Une page se tourne

Après quatre man­dats de dé­pu­té, le so­cia­liste sor­tant s’est in­cli­né di­manche

Le Journal du Centre - - La Une - PHO­TO AFP

NIÈVRE. Ch­ris­tian Paul, dé­pu­té PS dans la deuxième cir­cons­crip­tion de­puis 1997, a été bat­tu par Pa­trice Per­rot (La Ré­pu­blique En Marche !), di­manche. La fin d’une his­toire.

FRANCE. L’as­sem­blée na­tio­nale nou­velle ver­sion est plus jeune et plus féminine (38,6 %) que la pré­cé­dente. Avec 350 dé­pu­tés, le pré­sident Ma­cron a dé­sor­mais les mains libres.

Ch­ris­tian Paul (PS), élu pour la première fois dé­pu­té en 1997, n’est pas par­ve­nu à l’em­por­ter face à Pa­trice Per­rot (La Ré­pu­blique En Marche).

Il avait ré­sis­té aux vagues bleues de 2002 et 2007. Avait pro­lon­gé et même am­pli­fié l’élan après l’élec­tion de Fran­çois Hol­lande, en 2012. Après quatre man­dats de parlementaire, Ch­ris­tian Paul (PS) n’est pas par­ve­nu, di­manche, à s’im­po­ser dans ces élec­tions législatives hors norme, mal­gré un gain de voix no­table entre les deux tours. La vague La Ré­pu­blique En Marche ! (LREM), même moins puis­sante qu’an­non­cée dans les pro­jec­tions des der­niers jours, l’a em­por­té. Ef­fet con­ju­gué de la de­mande de re­nou­vel­le­ment des vi­sages, du phé­no­mène d’usure qui l’avait épar­gné jusque­là, et de l’af­fai­blis­se­ment du PS, dont une par­tie des mi­li­tants et des élus ni­ver­nais a pré­fé­ré jouer la par­ti­tion de LREM ou bien s’abs­te­nir, ne se re­con­nais­sant pas, ma­ni­fes­te­ment, dans le po­si­tion­ne­ment du dé­pu­té sor­tant dans le quin­quen­nat écou­lé.

Le dé­clic des élec­tions mu­ni­ci­pales 2014

Comme le sé­na­teur Gaë­tan Gorce une se­maine plus tôt, Ch­ris­tian Paul s’est in­cli­né. Quelle que soit la suite, les Ni­ver­nais qui se sont ren­dus aux urnes ont choi­si d’écrire un nou­veau cha­pitre de leur his­toire po­li­tique, lar­ge­ment do­mi­née par la pré­sence du PS. De se pas­ser du parlementaire dé­si­gné le plus in­fluent de la lé­gis­la­ture écou­lée. 655 amen­de­ments adop­tés, 12 rap­ports, et une pré­sence mé­dia­tique mar­quée, en lien avec la « fronde », contes­ta­tion des orien­ta­tions éco­no­miques des gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs du quin­quen­nat Hol­lande. Lui pré­fère se qua­li­fier de « lan­ceur d’alerte » ou d’« éclai­reur ». L’image, de fait, n’est pas la même…

Le dé­clic, ce sont les mu­ni­ci­pales de 2014, qui se tra­duisent par une sé­rie de dé­faites du PS, dans le pays, et dans la Nièvre. Évo­quant « le désa­mour entre le gou­ver­ne­ment et les ci­toyens », Ch­ris­tian Paul est de ceux qui, au sein de son par­ti, haussent alors le ton, et de­mandent un « contrat de ma­jo­ri­té » avec le gou­ver­ne­ment Valls. « Il n’y au­ra pas de redressement dans l’aus­té­ri­té, dans la mon­tée des in­éga­li­tés », mar­tèle­t­il alors, sou­li­gnant : « Nous n’avons pas été élus en 2012 pour faire cette po­li­tique­là ».

Un an plus tard, le dé­pu­té de la Nièvre se­ra le pre­mier si­gna­taire de la mo­tion B au Congrès de Poi­tiers. Un plan B, presque, pour un par­ti dé­jà en crise d’iden­ti­té. 30 % des voix. À ses yeux, une victoire, et « un élan pour conti­nuer » à des­si­ner une gauche nou­velle. Les deux an­nées sui­vantes, la contes­ta­tion se dur­cit. Sort du do­maine éco­no­mique (dé­chéance de na­tio­na­li­té) et va jus­qu’à la ten­ta­tive de dé­pôt de mo­tions de cen­sure contre le gou­ver­ne­ment. La crise est ma­jeure. Et pu­blique.

Ré­no­ver le PS, le réinventer, Ch­ris­tian Paul, membre du par­ti de­puis 1978, an­née de dé­bâcle élec­to­rale pour la gauche, en a fait un de ses en­ga­ge­ments. En 2002, il par­ti­cipe ain­si à la créa­tion du Nou­veau Par­ti So­cia­liste (NPS), aux cô­tés de Be­noît Ha­ mon, Vincent Peillon et Ar­naud Mon­te­bourg. Six ans plus tard, Mar­tine Au­bry lui confie la créa­tion et l’animation du « La­bo­ra­toire des idées du PS ».

1981, l’élec­tion de Mit­ter­rand change son par­cours

Quelques jours après le se­cond tour de la Pré­si­den­tielle et l’échec de Be­noît Ha­mon, sur son blog, Ch­ris­tian Paul ap­pe­lait, en­core une fois, à « un par­ti nou­veau et un par­ti d’un nou­veau type », comme il l’avait fait six mois plus tôt dans son es­sai Les îles et l’ar­chi­pel : « La gauche ne meurt ja­mais. Elle dé­passe les par­tis. Elle dé­fie le ré­cit des puis­sants, s’en­ri­chit d’idées et d’idéaux qu’au­cune “ré­vo­lu­tion” tech­no­cra­tique ne sau­rait éteindre. La gauche, quand elle est au­then­tique et mo­derne, est le fruit de l’amour de la dé­mo­cra­tie et de l’as­pi­ra­ tion au bien com­mun, au ser­vice de tous et sur­tout de ceux qui ont peu ».

Les mots ont été pu­bliés le jour an­ni­ver­saire de l’ac­ces­sion de Fran­çois Mit­ter­rand à la présidence de la Ré­pu­blique. Une élec­tion qui a chan­gé le par­cours de Ch­ris­tian Paul. Ce pas­sion­né d’art contem­po­rain qui se des­ti­nait à des études d’avo­cat fait le choix du ser­vice pu­blic, in­tègre Sciences Po puis L’ENA (pro­mo­tion Fer­nandB­rau­del, la même que Gaë­tan Gorce). Qui le mè­ne­ra à la pré­fec­ture de Ne­vers, comme di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet, puis à la sous­pré­fec­ture de Châ­teauC­hi­non en 1989­1990. Le Cler­mon­tois d’ori­gine, ga­min des ci­tés Mi­che­lin, fe­ra de la Nièvre sa terre d’élec­tion. Du gra­nit du Mor­van, son socle.

En 1994, un an après une rouste ma­jus­cule du PS aux Législatives, il est élu conseiller gé­né­ral du can­ton de Lormes (jus­qu’en 2004), puis, un an plus tard, maire de Lormes (jus­qu’en 2001), com­mune dont il est tou­jours conseiller mu­ni­ci­ pal et dont le maire, Fa­bien Ba­zin, est l’un des très proches. Deux ans après, il de­vient dé­pu­té de cette cir­cons­crip­tion qui était celle de Fran­çois Mit­ter­rand. Il le se­ra jus­qu’en 2017, avec une pa­ren­thèse de trois an­nées (1999­2001), où il oc­cupe la fonc­tion de se­cré­taire d’état en charge de l’outre­mer, au­près d’un autre Lor­mois, Da­niel Vaillant. Là, il dé­fen­dra, no­tam­ment, la re­con­nais­sance de l’es­cla­vage comme crime contre l’hu­ma­ni­té.

Un PS « dé­vi­ta­li­sé et tra­hi », une gauche à réinventer

De re­tour à l’as­sem­blée na­tio­nale, ce­lui que ses proches voient comme un « vrai bos­seur » se­ra de ceux qui s’em­pa­re­ront du nu­mé­rique, des trans­for­ma­tions qu’il in­duit dans le tra­vail, au quo­ti­dien, de la cou­ver­ture en zones ru­rales, aus­si. Le pro­fil de sa cir­cons­crip­tion l’amè­ne­ra par ailleurs à s’en­ga­ger sur la ques­tion des dé­serts mé­di­caux, de l’ac­cès aux ser­vices pu­blics (il est l’un des ini­tia­teurs du « bou­clier ru­ral »), de la crise du monde agri­cole, de l’em­ploi des jeunes en mi­lieu ru­ral, ou en­core des in­fra­struc­tures rou­tières (A 77). Des pro­blé­ma­tiques sur les­quelles ce pro­mo­teur de la « ru­ra­li­té mo­derne » a en par­tie tra­vaillé dans le cadre du Pays Ni­ver­naisMor­van, qu’il pré­side, à tra­vers, no­tam­ment, les « Vil­lages du Fu­tur », opé­ra­tion par­ti­ci­pa­tive qui vise à la re­con­quête des centres­bourgs. Mais aus­si comme vice­pré­sident du Conseil ré­gio­nal pen­dant huit ans, et comme pré­sident du Parc ré­gio­nal du Mor­van pen­dant dix ans.

Dé­fait di­manche, Ch­ris­tian Paul reste, à ce jour, conseiller mu­ni­ci­pal de Lormes et pré­sident du Pays Ni­ver­nais­mor­van. Les mois qui viennent se­ront, for­cé­ment, consa­crés à l’ave­nir d’une gauche à réinventer, après la dé­route d’un PS qui dis­po­sait de tous les pou­voirs (Ély­sée, Ma­ti­gnon, As­sem­blée na­tio­nale, Sé­nat, qua­si­to­ta­li­té des ré­gions, ma­jo­ri­té des dé­par­te­ments et des grandes villes) après la victoire de Fran­çois Hol­lande en 2012. D’un PS « dé­vi­ta­li­sé et tra­hi », avance­til. Au­de­là du Pays et de sa com­mune de Lormes, la forme de son en­ga­ge­ment dans la Nièvre, elle, reste à écrire. ■

PHO­TO FRED LONJON

DÉ­BUT. Ch­ris­tian Paul est ar­ri­vé dans la Nièvre comme di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet en 1987 (ici en 2012).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.