Ab­den­nour Bi­dar, phi­lo­sophe « Res­ser­rons nos liens ! »

Le Journal du Dimanche - - LE MONDE EN GUERRE -

TOUS NOS RES­PON­SABLES, et tous en­semble au- de­là de la classe po­li­tique, nous de­vons nous rap­pe­ler l’es­prit du 11- Jan­vier et nous en­ga­ger à fond pour lui être fi­dèles. Il faut ex­pli­quer que les ter­ro­ristes cherchent à nous bri­ser pour ce que nous avons ma­ni­fes­té ce jour- là : notre uni­té, notre ca­pa­ci­té à ré­pondre à la haine par l’af­fir­ma­tion de nos va­leurs hu­ma­nistes fon­da­trices et uni­ver­selles. Il faut faire par­ta­ger entre tous les membres de notre so­cié­té la com­pré­hen­sion du piège qui nous est ten­du : on cherche à nous faire tom­ber dans la ter­reur, et à nous don­ner une sen­ti­ment pa­ra­ly­sant d’im­puis­sance, pour nous em­pê­cher de ma­ni­fes­ter à nou­veau notre uni­té. On cherche à nous di­vi­ser les uns contre les autres : mu­sul­mans contre non- mu­sul­mans, et le peuple contre sa classe po­li­tique, afin que notre so­cié­té se désa­grège et que nos ins­ti­tu­tions s’écroulent. Es­sayons donc, en par­lant au maxi­mum entre nous, dans la rue et sur les ré­seaux so­ciaux, de nous aver­tir mu­tuel­le­ment de ces mé­ca­nismes par les­quels on veut bri­ser notre uni­té, notre ré­sis­tance, notre fra- ter­ni­té. Res­ser­rons nos liens !

À la dif­fé­rence de jan­vier der­nier, les at­taques ne visent pas spé­ci­fi­que­ment la li­ber­té d’ex­pres­sion. Ces actes ter­ro­ristes veulent nous em­pê­cher de nous ras­sem­bler au­tour d’un sym­bole, comme ce fut le cas au­tour de « Je suis Char­lie » . Là en­core, soyons plus forts, ras­sem­blons- nous au­tour d’une grande sym­bo­lique : celle de la va­leur de la vie hu­maine, de l’hu­ma­ni­té et de l’hu­ma­nisme contre la bar­ba­rie, de l’uni­té et de la fra­ter­ni­té contre la haine et le re­jet de l’autre, de la ca­pa­ci­té à vivre en­semble avec nos dif­fé­rences et au- de­là de ces dif­fé­rences dans l’adhé­sion de tous à des va­leurs par­ta­gées. Nous sommes mis au dé­fi de vivre à la hau­teur de notre de­vise « li­ber­té, éga­li­té, fra­ter­ni­té » , et donc de ré­pa­rer toutes les frac­tures so­ciales et cultu­relles qui nous di­visent, et que la bar­ba­rie vou­drait pou­voir ex­ploi­ter, ag­gra­ver, pour faire écla­ter notre so­cié­té. « Les mu­sul­mans de notre pays sont avant tout des ci­toyens »

Il nous faut de la dé­ter­mi­na­tion col­lec­tive, l’en­ga­ge­ment le plus large pos­sible. Je lance un ap­pel à toutes les as­so­cia­tions qui tra­vaillent à res­ser­rer les liens, à ré­pa­rer les frac­tures so­ciales et cultu­relles, qui luttent pour plus de so­li­da­ri­té, plus d’in­ter­cul­tu­ra­li­té. Il faut qu’elles lancent un ap­pel d’en­ga­ge­ment à tous les ci­toyens, no­tam­ment en pas­sant par les ré­seaux so­ciaux : qu’elles pro­posent de les re­joindre, et qu’elles donnent ren­dez- vous aux bonnes vo­lon­tés sur chaque grande place de quar­tier, d’ar­ron­dis­se­ment, de com­mune, pour que les gens se ren­contrent.

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