A la ré­cré, c’est ma­man qui sur­veille !

Le Journal du Pays Yonnais - - Actualités - Sté­pha­nie Hour­deau

La Chaize. Pour Yan­nick Da­vid, le maire vi­com­tais, la fin des contrats ai­dés dans le sec­teur non mar­chand ne se­rait qu’une « af­faire de riches ! » Lui l’af­firme, la com­mune n’a pas re­cours aux contrats ai­dés et « as­sume 100 % de sa masse sa­la­riale ».

Se­lon le pro­fil et la si­tua­tion de la per­sonne em­bau­chée, l’État prend en charge 60 à 90 % du sa­laire ver­sé. Ce qui ins­pire la pru­dence, si­non la ré­ti­cence, de Yan­nick Da­vid : « Les pre­mières an­nées, la ma­riée est belle, mais quand les aides s’ar­rêtent, la com­mune met fin au con­trat, à moins qu’elle n’ait les moyens fi­nan­ciers de ti­tu­la­ri­ser la per­sonne. »

Pour Yan­nick Da­vid, éga­le­ment pro­fes­seur de so­cio­lo­gie po­li­tique à l’ICES, « cer­taines com­munes ont pu sai­sir l’op­por­tu­ni­té de re­pas­ser à la se­maine de quatre jours pour ne plus re­cou­rir aux CAE (contrats d’ac­com­pa­gne­ment dans l’em­ploi). ». Une ten­ta­tion que l’élu re­pousse à la ren­trée 2018, his­toire « d’ho­no­rer les contrats des in­ter­ve­nants si­gnés au prin­temps der­nier. » Les CAE comme simple va­riable d’ajus­te­ment, en somme. À en croire l’élu, bon nombre de col­lec­ti­vi­tés vi­vraient au-des­sus de leurs moyens. Parce que ju­gé « coû­teux et in­ef­fi­cace », le Gou­ver­ne­ment veut mettre fin aux contrats ai­dés. Une dé­ci­sion qui met à mal bon nombre d’ins­ti­tu­tions comme les écoles. Aux Clou­zeaux, à l’école Sainte-Ma­rie, de­puis la ren­trée, ce sont les pa­rents qui jouent les sur­veillants, faute de contrats ai­dés.

Les Clou­zeaux. De­puis le 4 sep­tembre, le sys­tème D est ap­pli­qué au sein de l’école pri­vée des Clou­zeaux. Ce sont des ma­mans et des pa­pas qui as­surent la sur­veillance de la pause mé­ri­dienne. Une si­tua­tion in­so­lite pour pal­lier l’ab­sence des contrats ai­dés pro­mis en fin d’an­née sco­laire der­nière. « Tout était ca­lé en juin. La di­rec­trice avait pré si­gné deux contrats ai­dés, un pour as­su­rer l’aide ma­ter­nelle de la classe GS-CP et la sur­veillance des pe­tits pen­dant les ré­créa­tions, et un autre char­gé de l’en­tre­tien de l’éta­blis­se­ment, ain­si que de la sur­veillance des plus grands », ré­sume Fré­dé­rique Tri­chet, pré­si­dente de l’Ogec. Deux contrats qui de­vaient être as­su­rés par Co­rinne et Del­phine. Toutes deux avaient même fait un stage dans l’école au cours de l’an­née, Co­rinne pour s’im­mer­ger, et Del­phine pour va­li­der son CAP pe­tite En­fance. Cette der­nière, sou­te­nue par l’équipe en­sei­gnante et « dé­ter­mi­née pour tra­vailler dans cette école », a dé­ci­dé de ne pas lâ­cher l’af­faire. De­puis la ren­trée, même si elle n’a pas de con­trat, elle vient tous les mi­dis s’oc­cu­per des en­fants.

Des pa­rents sur­veillants bé­né­voles

Une se­maine avant la ren­trée, Pau­line Cur­luz, di­rec­trice de Sainte-Anne, tombe des nues en ap­pre­nant que ces deux contrats ai­dés ne sont pas ac­cep­tés. « La dé­marche de re­voir le sys­tème de ces contrats pré­caires, je ne suis pas contre. Ce qui me met en colère, c’est de ne pas nous lais­ser le temps de nous ré­or­ga­ni­ser et de sup­pri­mer, du jour au len­de­main, ces em­plois », re­grette la di­rec­trice.

Quand l’heure de la ren­trée a son­né, il a donc fal­lu s’adap­ter. L’école s’est alors re­tour­née vers les fa­milles qui ont ré­pon­du pré­sentes pour as­su­rer le manque. A tour de rôle, ma­mans et pa­pas, deux ou trois, se re­laient chaque mi­di pen­dant une heure trente pour sur­veiller les en­fants. Une so­lu­tion de for­tune, pas for­cé­ment ré­gle­men­taire, mais qui per­met d’as­su­rer le fonc­tion­ne­ment de l’école, en tout cas pen­dant la ré­cré du mi­di. Car en classe, une en­sei­gnante de GSCP se re­trouve seule à gé­rer ses élèves alors qu’elle pour­rait avoir une Asem. Quant au mé­nage…

Ne pas lâ­cher

L’école Sainte-Anne ne compte pas res­ter sans rien faire. La Di­rec­tion de l’en­sei­gne­ment catholique n’a pas les cartes en mains pour chan­ger la donne. « La seule chose qu’elle peut faire, c’est nous ai­guiller vers des as­so­cia­tions ou des ser­vices qui peuvent nous ai­der à trou­ver une so­lu­tion », ex­plique Pau­line Cur­liuz. Alors, à force d’ap­pe­ler, d’in­sis­ter les dif­fé­rents or­ga­nismes liés aux contrats ai­dés (Pôle em­ploi, agence de ser­vice et de paie­ment…), l’école a ré­ité­ré ses de­mandes de contrats et es­père une ré­ponse (po­si­tive) d’ici la fin de se­maine. « De toutes les fa­çons, lun­di 18 sep­tembre, il y au­ra soit nos contrats ai­dés, soit d’autres per­sonnes prises en in­té­rim », as­sure Pau­line Cur­liuz. cette der­nière ré­flé­chit aus­si à de­main, car si les contrats ai­dés sont fi­na­le­ment ac­cep­tés, ce ne se­ra que pour cette an­née sco­laire. Et elle ne ré­flé­chit pas seule. En ef­fet, d’autres écoles aux alen­tours, comme à Lan­de­ronde, sont tou­chées. « Nous vou­lons voir en­semble ce que l’on peut faire, pour­quoi pas mu­tua­li­ser du per­son­nel », conclut la di­rec­trice. Af­faire à suivre.

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