« Le ma­cro­nisme de gauche est mort »

Le Journal d'Elbeuf - - La Une -

Il n’y a pas énor­mé­ment de dé­ci­sions prises mais elle disent ce qu’il s’est pas­sé. Pre­nons la loi Tra­vail, un pro­jet qui se­ra sou­mis au Sé­nat en no­vembre pour ra­ti­fi­ca­tion, c’est la flexi­bi­li­té sans la sé­cu­ri­té. Le compte n’y est pas ; per­son­nel­le­ment, je ne le vo­te­rai pas. Quant à la droite, elle trouve que ce n’est pas as­sez ! C’est un pro­jet dés­équi­li­bré qui fa­vo­rise les li­cen­cie­ments. Le chan­ge­ment de dé­fi­ni­tion du pé­ri­mètre pour les mul­ti­na­tio­nales qui li­cen­cie­raient, en ne pre­nant en compte que le pé­ri­mètre fran­çais, va per­mettre d’or­ga­ni­ser les faillites des fi­liales fran­çaises alors que tout va bien ailleurs. Quant au pla­fon­ne­ment des in­dem­ni­tés prud’ho­males, c’est une in­ci­ta­tion au li­cen­cie­ment alors qu’avant ça fai­sait ré­flé­chir. On pré­ca­rise le sta­tut du sa­la­rié. Avec le contrat de chan­tier, on em­bauche sur une mis­sion. C’est pire que le CDD. Par ailleurs, l’or­don­nance li­mite le rôle pro­tec­teur des syn­di­cats, lais­sant les em­ployés des en­tre­prises de moins de cin­quante sa­la­riés seuls face à leur pa­tron. Les em­ployeurs et les em­ployés ne sont plus sur un pied d’éga­li­té. La loi est cen­sée pro­té­ger le sa­la­rié, or ces or­don­nances font le contraire. C’est un pro­jet d’ins­pi­ra­tion pu­re­ment li­bé­rale.

Cette baisse de 5 € est sym­bo­lique. Plus bru­tal, c’est dif­fi­cile. C’est un coup de ra­bot bud­gé­taire sur quelque chose qui concerne les plus mo­destes. Pour quel­qu’un au RSA, 5 €, c’est le re­pas d’une jour­née, voire de deux.

La con­fé­rence des ter­ri­toires a fait naître quelques es­poirs mais nous avons été dou­chés dès le len­de­main par l’an­nonce d’une éco­no­mie de 13 mil­liards d’eu­ros du­rant le quin­quen­nat pour les col­lec­ti­vi­tés, alors que nous ve­nons dé­jà d’en su­bir une de 10 mil­lions. Pour 2017, 300 M € de cré­dits ont été sup­pri­més, qui concer­naient le fi­nan­ce­ment de tra­vaux. Cer­taines com­munes vont être obli­gées de faire l’im­passe sur des in­ves­tis­se­ments. Et elles ne pour­ront pas comp­ter sur les ré­serves par­le­men­taires puis­qu’elles ont été sup­pri­mées ! J’étais d’ac­cord pour une plus grande trans­pa­rence et l’amé­lio­ra­tion de son mode de fonc­tion­ne­ment, pas pour sa sup­pres­sion pure et simple. En 2017, j’ai ai­dé quinze com­munes, en 2018, ce se­ra zé­ro. Et cette en­ve­loppe ain­si ré­cu­pé­rée ne se­ra pas re­dé­ployée.

Pour les en­fants is­sus de mi­lieux mo­destes ou dé­fa­vo­ri­sés, c’est une dé­ci­sion mau­vaise et dé­ma­go­gique. Il au­rait au contraire fal­lu ti­rer le bi­lan de ce qui avait été mis en place et ai­der les com­munes en dif­fi­cul­té.

Le PLF 2018 confirme les orien­ta­tions du gou­ver­ne­ment : c’est un pro­jet de bud­get pour les riches. « Le pro­jet du pou­voir d’achat », disent-ils, j’y ajoute « en berne ». Un re­trai­té est riche à par­tir de 1 289 € par mois, puisque c’est le seuil à par­tir du­quel il paie­ra la CSG. En re­vanche, un ac­tion­naire est pauvre à 1,2 M € puis­qu’à ce stade, il ne paie­ra plus L’ISF (im­pôt sur la for­tune). C’est le plus gros ca­deau fis­cal de­puis trente ans, mieux que le bou­clier fis­cal de Sar­ko­zy. Les che­vaux de course, les yachts, les lin­gots d’or, les voi­tures de course, les por­te­feuilles d’ac­tions ne se­ront plus taxés. Ce sont ain­si 3,2 mil­liards d’eu­ros qui sont of­ferts aux riches. L’ISF se­ra cal­cu­lée uni­que­ment sur le pa­tri­moine im­mo­bi­lier, les plus riches se­ront exemp­tés de la taxe. Une « flat » taxe, taxe modérée, va être ins­tau­rée sur les ac­tions sauf pour les PEL (plan d’épargne lo­ge­ment) qui per­dront la prime d’état. Pour l’im­pôt sur le re­ve­nu, la tranche su­pé­rieure se­ra sup­pri­mée. Les im­pôts sur les so­cié­tés vont en­core bais­ser. La CSG va aug­men­ter de 1,7 % dès le 1er jan­vier 2018, cette hausse doit être com­pen­sée par une baisse des co­ti­sa­tions qui, elle n’in­ter­vien­dra qu’en oc­tobre 2018. Et elle ne se­ra pas com­pen­sée pour les fonc­tion­naires, agri­cul­teurs, com­mer­çants, in­dus­triels et les re­trai­tés. Huit mil­lions de foyers de re­trai­tés sont concer­nés. « On m’a qua­li­fié au­tre­fois de maire et pré­sident mi­li­tant, plus que ja­mais je suis un sé­na­teur mi­li­tant. »

Quand on ajoute la hausse des prix du car­bu­rant, ce­lui plus dis­cret du for­fait hos­pi­ta­lier (+ 2 €) ou la baisse des APL, ça fait beau­coup.

Le gou­ver­ne­ment pré­voit 15 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mie glo­bale, dont 1,5 sur le mi­nis­tère de l’em­ploi. La sup­pres­sion à haute dose des em­plois ai­dés af­fecte beau­coup de monde : col­lec­ti­vi­tés, as­so­cia­tions, éta­blis­se­ments pu­blics… Je vais al­ler voir la pré­fète pour es­sayer d’en sau­ver un maxi­mum à El­beuf car c’est un ou­til d’in­ser­tion qui a bien fonc­tion­né. C’est un mau­vais coup por­té aux per­sonnes concer­nées mais aus­si au ser­vice pu­blic car ce sont ain­si moins de ser­vices of­ferts à la po­pu­la­tion.

Le ré­sul­tat est conforme à ce qu’on pres­sen­tait. La droite gagne des sièges, en par­ti­cu­lier les cen­tristes. Le PS a bien ré­sis­té, alors qu’on pen­sait qu’il per­drait beau­coup de sièges, pas­sant de 86 à 80. Le PCF, qui garde 13 sièges, conserve son groupe. En marche fait moins bien que pré­vu puis­qu’ils étaient 29 avec les trans­fuges so­cia­listes et ra­di­caux et qu’ils sont main­te­nant 28. C’est le pre­mier si­gnal fort en­voyé à Ma­cron pour qu’il com­prenne que les maires et les grands élec­teurs sont mé­con­tents de ce que le gou­ver­ne­ment leur ré­serve. Ceux qui lui avaient of­fert leur par­rai­nage ou l’avaient sou­te­nu ont ou­vert les yeux.

À titre per­son­nel, je sou­haite res­ter dans les mêmes com­mis­sions, à sa­voir la com­mis­sion

des lois (qui traite en­vi­ron 47 % des textes) et les af­faires eu­ro­péennes.

Nous at­ten­dions de voir ou nous si­tuer. Le choix est fait : nous sommes dans l’op­po­si­tion au gou­ver­ne­ment à l’as­sem­blée et dans l’op­po­si­tion à une ma­jo­ri­té de droite au sé­nat. Mais être dans l’op­po­si­tion ne veut pas for­cé­ment dire non à tout. Je vo­te­rai par exemple le texte sur la PMA (pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée).

Il y a beau­coup de dé­ma­go­gie : on es­saie de nous faire croire que la France ira mieux avec moins de dé­pu­tés et de sé­na­teurs. En Al­le­magne, le bun­des­tag est pas­sé de 670 à 700 membres et je n’ai pas l’im­pres­sion que l’al­le­magne va al­ler moins bien. La Ve Ré­pu­blique tend dé­jà vers un pré­sident mo­narque. Si on abaisse le nombre de par­le­men­taires, ça risque d’af­fai­blir le gou­ver­ne­ment. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose pour la dé­mo­cra­tie. En marche es­pé­rait une ma­jo­ri­té de 3/5 au Sé­nat pour faire adop­ter la ré­forme. Ce n’est pas le cas.

Le PS a quit­té la pré­si­dence de­puis deux ans et ça fait deux ans que la droite dé­tri­cote une bonne par­tie des po­li­tiques que nous avions mises en oeuvre, qu’elle pra­tique un coup de ra­bot. Elle ex­plique qu’il faut rem­bour­ser plus vite que pré­vu les em­prunts afin de désen­det­ter le Dé­par­te­ment mais ce­la se fait à marche for­cée, au dé­tri­ment du ser­vice pu­blic. Certes, il fal­lait ré­duire les em­prunts mais pas de cette fa­çon, afin de conser­ver la ca­pa­ci­té à ré­pondre aux be­soins de la po­pu­la­tion. Par­mi les baisses de sub­ven­tions, une me met par­ti­cu­liè­re­ment en co­lère, c’est celle qui concerne le Centre so­cial du Pu­chot, une dé­ci­sion qui ne prend pas en consi­dé­ra­tion la po­pu­la­tion du quar­tier. La droite est pas­sée à une politique de gui­chet. La Ville tra­vaille sur l’ur­bain, le centre sur l’hu­main. C’est à tout ce­la que s’at­taque la droite en pas­sant la sub­ven­tion de 60 000 € à 9 500 €, c’est in­ad­mis­sible.

La Ville fait de gros ef­forts pour main­te­nir des ser­vices à la po­pu­la­tion de qua­li­té mais elle va être tou­chée par la sé­rie de dé­ci­sions prises ou à ve­nir : baisse des do­ta­tions ( ex : les cré­dits en­trant dans le cadre de la politique de la ville), la sup­pres­sion pro­gram­mée de la taxe d’ha­bi­ta­tion (la seule res­source à la dis­po­si­tion des com­munes, qui fixent son taux. La TH re­pré­sente en moyenne 36 % des re­cettes des com­munes. elle doit être com­pen­sée… À un ins­tant don­né, mais après la sub­ven­tion ne bou­ge­ra pas), la baisse de la DGF (do­ta­tion glo­bale de fonc­tion­ne­ment), la sup­pres­sion des em­plois ai­dés et des ré­serves par­le­men­taires. Les com­munes font dé­jà de gros ef­forts de ges­tion, à un mo­ment don­né, ça va de­ve­nir ten­du. Il ne fau­drait pas re­por­ter les res­pon­sa­bi­li­tés des élus na­tio­naux sur les élus lo­caux. À terme, ce­la en­gage l’ave­nir des com­munes.

Je reste fa­vo­rable au main­tien de l’éche­lon com­mu­nal mais aus­si au rap­pro­che­ment de com­munes, y com­pris la créa­tion de com­munes nou­velles. Mais s’il n’y a pas consen­sus, ce­la me pa­raît dif­fi­cile. Quitte à y ar­ri­ver, je pense ce­pen­dant qu’il vau­drait mieux une dé­marche vo­lon­taire que for­cée.

Le lien com­mune/ Mé­tro­pole est im­por­tant. La Mé­tro­pole in­ves­tit pour l’at­trac­ti­vi­té de son ter­ri­toire mais elle doit aus­si ai­der les com­munes sur l’in­ves­tis­se­ment de proxi­mi­té, ce qui se fait au­jourd’hui d’ailleurs. Il faut re­gar­der comment faire pour des­ser­rer l’étau. Il n’y a pas d’ur­gence, mais compte te­nu des nom­breux trans­ferts de com­pé­tences, cette ques­tion se po­se­ra avec acui­té.

Nous étions don­nés pour mort en juin, au­jourd’hui nous sommes en cure de ré­ani­ma­tion ! Il nous faut un peu de temps pour nous re­mettre. Dans un contexte qui laisse place à une gauche ré­for­miste, le PS a la vo­lon­té de se ré­ta­blir. Entre le li­bé­ra­lisme lé­gè­re­ment tein­té de so­cial (pour faire pas­ser la pi­lule) de Ma­cron et le po­pu­lisme et la ra­di­ca­li­té de Mé­len­chon, il y a la place pour une op­po­si­tion qui soit exi­geante, ferme et en même temps in­no­vante, ima­gi­na­tive. Nous en­vi­sa­geons ain­si de pro­po­ser un contre-bud­get. Nous sommes en­trés dans un nou­veau monde, il faut adap­ter la ré­ponse politique aux cir­cons­tances, de telle sorte qu’on puisse ré­pondre à nos conci­toyens.

L’élec­tion pré­si­den­tielle n’a pas ef­fa­cé la frus­tra­tion, la dé­fiance, la co­lère du pays. La politique de Ma­cron et du gou­ver­ne­ment risque au contraire de les ac­cen­tuer. Pour que le PS soit cette force d’op­po­si­tion cré­dible, il faut ré­pondre à deux obli­ga­tions : être uni et jouer col­lec­tif, ce qui n’était pas le cas ; avoir une ligne politique claire, ce qui n’est pas en­core tout à fait le cas. Le PS s’en­gage dans une phase de re­cons­truc­tion, il doit tout faire pour se battre contre les in­éga­li­tés et pro­po­ser des so­lu­tions. Nous al­lons sol­li­ci­ter les mi­li­tants de base, dans les sec­tions, pour re­cueillir leurs idées en vue du congrès de mars 2018, où un pro­jet de­vra émer­ger afin d’abor­der les échéances fu­tures avec des pro­po­si­tions claires.

Je vais lier mes deux man­dats pour être très pré­sent de Can­te­leu à El­beuf en pas­sant par Cou­ronne et Grand-que­villy. On m’a qua­li­fié au­tre­fois de maire et pré­sident mi­li­tant, plus que ja­mais je suis un sé­na­teur mi­li­tant.

Pro­pos re­cueillis par Pa­trick PEL­LE­RIN

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