Le com­bat d’un père pour la ré­si­dence al­ter­née

Le Journal du Pays Yonnais - - Actualités - Ni­co­las Pi­pe­lier

Le nou­veau dé­pu­té de La Roche nord au­ra mis peu de temps à se faire re­mar­quer à l’As­sem­blée na­tio­nale. Sept mois après son élec­tion, Phi­lippe La­tombe a fait une pro­po­si­tion de loi sur la ré­si­dence al­ter­née. Un texte cher à ce père qui a ba­taillé pour voir ses deux filles.

Le Jour­nal du Pays Yon­nais : Pour­quoi une nou­velle loi sur la ré­si­dence al­ter­née, alors que le lé­gis­la­teur pré­voit dé­jà cette me­sure en cas de sé­pa­ra­tion des pa­rents (Code ci­vil ar­ticle 373-2-9) ?

Phi­lippe La­tombe : Le lé­gis­la­teur pré­voit cette op­tion. Le texte dit que le juge peut re­cou­rir à cette pos­si­bi­li­té. Mais, dans l’im­mense ma­jo­ri­té des cas, il ac­corde la ré­si­dence al­ter­née au pa­rent qui s’op­pose à ce­lui qui la veut. Or, la pro­po­si­tion de loi vise à res­tau­rer une éga­li­té entre les pa­rents, en don­nant la pos­si­bi­li­té de s’ex­pli­quer sur ses mo­ti­va­tions, et par là de mo­ti­ver la dé­ci­sion du juge. Le fait de pou­voir ex­pri­mer le « pour­quoi » per­met d’éli­mi­ner pas mal de conflits ul­té­rieurs.

En quoi votre texte chan­ge­ra « la donne » pour les pères ?

Ce pro­jet de loi n’est pas ap­puyé sur un genre en par­ti­cu­lier. L’en­fant a be­soin de ses deux pa­rents. Et ces be­soins va­rient en fonc­tion de l’âge, des pé­riodes. Lorsque le couple pa­ren­tal dis­pa­raît, le couple conju­gal doit ré­sis­ter dans l’in­té­rêt de l’en­fant. Aus­si ce texte vise à mettre les pa­rents au même ni­veau en ma­tière de ré­si­dence al­ter­née. L’idée est de fa­vo­ri­ser la co­pa­ren­ta­li­té et les pous­ser à prendre leur res­pon­sa­bi­li­té dans l’in­té­rêt su­pé­rieur de l’en­fant.

Jus­te­ment, que ré­pon­dez­vous à vos dé­trac­teurs (lire ci-contre) qui vous ac­cusent de pri­vi­lé­gier les in­té­rêts des pères au dé­tri­ment des en­fants ?

Rien dans la pro­po­si­tion ne va dans ce sens. Il est clair que c’est dans l’in­té­rêt de l’en­fant de bé­né­fi­cier de l’ac­com­pa­gne­ment de ses deux pa­rents. Et si vio­lence il y a dans un foyer, il est évident qu’il ne faut pas de ré­si­dence al­ter­née. On ne change rien là-des­sus. La lec­ture doit se faire au cas par cas. Rien ne doit être im­po­sé de ma­nière sys­té­ma­tique.

Je ne com­prends pas non plus l’ar­gu­ment éco­no­mique qui vi­se­rait à pré­ca­ri­ser les femmes en leur re­ti­rant la pen­sion ali­men­taire. Il s’agit d’une sec­tion du Code ci­vil où l’on parle ex­clu­vi­se­ment des en­fants. La contri­bu­tion éco­no­mique à l’édu­ca­tion, avec un ba­rème in­di­ca­tif, est là pour com­bler les dis­pa­ri­tés de re­ve­nus entre les pa­rents. Mme Billon se trompe de com­bat. En re­vanche, on se re­joint dans la lutte contre les pa­rents qui tentent d’or­ga­ni­ser leur in­sol­va­bi­li­té.

En quoi ce com­bat fait écho à votre vie per­son­nelle ?

J’ai vé­cu cette ex­pé­rience. Pour ob­te­nir la ré­si­dence al­ter­née pour mes deux filles, j’ai dû dé­ployer des tré­sors d’ex­pli­ca­tions pour convaincre le juge que j’avais la ca­pa­ci­té d’avoir des va­cances en même temps qu’elles, que je pou­vais al­ler les cher­cher à la sor­tie de l’école, prendre mes mer­cre­dis, qu’en cas de ma­la­die, il m’était pos­sible d’ob­te­nir deux jours… Alors qu’en face, leur mère a sim­ple­ment eu be­soin de dire « non » pour ob­te­nir la garde. C’est cette asy­mé­trie qu’il faut cor­ri­ger. A l’heure où un couple sur deux avec des en­fants se sé­pare, il faut dé­sen­gor­ger les tri­bu­naux avec ces dos­siers (9 à 12 mois d’at­tente au tri­bu­nal de La Roche).

Où en est votre texte au ni­veau du ca­len­drier lé­gis­la­tif ?

La pro­po­si­tion de loi a été exa­mi­née en com­mis­sion, mer­cre­di 22 no­vembre, et se­ra vo­tée en hé­mi­cycle ce jeu­di 30 no­vembre. J’ai bon es­poir de voir le texte abou­tir. Même s’il dé­clenche beau­coup de pas­sion et des ré­ac­tions exa­gé­rées, aus­si bien du cô­té des as­so­cia­tions fé­mi­nistes que du cô­té des as­so­cia­tions de pères.

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