Il y a dé­sor­mais du qui­noa à Né­rondes

Avec « Sa Ma­jes­té la Graine », un couple a créé de toutes pièces la fi­lière dans les plaines du Cher

Le Journal du Centre - - Actualité - Flo­ris Bres­sy flo­ris.bres­sy@cen­tre­france.com

Près de Né­rondes pousse le pre­mier qui­noa du Ber­ry. Le fruit de deux ans de re­cherches pour un couple de jeunes agri­cul­teurs qui ne voyait pas la di­ver­si­fi­ca­tion sans l’in­no­va­tion. À lui l’agro­no­mie, à elle le com­mer­cial.

Si la Cham­pagne ber­ri­chonne est un royaume des graines, alors celle de qui­noa peut pré­tendre en être la reine. C’est du moins ce que pos­tulent Ma­rion Bre­teau et Da­mien Snee­sens qui viennent de lan­cer « Sa Ma­jes­té la Graine », une marque de qui­noa lo­cal qu’ils pro­duisent près de Né­rondes.

Ori­gines an­dines

Une forme de clin d’oeil aux ori­gines an­dines de cette culture, où la my­tho­lo­gie en fait la mère de toutes les autres. Et une fa­çon ha­bile de dire toute la va­leur de leur pro­duc­tion. Car de l’al­ti­pla­no à la plaine ber­ri­chonne, il y a plu­sieurs mondes que le couple de jeunes agri­cul­teurs a mis plus de deux ans à fran­chir. « Da­mien a re­pris l’ex­ploi­ta­tion – cé­réales et éle­vage bo­vin – de ses pa­rents dé­but 2014. Je l’ai re­joint après avoir tra­vaillé quelque temps à la Chambre d’agri­cul­ture. L’idée de se di­ver­si­fier est ve­nue l’an­ née d’après. Il y avait des rai­sons éco­no­miques mais aus­si la sti­mu­la­tion d’un pro­jet in­no­vant… »

Sem­blant réunir tous ces pa­ra­mètres, le qui­noa s’est alors im­po­sé. La de­mande pour cet ali­ment, proche des cé­réales mais sans glu­ten, ne cesse d’aug­men­ter de­puis des an­nées, fai­sant grim­per son prix à 9.000 € la tonne en 2013, an­née qui lui a même été dé­diée par l’onu. Le cours a au­jourd’hui bais­sé car da­van­tage de pays se sont mis à en pro­duire mais, à plus de 1.000 €/tonne, ce­la reste tou­jours mieux que les cul­tures ber­ri­chonnes tra­di­tion­nelles. « Sur les 6.000 tonnes consom­mées dans l’hexa­gone, seules 2.000 sont pro­duites en France, en An­jou. Or, on connaît le dé­sir gran­dis­sant des consom­ma­teurs pour les pro­duc­tions lo­cales… », ap­puie Ma­rion Bre­teau. Tou­te­fois, le couple ne s’est pas conten­té de co­pier les pro­duc­teurs an­ge­vins, pour la simple et bonne rai­son que leurs va­rié­tés sont pro­té­gées com­mer­cia­le­ment.

« Nous sommes al­lés en voyage au Pé­rou pour trou­ver notre propre for­mule », ra­conte Ma­rion. « Il s’agis­sait de voir les va­rié­tés et le ma­té­riel uti­ li­sé, comment ils tra­vaillent là­bas… Et, sur­tout, de voir comment ils font pour re­ti­rer la sa­po­nine, une en­ve­loppe au­tour de la graine qui ne se consomme pas. »

De l’aveu du couple, cette opé­ra­tion fut la plus dure à maî­tri­ser. Au point que, dé­sor­mais, ils conservent ja­lou­se­ment son se­cret. Le sys­tème de tri et les quatre cel­lules de stoc­ kage qu’ils viennent d’ins­tal­ler res­tent à l’abri des re­gards.

Ce­pen­dant, la culture en plein champ passe dif­fi­ci­le­ment in­aper­çue. « Des 4 ha ex­pé­ri­men­taux en 2015, nous en avions im­plan­té 80 cette an­née. Juste au bord de la route. Ce qui fait que beau­coup de gens l’ont dé­cou­vert comme ça », sou­rit Ma­rion qui do­cu­mente cette aven­ture au fil des sai­sons sur les ré­seaux so­ciaux.

À tra­vers ses pho­tos, la pro­duc­tion semble fa­cile. Il est vrai que le qui­noa ne connaît pas les ma­la­dies et s’adapte par­ti­cu­liè­re­ment bien aux condi­tions ber­ri­chonnes.

Beau­coup de main-d’oeuvre

Mais il de­mande plu­sieurs désher­bages qui ne peuvent qu’être ma­nuels, d’où un coût de temps et de main­d’oeuvre. Il im­plique aus­si un tri mi­nu­tieux et très tech­nique, afin d’ob­te­nir un cer­tain ca­li­brage et un taux de pu­re­té su­pé­rieur à 99 %.

Ain­si, Ma­rion et Da­mien se sou­viennent très bien de la pre­mière fois où ils ont goû­té leur pro­duit : « C’était à cô­té de la ma­chine de tri, on ré­glait puis on tes­tait aus­si­tôt… Nous avons pris des bou­chées et des bou­chées jus­qu’à ob­te­nir le bon ré­sul­tat ! ».

GRAINES. Des 4 ha ex­pé­ri­men­taux en 2015, ils en ont culti­vé 80 cette an­née. PHO­TO STÉ­PHA­NIE PA­RA

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