Un pri­meur iti­né­rant nos­tal­gique

Le Journal du Centre - - La Une - Ré­mi Langlois

Le Cer­cy­cois Phi­lippe Jul­ly exerce le mé­tier de com­mer­çant iti­né­rant de­puis quatre dé­cen­nies. Ré­cit d’une pas­sion qui a fi­ni par s’émous­ser.

Jour de mar­ché ce lun­di ma­tin, sur la place de Lu­ce­nay­lès­aix. Seule­ment deux bancs sont pré­sents. À cô­té du fro­ma­ger, il y a Phi­lippe Jul­ly, 58 ans, pri­meur, fi­dèle au poste, comme chaque se­maine, dès 7 h 30. Cette fi­gure sym­pa­thique, bien connue à Cercy­la­Tour avec son épouse Ghis­laine et sa fille Émi­lie, exerce le mé­tier de com­mer­çant iti­né­rant de­puis presque quatre dé­cen­nies. Si la pas­sion a gui­dé Phi­lippe du­rant toutes ces an­nées, il as­sure que le mé­tier est de­ve­nu dif­fi­cile. La pas­sion s’est émous­sée, avec une pointe de nos­tal­gie.

« Si rien ne se fait, il n’y au­ra plus de mar­ché. J’ai­me­rais que l’etat en­tende les pe­tits com­mer­çants et ar­ti­sans »

« C’est plus comme avant. J’ai tou­jours re­cher­ché les fruits et lé­gumes pro­ve­nant de ma­raî­chers proches, de pe­tits pro­duc­teurs, mais il y en a trop peu. On n’a pas le cli­mat. Oui sur quatre mois, mais je dois tra­vailler douze mois dans l’an­née. J’achète à des gros­sistes, mais ils dis­pa­raissent pe­tit à pe­tit. J’al­lais à Au­tun, à Bourges, main­te­nant, j’y vais presque plus. C’est plus les gros­sistes d’an­tan qui se dé­pla­çaient dans le Mi­di. Je vais en­core cher­cher de la ce­rise dans l’yonne, des pommes et poires dans le Cher, de l’abri­cot en Ar­dèche, de la mi­ra­belle en Lor­raine, chez des pe­tits pro­duc­teurs de qua­li­té. Il me reste ce plai­sir. »

Phi­lippe pense à sa re­traite, dans deux ans. Lui qui a com­men­cé à 19 ans, a dé­ve­lop­pé son com­merce avec un as­so­cié et dix sa­la­riés, ef­fec­tuant chaque se­maine une dou­zaine de mar­chés dans la ré­gion avec deux ca­mions.

Au­jourd’hui, il ne fait plus que cinq mar­chés. Pour seule em­ployée, sa fille, Émi­lie, qui ne sou­haite pas re­prendre l’af­faire. « Tout est de­ve­nu com­pli­qué », se dé­sole­t­il. « Il y a trop de charges. D’ailleurs, si rien ne se fait, il n’y au­ra plus de mar­ché. J’ai­me­rais que l’état en­tende les pe­tits com­mer­çants et ar­ti­sans. Je vois bien la dé­ser­ti­fi­ca­tion de­puis ces cinq der­nières an­nées. » Les modes de consom­ma­tion et les men­ta­li­tés ont chan­gé. « Avant, les per­sonnes âgées ache­taient pour la se­maine, c’est plus le cas, les jeunes, c’est du coup par coup. »

Il se rap­pelle les casse­croûtes du ma­tin avec ses col­lègues mar­chands, quand l’am­biance, la ca­ma­ra­de­rie étaient pré­sentes et l’en­vie du mé­tier à chaque fois re­nou­ve­lée. « Mais ça n’existe plus. »

Après tant d’an­nées à se le­ver tôt, Phi­lippe Jul­ly as­pire main­te­nant à pra­ti­quer en­core plus sou­vent la pé­tanque. Il a été le pré­sident du club de Cercy­la­Tour, où il compte de nom­breux amis. Il trouve aus­si son bon­heur à édu­quer et gui­der les jeunes es­poirs ni­ver­nais dans ce sport. « Ça me fait bien plai­sir. »

COM­MER­ÇANT. Per­son­nage at­ta­chant, Phi­lippe Jul­ly aime tou­jours au­tant son mé­tier, qui a bien chan­gé avec le temps.

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