Vincent Ber­the­lot, l’ar­ti­fi­cier his­to­rique de L’USON Ne­vers

Le Journal du Centre - - La Une - An­toine Des­champs an­toine.des­champs@cen­tre­france.com

Le na­tif de Ne­vers a mar­qué de son em­preinte et de sa botte l’his­toire du club ne­ver­sois, grâce à son ef­fi­ca­ci­té et sa pré­ci­sion lé­gen­daires.

Un mo­nu­ment. De ses dé­buts à l’école de rug­by à la mon­tée en Fé­dé­rale 1, Vincent Ber­the­lot a mar­qué à ja­mais la grande sa­ga de L’USON. Sang-froid, pré­ci­sion, il fut un bu­teur d’ex­cep­tion et reste un homme ap­pré­cié de tous.

«Ça va te coû­ter cher en bal­lons. » Bla­gueur, Vincent Ber­the­lot pose avec l’ovale col­lec­tor du club, son club, l’union Spor­tive Olym­pique Ni­ver­naise. Une pho­to d’un an­cien joueur, une vieille gonfle dans les bras, c’est la cou­tume, dé­sor­mais, pour cette ru­brique qui prend le temps, sur le banc, de me­su­rer le che­min par­cou­ru.

Si Vincent Ber­the­lot n’avait pas exis­té, les dif­fé­ rents livres et re­por­tages ré­di­gés à la gloire de la mai­son azur et or comp­te­raient quelques pages et nombre d’écrits lau­da­teurs en moins. ‘‘Bé­bert’’, c’est un mo­nu­ment, un per­son­nage in­con­tour­nable qui a mar­qué à ja­mais la grande aven­ture des Jau­nets. Les en­fants de ses co­pains

Tout a com­men­cé pour lui dans la mai­son de ses pa­rents, à Forges. « À cô­té du ter­rain de mo­to­cross. » Dans la mai­son mais sur­tout dans le grand jar­din. « Gosse, après avoir re­gar­dé les matches du Tour­noi, j’al­lais de­hors. Pen­dant deux heures, tout seul, je ta­pais dans mon bal­lon. J’es­sayais de l’en­voyer le plus loin pos­sible tout en res­tant le plus pré­cis pos­sible. » Certes, les voi­sins voient pous­ser des es­pèces de grosses olives en cuir dans leurs lo­pins de terre mais les ogives tour­noient, par­fois jus­qu’à l’autre bout, à 50 m, pro­messe d’une car­rière de haute vo­lée.

Foot­bal­leur, Vincent va fran­chir le Ru­bi­con. Il a 10 ans quand son père, deuxième ligne de L’USON, lui dit de ve­nir avec lui. Di­rec­tion le PréF­leu­ri. « J’y ai re­trou­vé les en­fants de ses co­pains, les La­chèvre, La­veau, entre autres. » Et ses pre­miers cadres. « Mon­sieur Ri­bot, La Miche (Fran­çois Mi­chel) et, un édu­ca­teur hors du com­mun, JeanMi­chel Ba­ca. »

Pas en­core grand et ath­lé­tique, « j’ai pous­sé à 15­16 ans », mais dé­jà do­té de qua­li­tés in­trin­sèques évi­dentes, il in­tègre la ligne de trois­quarts. « J’ai vite ap­pris qu’il va­lait mieux jouer der­rière, ne pas trop se frot­ter aux gros », sou­rit­il.

En 1995, Bé­bert est en­core un jeune homme… en passe d’être adou­bé par tout un club. L’équipe pre­mière vient de des­cen­ dre en Di­vi­sion 3 et croise le fer avec les Cos­nois et les Léo­gar­tiens. Vincent, bu­teur mais aus­si mar­queur d’es­sais, « sept­huit par sai­son », soigne ses sta­tis­tiques en ins­cri­vant 220 points pour son pre­mier exer­cice.

« Jean­claude Clu­zeau était pré­sident. J’en ai connu d’autres : Mau­rice Val­vin, Gé­rard France, Jean­paul Re­nard, Fré­dé­ric Fraysse, Phi­lippe Chi­ne­lat­to, Alain Che­va­lier et Ré­gis Du­mange. » Des noms en guise de ja­lons. De sai­son en sai­son. Avec plus ou moins de réus­site, plus ou moins de bon­heur. La re­marque de Marck

« Il faut sa­voir se faire mal, il faut ac­cep­ter tout dans le rug­by. » Mais tou­jours le col­lec­tif pour mo­teur. « Nous jouions un rug­by loi­sir, nous fai­sions la fies­ta entre co­pains. Nous sa­vions faire les deux… et al­ler bos­ser le lun­di ma­tin. »

Gré­gaire, Vincent sor­tait pour­tant de l’or­di­naire. Un jour, l’en­traî­neur du RC Auxer­rois, Jean­fran­çois Marck, don­na les deux rai­sons qui lui fai­saient craindre le dé­pla­ce­ment de ses troupes à Ne­vers : « Au Pré­fleu­ri, ce n’est pas fa­cile pour les vi­si­teurs, le pu­blic est proche du ter­rain. Et puis nous, nous n’avons pas Ber­the­lot ». Un Ber­the­lot qui prend une part im­por­tante dans la mon­tée uso­niste en D2, au terme de la sai­son 1998­1999. À son comp­teur, 300 points !

Son par­cours lui pro­pose une longue che­vau­chée en Na­tio­nale 2, de­ve­nue Fé­dé­rale 2. Et s’il des­cend en 2006, lui et ses potes re­montent aus­si­tôt l’an­née sui­vante. En oc­tobre 2008, une grave bles­sure à un ge­nou, « les croi­sés », l’éloigne des ter­rains… seize mois. « Avec mon tra­vail, je n’ai pas pu me faire opé­rer tout de suite. »

Il re­vient en 2010 et par­ ti­cipe à la grande fête don­née en l’hon­neur de la mon­tée de Ne­vers en Fé­dé­rale 1. C’est lui qui marque, outre sept trans­for­ma­tions, le der­nier es­sai ni­ver­nais contre Do­mont. « On a fait par­tie de l’his­toire du club. » Un sou­ve­nir in­ou­bliable pour lui, au même titre que la pré­sence de Sione Laua­ki sous le maillot azur et or, en 2000. « C’était en­core un ado mais il m’avait im­pres­sion­né. Il avait stop­pé Ez­ze­dine (Fer­ja­ni, re­dou­table pi­lier), lors d’un en­traî­ne­ment. Et Grand­champ avec sa feinte de passe, il ne l’a faite qu’une fois ! »

Le Néo­zé­lan­dais, trop tôt dis­pa­ru, avait in­té­gré les All Blacks, en­suite. « J’ai sui­vi son évo­lu­tion avec joie. On l’avait même re­vu à Ne­vers, une der­nière fois, le pauvre vieux. » Au Stade de France

Un peu fer­mé, le vi­sage de Vincent s’éclaire à nou­veau au sou­ve­nir du 26 juin 2004. « En le­ver de ri­deau de la fi­nale du Top 16, Stade Fran­çaisPer­pi­gnan, je suis au Stade de France. Sur la pe­louse. » Avec la Bour­gogne, il dis­pute la fi­nale de la Coupe de la Fé­dé­ra­tion, face aux Pro­ven­çaux. « Je vis un rêve éveillé. Je rentre à dix mi­nutes de la fin. Il y a alors entre 40.000 et 60.000 spec­ta­teurs. J’ai une trans­for­ma­tion à la fin, en coin. Et je la mets ! » Les Bour­gui­gnons s’im­posent 31­16 et Bé­bert peut être fier.

Comme il peut l’être, dé­sor­mais, de son club. « Je suis abon­né de­puis deux ans même si j’ai du mal à m’iden­ti­fier à ce rug­by mo­derne. Les gars se rentrent dans la courge, tout est vi­sion­né, dé­cor­ti­qué. À Ne­vers, il y a tel­le­ment de nou­veaux que leur clas­se­ment n’est dé­jà pas mal. »

À l’ap­proche des fêtes, puisque Vincent Ber­the­lot a dé­jà ses places pour la Pro D2 et qu’il a res­ti­tué le bal­lon en cuir, il fau­dra pen­ser à lui en of­frir un. Ou lui éri­ger une sta­tue.

PHO­TOS OVALIEN DUPRÉ Vincent Ber­the­lot était un ar­ti­fi­cier de grande qua­li­té qui a sou­vent fait bas­cu­ler les ren­contres en fa­veur des cou­leurs azur et or, comme ici à An­ne­cy, en 2010.

Vincent Ber­the­lot a long­temps pla­né sur le rug­by ne­ver­sois.

Joueur à L’USON de 1986 à 2011.

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