« Une nou­velle vie com­mence »

Contraints de quit­ter leur île pa­ra­di­siaque après le pas­sage d’ir­ma, deux ha­bi­tants de Saint-mar­tin ont trou­vé re­fuge à El­beuf de­puis une quin­zaine de jours. Pour eux, c’est le dé­but d’une nou­velle vie, en mé­tro­pole, loin des An­tilles.

Le Journal d'Elbeuf - - Zoom - Pa­trick PELLERIN

« Sur l’ins­tant, on ne réa­lise pas qu’on a tout per­du » « À 50 km près, on gar­dait tout »

« On s’est vu mou­rir » . La nuit, dans le noir, San­dra (47 ans) et Syl­vain (31 ans) n’en me­naient pas large, ce fa­meux 6 sep­tembre 2017, lors­qu’après Saint-bar­thé­lé­my, l’ou­ra­gan Ir­ma a frap­pé la pe­tite île fran­co-néer­lan­daise de Saint-mar­tin. « Nous nous étions ré­fu­giés chez des amis, dans une mai­son si­tuée en hau­teur. Nous avons tout juste eu le temps de prendre un sac à dos, d’y mettre quelques af­faires et nos pas­se­ports », ra­conte San­dra.

Re­por­ter pho­to­graphe, elle a pu aus­si em­me­ner ses ap­pa­reils pho­to et une ta­blette pour com­mu­ni­quer. C’est à peu près tout ce que le couple a pu sau­ver… « L’ami chez qui nous étions, nous avait dit que les murs de sa mai­son étaient en bé­ton, en fait c’était du pla­co, ex­plique Syl­vain. La porte trois points s’ou­vrait sous la vio­lence du vent ! » Ce­lui-ci a souf­flé sans dis­con­ti­nuer à plus de 300 km/heure pen­dant près de quatre heures, de 3 h du ma­tin à 6 h 30 en­vi­ron. C’est seu­le­ment vers 9 h 30, lorsque le calme est re­ve­nu, que les Saint-mar­ti­nois ont pu consta­ter l’am­pleur des dé­gâts.

Joyau de Saint-mar­tin, l’anse Mar­cel, où ré­si­dait le couple, a été to­ta­le­ment dé­vas­tée. « Nous vi­vions dans un en­droit pa­ra­di­siaque, en face l’hô­tel Riu, un pa­lace 4 étoiles, dans un quar­tier pro­té­gé, sé­cu­ri­sé, propre, fa­mi­lial, une sorte de pe­tit vil­lage ». San­dra et Syl­vain ha­bi­taient une mai­son sur pi­lo­tis, au-des­sus de l’eau. « Le loyer était plus cher mais c’était un choix de vie » . Il y a deux mois, ils étaient à cent lieues de s’ima­gi­ner ren­trer en France mé­tro­po­li­taine. Pour­tant, contraints et for­cés, c’est ce qu’ils ont été obli­gés de faire. Et c’est ain­si qu’il y a une quin­zaine de jours ils sont ar­ri­vés à El­beuf, où vit le frère de San­dra.

« Sur l’ins­tant, on ne réa­lise pas qu’on a tout per­du car il y a d’autres prio­ri­tés : se lo­ger, se ra­vi­tailler en eau… » Dans la dif­fi­cul­té, le couple sym­pa­thise avec d’autres per­sonnes dans la même galère : « Pauvres et riches, tout le monde a eu droit au même trai­te­ment de fa­veur. Nous étions tous lo­gés à la même en­seigne ». L’en­traide et la so­li­da­ri­té se

mettent en place de même que des mi­lices, pour lut­ter contre les pillards, car la na­ture hu­maine est ain­si faite qu’il y a tou­jours des gens pour pro­fi­ter du mal­heur des autres. « Ça s’est cal­mé quand la Lé­gion est ar­ri­vée. Tout ce qui rou­lait était ré­qui­si­tion­né par l’état ».

Le couple es­time que les se­cours sont ar­ri­vés trop tard. « La nour­ri­ture était mal dis­tri­buée », ajoute- t- il en­core. San­dra et Syl­vain prennent as­sez ra­pi­de­ment, la dé­ci­sion de ren­trer en France : « Nous n’avons pas eu le choix. Le tou­risme, c’est mort, l’éco­no­mie de l’île

est par terre ». Mais non sans re­grets. « Nous étions en plein dans l’oeil du cy­clone. À 50 km près, on gar­dait tout et on se­rait en­core là-bas »

Ayant la chance d’être hé­ber­gés à titre gra­tuit, ils vivent avec l’ar­gent qu’ils avaient mis de cô­té mais ils ont hâte de re­trou­ver leur au­to­no­mie et de re­prendre le cours de leur vie, dans l’hexa­gone, car ils n’en­vi­sagent pas de re­tour­ner là-bas. « Nous re­par­tons de zé­ro mais nous sommes vi­vants » . Tout le monde n’a pas eu cette chance. Of­fi­ciel­le­ment, les chiffres font état de onze morts « mais, pour nous, c’est plus ».

Ayant tous deux le sta­tut d’au­toen­tre­pre­neur ( lui est élec­tro­tech­ni­cien), ils vont cher­cher du tra­vail. « Nous avons dé­mé­na­gé cinq fois en dix jours, main­te­nant nous vou­lons nous po­ser, trou­ver un

lo­ge­ment pour être chez nous et re­trou­ver notre in­dé­pen­dance » . Loin de Saint-mar­tin, une nou­velle vie com­mence pour eux.

San­dra et Syl­vain avant et après le pas­sage d’ir­ma : à Saint-mar­tin (à gauche) et jeu­di der­nier au res­tau­rant L’arc-en-ciel.

La mai­son de San­dra et Syl­vain après le pas­sage d’ir­ma (© San­dra Gache).

Syl­vain au mi­lieu des dé­combres, ten­tant de sau­ver ce qui peut l’être (© San­dra Gache).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.