­tant de titres dif­fé­rents, de va­rié­té. Mais la part de

gâ­teau pour les au­teurs a di­mi­nué. Tou­te­fois, les gros au­teurs n’ont pas trop souf­fert, mais la classe moyenne a pé­ri­cli­té. Avez-vous des pro­po­si­tions pour re­mé­dier à ce pro­blème ?

Pour l’ins­tant, nous n’avons pas de pro­po­si­tion ma­gique. Nous n’avons pas en­core croi­sé d’idée aus­si brillante que l’in­tro­duc­tion du prix unique pour sau­ver les li­braires, par exemple. On constate qu’un cercle vi­cieux s’est mis en place : moins on paye les au­teurs, plus on peut pro­duire de livres. Et plus on pro­duit de livres, plus on fait tra­vailler des au­teurs à moindre coût.

Par ailleurs, il y a une pro­li­fé­ra­tion de titres de bande des­si­née qui de­vient presque né­ga­tive. Ce se­rait peut- être mieux qu’il y ait un peu moins de livres et qu’ils trouvent mieux leur lec­to­rat. Mais ce­la se­rait très dé­li­cat à mettre en place. Que conseille­riez-vous à un jeune qui sou­hai­te­rait se lan­cer dans la bande des­si­née ?

Ce ne se­rait pas sé­rieux de ne pas lui dire que c’est un mé­tier très dif­fi­cile. Il va peut-être pas­ser dix an­nées com­pli­quées, du­rant les­quelles il ne ga­gne­ra même pas le Smic. Il faut dire adieu aux va­cances et aux wee­kends. C’est un mé­tier pas­sion­nant, mais il faut pré­ve­nir les jeunes, leur dire d’être ou­verts à d’autres choses. C’est un peu comme la mu­sique : il y a beau­coup d’ap­pe­lés et peu d’élus. Mais ce­ci dit, c’est un mé­tier ab­so­lu­ment gé­nial, qui fait le bon­heur de nom­breux au­teurs. À titre per­son­nel, sur quoi tra­vaillez-vous ac­tuel­le­ment ?

Je pré­pare le tome IV d’uni­ver­sal War 2. J’ai pas­sé trop de temps sur beau­coup trop de choses, ce qui m’em­pêche d’avan­cer aus­si vite que je le vou­drais. Mais la chance du suc­cès, c’est jus­te­ment que l’on peut se per­mettre de consa­crer le temps qu’il faut à un al­bum. Pro­pos re­cueillis par

Guillaume VERDU

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