LA LISTE DE PIERRE DESTRADE

Le Journal du Centre - - Cinéma -

1

SHIN­NING. « Wen­dy, lu­mière de ma vie, donne­moi cette batte, je ne te fe­rai pas de mal, je vais juste t’ex­plo­ser la cer­velle. » Shi­ning de Stan­ley Ku­brick (1980) est le film d’hor­reur ul­time. Car, à tra­vers la sug­ges­tion, la mise en scène et le ta­lent de ses ac­teurs, l’hor­reur qui s’ins­talle dou­ce­ment tâche beau­coup plus long­temps que la vague de sang vo­mie par l’as­cen­seur sur un cou­loir de l’hô­tel Over­look. Ici, point de créa­tures. Juste le bas­cu­le­ment dans la fo­lie du per­son­nage prin­ci­pal, l’écri­vain Jack Tor­rance, en­traî­nant sa fa­mille avec lui. Pêle­mêle, on peut ci­ter dif­fé­rentes scènes : la ba­lade du pe­tit gar­çon sur son tri­cycle tom­bant sur les soeurs ju­melles as­sas­si­nées, « Viens jouer avec nous, Dan­ny… pour tou­jours » ; la dé­cou­verte par l’épouse de l’unique phrase rem­plis­sant les di­zaines de pages du ro­man écrit par son ma­ri ; ou quand il la pour­suit ar­mé d’une hache, « Cou­cou ché­rie, je suis ren­tré à la mai­son ».

L’avis de Ber­trand. Jack Ni­chol­son dé­raille comme la pire ca­tas­trophe fer­ro­viaire de tous les temps et le film est aus­si mo­nu­men­tal et la­by­rin­thique que l’hô­tel Over­look.

2

EDEN LAKE. Pre­nez le lac des Set­tons dans le Morvan. Une plage un peu iso­lée. C’est l’été. Vous y ame­nez votre pe­tit(e)­ami(e) pour un week­end en amou­reux. Mais “pas de bol”, quatre ga­mins bruyants s’ins­tallent à cô­té. Vous leur de­man­dez de faire moins de boxon. Vous le ré­pé­tez. Puis le ton monte. Et ça se ter­mine (très) mal. C’est le pitch d’eden Lake, trans­po­sé en Grande­bre­tagne et mis en scène par James Wat­kins (2008). Quand une si­tua­tion a prio­ri ba­nale tourne au bain de sang. Tou­jours sans créa­tures. Là, elles sont cam­pées par des en­fants psy­cho­pathes, sans au­cune li­mite. C’est par­ti­cu­liè­re­ment dé­ran­geant, comme la fin d’ailleurs, qui fait froid dans le dos.

L’avis de Ber­trand. Le point de dé­part réa­liste crée un ma­laise plus in­tense (peut­être trop même) que si le gen­til pe­tit couple était cour­sé par un monstre ve­nu de l’es­pace (les glou­moutes bi­zarres gardent néan­moins ma pré­fé­rence).

3

THE DESCENT. Quand un groupe de potes dé­cide de faire de la spé­léo dans une grotte et dé­range ses “ha­bi­tants”, ça ne fait pas bon mé­nage. Oui, dans cette réa­li­sa­tion de Neil Mar­shall (2005), il y a des créa­tures. Mais ja­mais très vi­sibles. Elles ne sont fi­na­le­ment pas le su­jet. La des­cente en ques­tion est plu­tôt la pa­ra­bole de la dé­gra­da­tion de l’ami­tié entre les pro­ta­go­nistes. L’am­biance claus­tro­phobe, ren­due ma­gis­tra­le­ment par la pho­to­gra­phie et le mon­tage n’a tou­jours pas été éga­lée. Op­pres­sant et san­glant, au point d’en res­sor­tir éprou­vé.

L’avis de Ber­trand. C’est comme en ma­tière de sé­duc­tion, moins vous en voyez, plus vous en vou­lez. Et là, l’éro­tisme car­nas­sier est tor­ride.

4

LES DENTS DE LA MER. Je sais, c’est sans sur­prise. Mais qui ne s’est pas fait peur à la plage en re­pen­sant aux Dents de la mer ? Le chef­d’oeuvre de Ste­ven Spiel­berg a beau da­ter de 1975, il fait tou­jours le même ef­fet. Ici, la créa­ture existe bel et bien. C’est juste un (très) gros pois­son, mais qui nour­rit tous les fan­tasmes des “ter­riens” que nous sommes. La bande­son et le sus­pens font le reste.

L’avis de Ber­trand. Tin­din… tin­din… tin­din… tin­tin­tin­tin­tin­tin… Qu’ajou­ter de plus (à part qu’il nous fau­drait un plus gros ba­teau).

5

MANIAC. Le film de Franck Khal­foun (2012) est un re­make de ce­lui de William Lus­tig (1980). Ce qui sé­duit dans cette re­su­cée, c’est le par­ti pris de se mettre dans la peau (on ne croit pas si bien dire) du tueur. Les meurtres en vue sub­jec­tive donnent une im­pres­sion mal­saine qui colle à l’am­biance d’un film à part, dans le­quel le vi­sage pou­pon d’eli­jah Wood (Fro­don Sac­quet dans la tri­lo­gie Le sei­gneur des an­neaux) contraste avec son per­son­nage de se­rial killer qui sou­haite re­cons­ti­tuer en chair et en os sa dé­funte mère. Certes, le scé­na­rio est cou­su de fil blanc, mais tel­le­ment bien sen­ti dans la pho­to et la mise en scène qu’il vaut cette cin­quième place.

L’avis de Ber­trand. Ex­cellent re­make (c’est rare). Mais ma pré­fé­rence reste à l’ori­gi­nal, in­croya­ble­ment “cras­pec”.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.