L’his­toire de France ins­pire les ar­tistes

Da­vid Les­cot, met­teur en scène et mu­si­cien, au­teur du spec­tacle La chose com­mune joué ce soir

Le Journal du Centre - - La Une - Pro­pos re­cueillis par Jean-ma­thias Jo­ly

La chose com­mune, spec­tacle mu­si­cal de Da­vid Les­cot et Em­ma­nuel Bex, est pré­sen­té ce soir, à la Mai­son de la Culture. Il évoque une pé­riode foi­son­nante et dou­lou­reuse de l’his­toire de France, la Com­mune.

Ra­con­ter un épi­sode tra­gique de l’his­toire de France avec une mu­sique em­blé­ma­tique de la culture po­pu­laire amé­ri­caine, tel est le dé­fi que re­lèvent Da­vid Les­cot et Em­ma­nuel Bex, dans le spec­tacle La chose com

mune, à voir, ce soir, au D’jazz Ne­vers Fes­ti­val. Co­mé­dien, met­teur en scène mais aus­si trom­pet­tiste, le pre­mier a si­gné les textes. Or­ga­niste, le se­cond a com­po­sé la mu­sique.

Ac­com­pa­gnés de deux autres mu­si­ciens, d’une chan­teuse et d’un sla­meur, ils évoquent, dans cette créa­tion, la Com­mune de Pa­ris. Da­vid Les­cot dé­taille la ge­nèse de ce pro­jet.

Comment vous est ve­nue l’idée d’écrire un spec­tacle mu­si­cal sur la Com­mune ?

Il est né d’une en­vie par­ta­gée entre Em­ma­nuel Bex et moi. Nous vou­lions mê­ler nos uni­vers, nos ex­pres­sions ar­tis­tiques, la mu­sique et le théâtre, en créant quelque chose au­tour d’un évé­ne­ment his­to­rique et pe­tit à pe­tit, la Com­mune s’est im­po­sée à nous. Parce que c’est une pé­riode mar­quante de l’his­toire de la Ré­pu­blique, char­gée de thèmes, de ques­tions so­ciales et po­li­tiques aux­quelles beau­coup de gens se ré­fèrent en­core au­jourd’hui. Et c’est une pé­riode mal connue, pas tel­le­ment en­sei­gnée à l’école.

Pour quelles rai­sons se­lon vous ?

Je pense que la Com­mune est une his­toire com­plexe. Le peuple de Pa­ris s’est ré­vol­té contre un ré­gime qui était ré­pu­bli­cain. C’est une ten­ta­tive de ré­vo­lu­tion au coeur de la Ré­pu­blique, qui s’est ter­mi­née par une ré­pres­sion ré­pu­bli­caine. Il y a eu entre 20.000 et 30.000 morts. Peut­être qu’une cer­taine honte s’est en­suite ins­tal­lée, la France a vou­lu en­fouir cet épi­sode. Mais des idées très fortes ont émer­gé de la Com­mune.

Comme par exemple l’éga­li­té entre les hommes et les femmes ?

Oui, même si c’est plus com­pli­qué que l’on croit. Les femmes de la Com­mune n’ont pas ob­te­nu le droit de vote, comme cer­tains l’af­firment par­fois. Mais elles ont pris la pa­role, elles se sont bat­tues pour leurs droits. Nous abor­dons ce su­jet dans le spec­tacle. Cer­taines femmes ont été des per­son­na­li­tés très im­por­tantes de la Com­mune, comme Louise Mi­chel.

Vous ra­con­tez un épi­sode de l’his­toire de France du XIXE siècle sur une mu­sique amé­ri­caine, qui n’est ar­ri­vée en Eu­rope qu’au XXE siècle. Pour­quoi ce par­ti pris ?

Ily a dans le jazz une fa­çon de conce­voir la mu­sique qui res­semble aux idées de la Com­mune. Par exemple, l’idée de col­lec­tif, d’une or­ga­ni­sa­tion éga­li­taire. Un or­chestre de jazz est conçu comme ce­la, cha­cun a sa part et peut de­ve­nir so­liste à son tour. Et puis, le jazz est aus­si une mu­sique de ré­sis­tance et de ré­volte. Il était la mu­sique des es­claves noirs, sy­no­nyme de li­ber­té. Il a ce cô­té fes­tif et en même temps re­ven­di­ca­tif, que l’on re­trouve dans la Com­mune. En outre, la Com­mune était une pé­riode de grande im­pro­vi­sa­tion. Et l’im­pro­vi­sa­tion, c’est la source du jazz.

ORI­GI­NAL. La chose com­mune, un spec­tacle où jazz et théâtre, écri­ture et im­pro­vi­sa­tion se ren­contrent. PHO­TO CHRIS­TOPHE RAYNAUD DE LAGE

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