Ba­lade en Lan­gue­doc : Des Cé­vennes à la Mé­di­ter­ra­née

Né au Mont Ai­goual, l’Hé­rault des­cend vers la mer à tra­vers fo­rêts, gar­rigues et vi­gnobles. Tout au­tour, les routes cé­ve­noles et lan­gue­do­ciennes, si­nueuses et par­fois ver­ti­gi­neuses, sillonnent des causses dé­serts, tra­versent des gorges et des ca­nyons, plo

Le Monde du Camping-Car - - SOMMAIRE - Oc­tobre 2017 - n° 295 LE MONDE DU CAM­PING-CAR Texte et pho­tos : Ma­rie-Hé­lène et Yves Lun­dy

L’Ai­goual, vous con­nais­sez ? Ce mont mythique qui culmine à 1 567 mètres est aux Cé­vennes ce que le Ven­toux est à la Pro­vence. L’eau en plus ! En­tou­ré d’une na­ture sau­vage, fouet­té par les vents et les pluies, il est “la mère des eaux” du grand sud, il y pleut plus qu’à Brest. Et les sources abondent, gé­né­rant des fleuves et des ri­vières qui des­cendent vers l’At­lan­tique ou la Mé­di­ter­ra­née, no­tam­ment l’Hé­rault qui re­joint la Grande Bleue au Grau d’Agde après un par­cours de 150 ki­lo­mètres. Nous al­lons le lon­ger… avec quelques écarts pour ne rien man­quer du spec­tacle qu’offrent les grands sites de la ré­gion Oc­ci­ta­nie. À com­men­cer par le chaos de Mont­pel­lier-le-Vieux, en Avey­ron, le plus grand la­by­rinthe ro­cheux d’Eu­rope. Nous avons quit­té l’A75 par la sor­tie 44 pour at­teindre Le Ro­zier, pit­to­resque vil­lage au con­fluent du Tarn et de la Jonte. Puis la D29 et la D110 nous ont ame­nés di­rec­te­ment à cet es­pace dé­ser­tique clas­sé au pa­tri­moine mon­dial : Mont­pel­lier-le-Vieux et son chaos ro­cheux, un pay­sage qui vous est fa­mi­lier si vous avez vu (et re­vu) le film La Grande Va­drouille – c’est ici que les deux hé­ros mal­gré eux s’étaient éga­rés, dé­gui­sés en of­fi­ciers al­le­mands et ac­com­pa­gnés de ber­gers… al­le­mands. Le site évoque une ville en ruine, d’où son nom. Pour­tant cet en­semble na­tu­rel qui s’étend sur 120 hec­tares n’a rien d’une ville : sculp­tées par le ruis­sel­le­ment, les roches do­lo­mi­tiques du Causse Noir forment des arches, des cor­niches, des sta­tues gi­gan­tesques qui do­minent un im­mense pa­no­ra­ma sur les gorges de la Dour­bie. Dès 1884, Al­fred Mar­tel, ex­plo­ra­teur des gorges du Tarn et de l’aven Ar­mand, fut l’ini­tia­teur de cet Acro­pole des Cé­vennes ; les drailles an­ciennes (che­mins de trans­hu­mance) noyées dans la vé­gé­ta­tion furent dé­ga­gées et trans­for­mées en che­mins pour les tou­ristes qui vi­si­taient le site à dos-d’âne. Au­jourd’hui la marche à pied et le pe­tit train (et aus­si la via fer­ra­ta et les ty­ro­liennes) vous per­mettent de che­mi­ner à votre guise dans ces rues mi­né­rales par­se­mées de pins, de chênes et bor­dées d’as­ters des Alpes à la co­rolle vio­lette et au coeur orange. Lors de votre va­drouille, vous ad­mi­re­rez le Sphinx, le Nez de Cy­ra­no, la porte de My­cènes et… vous ne vous per­drez pas, les sen­tiers sont ba­li­sés. Et les Al­le­mands que vous croi­se­rez sont de pa­ci­fiques tou­ristes ! Re­tour au Ro­zier où com­mence un autre spec­tacle na­tu­rel à dé­cou­vrir fa­çon tra­vel­ling de­puis le siège de votre cam­ping-car : les gorges de la Jonte. Cet af­fluent du Tarn prend sa source au Mont Ai­goual et creuse son che­min dans le cal­caire, for­mant un vaste ca­nyon sur une ving­taine de ki­lo­mètres entre Le Ro­zier et Mey­rueis. La route sur­plombe criques et ter­rasses, se fau­file entre de hau­tes mu­railles où s’ac­crochent des mai­sons caus­se­nardes et des jar­dins sus­pen­dus. Au vil­lage du Truel, (D996), la ter­rasse pa­no­ra­mique de la Mai­son des Vau­tours per­met d’ob­ser­ver vau­tours fauves, vau­tours moines et gy­paètes bar­bus. Réin­tro­duits de­puis les an­nées 70, ces éboueurs de la na­ture qui frôlent les trois mètres d’en­ver­gure volent au-des­sus des Grands Causses en to­tale li­ber­té, pro­té­gés par la LPO et le Parc Na­tio­nal des Cé­vennes. Les es­pla­nades offrent vue grand-angle sur les gorges de la Jonte et longues-vues sur les ra­paces qui glissent en si­lence dans le ciel. Des ca­mé­ras live dé­voilent l’in­ti­mi­té des nids qui co­lo­nisent les fa­laises. Après le ha­meau des Douzes et le roc Saint-Ger­vais, la D996 pour­suit son che­min le long de la Jonte jus­qu’à Mey­rueis, au car­re­four de trois val­lées : étape de re­pos après la tra­ver­sée des gorges, ruelles bor­dées de mai­sons an­ciennes, gar­gouille­ment des eaux, air pur, om­brages cen­te­naires de la place Sul­ly et, sur la route de l’Ai­goual (D986), le su­perbe châ­teau de

Ro­que­dols qui abrite le centre d’in­for­ma­tion du Parc Na­tio­nal.

La ré­sur­gence du Bon­heur

Après le col de Mont­jar­din, dans une al­ter­nance de fo­rêts et de landes, nous at­tei­gnons Saint-Sau­veur-Cam­prieu, connu pour son site ex­cep­tion­nel : l’abîme de Bra­ma­biau. La ri­vière Bon­heur naît à l’air libre sur les pentes de l’Ai­goual ; puis, sur le Causse de Cam­prieu, elle s’en­gouffre sous terre pour re­sur­gir huit cents mètres plus loin par une cas­cade dont le va­carme en temps de crue rap­pelle le boeuf qui brame (brame biou). C’est en 1888 qu’Al­fred Mar­tel tra­verse de part en part le cours sou­ter­rain du Bon­heur. Au­jourd’hui, la vi­site gui­dée dans le ca­nyon-tun­nel de cinq mètres de large et soixante mètres de hau­teur per­met d’ad­mi­rer cette “oeuvre gran­diose et bi­zarre que la na­ture a exé­cu­tée à coups de siècles” (A. Mar­tel). Un lieu ma­gique à voir en fa­mille, chien in­clus ! Un mo­ment de… bon­heur tou­ris­tique (ne pas ou­blier le pull). Par le col de La Se­rey­rède, sur la ligne de par­tage des eaux, la route belle, étroite et so­li­taire nous hisse au som­met de l’Ai­goual, point culmi­nant du dé­par­te­ment du Gard, site fas­ci­nant équi­pé d’une “for­te­resse mé­téo­ro­lo­gique” dont la construc­tion a né­ces­si­té sept an­nées à la fin du XIXe siècle. Car, mal­gré l’al­ti­tude mo­deste, ici les condi­tions sont ex­trêmes : ra­fales jus­qu’à 300 km/h, deux mètres de pluie par an, neige et brouillard… Der­nière sta­tion mé­téo de mon­tagne en­core ha­bi­tée, le bâ­ti­ment aux airs de châ­teau fort est dé­dié à l’ob­ser­va­tion et à la pré­ven­tion des vents qui amènent les pluies douces de l’océan ou tor­ren­tielles de la Mé­di­ter­ra­née. La vi­site de la sta­tion et du mu­sée nous ini­tie aux tech­niques mé­téo et à la lec­ture des images sa­tel­lite ; quand le temps le per­met, la vi­sion est à 360° sur les hauts-pla­teaux des Causses et sur le sud de la France jus­qu’à la côte. Une ba­lade sur ce “pro­mon­toire su­blime” par le sen­tier flé­ché des Bo­ta­nistes nous em­mène entre pe­louses d’al­ti­tude et ar­bo­re­tum de mon­tagne. La fo­rêt ac­tuelle est née de la re­fo­res­ta­tion en­tre­prise suite à la sur­ex­ploi­ta­tion du bois et aux sur­pâ­tu­rages pra­ti­qués pen­dant des siècles sur les pentes de l’Ai­goual. Au­jourd’hui, les trou­peaux sont moins nom­breux et l’ex­ploi­ta­tion plus res­pon­sable. C’est mi-juin que les trans­hu­mances conduisent des mil­liers de bre­bis cé­ve­noles vers les hauts-pla­teaux où elles pas­se­ront l’été. Au vil­lage de L’Es­pé­rou, on cé­lèbre cette tra­di­tion pay­sanne par une grande fête, le sa­me­di proche du 15 juin. Les trou­peaux pa­rés de pom­pons et de cloches com­posent un tableau vi­vant co­lo­ré et so­nore au­quel s’ajoutent des ani­ma­tions très pas­to­rales : tonte, chiens de ber­gers, sculp­teurs sur bois… Du clas­sique, mais de l’au­then­tique qui nous comble les yeux, les oreilles et le coeur. Pour com­bler l’es­to­mac : mar­ché mon­ta­gnard, re­pas de ber­ger ! Et pas de dif­fi­cul­té pour le sta­tion­ne­ment, tout est pré­vu. Que du bon­heur ! La route D986, abrupte et dé­li­cieuse, si­nue à tra­vers co­ni­fères et châ­tai­gniers pour abou­tir à Val­le­raugue, pe­tite ville aux toits de tuiles sur les bords de l’Hé­rault qui, ici, n’est en­core qu’un tor­rent. Nous le sui­vons jus­qu’à Pont-d’Hé­rault avant de bi­fur­quer à droite vers Le Vi­gan. Ga­rés sous les tilleuls

cloître, sa crypte, son mu­sée et son re­li­quaire de la vraie Croix (re­mis par Char­le­magne à Saint-Guil­hem). Une courte ran­don­née se fait à par­tir du vil­lage : le cirque d’In­fer­net, ba­lade tran­quille le long du Ver­dus à tra­vers gar­rigues et sous-bois, ac­com­pa­gnée par le bruis­se­ment du ruis­seau et les sen­teurs des la­vandes sau­vages et des ro­ma­rins.

Cap sur Le Cap

Par Aniane et Gi­gnac, vil­lages lan­gue­do­ciens dont les ruelles, les fon­taines et les places om­bra­gées ac­cen­tuent le charme mé­ri­dio­nal, nous des­cen­dons vers Pé­ze­nas en sui­vant le Val d’Hé­rault ; Causses et Cé­vennes laissent place à la plaine où la vigne et l’oli­vier sont de plus en plus pré­sents. Pé­ze­nas, l’an­cienne Pis­cène, ré­pu­tée pour ses laines au temps des Ro­mains, de­vint do­maine royal sous Saint-Louis puis ac­cueillit les États Gé­né­raux du Lan­gue­doc en 1456 avant d’être la ré­si­dence des pres­ti­gieux gou­ver­neurs Mont­mo­ren­cy et Con­ti. Elle connaît son âge d’or au XVIIe siècle où elle rayonne sur tout le sud. Sur­nom­mée alors le Ver­sailles du Lan­gue­doc, Pé­ze­nas ac­quiert son vi­sage ac­tuel avec rues pa­vées, hô­tels par­ti­cu­liers, cours in­té­rieu- res, échoppes, portes et pla­cettes. Le coeur de ville his­to­rique est clas­sé sec­teur sau­ve­gar­dé. Le prince de Con­ti qui ai­mait s’en­tou­rer d’ar­tistes ac­cueillit en ré­si­dence pen­dant quatre ans (de 1653 à 1657) le Pa­ri­sien JeanBap­tiste Po­que­lin et sa troupe L’Illustre Théâtre. Les vi­sites gui­dées es­ti­vales vous font dé­cou­vrir les lieux où le co­mé­dien a vé­cu, l’hôtel d’Al­fonce, l’échoppe du bar­bier Gé­ly… Et la Sce­no­vi­sion Mo­lière, à l’hôtel de Pey­rat (Of­fice du tou­risme), vous em­porte dans l’am­biance et le dé­cor du XVIIe siècle. La fré­quen­ta­tion des échoppes, es­ta­mi­nets et marchés de Pé­ze­nas ins­pi­ra à Mo­lière des ré­pliques qui font par­tie du pa­tri­moine littéraire ! Si la ville d’au­jourd’hui a gar­dé une forte tra­di­tion théâ­trale, les com­merces des an­ciens temps sont oc­cu­pés main­te­nant par des ar­ti­sans, ar­tistes, an­ti­quaires ; quant au mar­ché du sa­me­di ma­tin, place Gam­bet­ta, il est tou­jours aus­si riche en cou­leurs, ra­me­nant sur ses étals fruits, fleurs, sa­vons et, bien sûr, vins du Lan­gue­doc. Par­mi eux, le Pic­poul de Pi­net, le Pic Saint-Loup ou les Co­teaux de Thau. Mais pour­quoi ne pas al­ler ache­ter quelques bou­teilles di­rec­te­ment dans le plus grand vi­gnoble du monde où les do­maines vous tendent leurs verres de dé­gus- ta­tion ? Le dé­tour par la D161 conduit (entre autres) à la cave de Beau­vi­gnac à Po­mé­rols qui pro­pose ses vins en­so­leillés dans un cadre his­to­rique (et frais), au mi­lieu des pres­soirs et des cuves. À goû­ter néan­moins avec so­brié­té si vous vou­lez, comme l’Hé­rault, at­teindre la mer ! C’est par Flo­ren­sac et la D32 que nous ar­ri­vons au bout du che­min, à La Ta­ma­ris­sière, face au Grau d’Agde, sur la rive droite de l’em­bou­chure de l’Hé­rault, un en­droit en­core un peu sau­vage, l’un des rares de la côte. Car tout au­tour, c’est un autre uni­vers, ce­lui du lit­to­ral, loin des Causses dé­peu­plés et des Cé­vennes pas­to­rales. Si Agde a conser­vé son coeur de ville aux rues étroites lon­gées de mai­sons de ba­salte, Le Cap d’Agde voi­sin a été en­va­hi par des rangs d’im­meubles et des vil­las de va­cances. Née dans les an­nées 70, pou­vant ac­cueillir 180 000 per­sonnes, c’est la pre­mière sta­tion bal­néaire de France. Ici d’autres joies vous at­tendent dans le bruit et l’ani­ma­tion des foules es­ti­vales: les plages, l’Ile aux Loi­sirs, le pe­tit train du Cap, la vi­site du Fort Bres­cou et, si le corps vous en dit, le plus grand vil­lage na­tu­riste de la Mé­di­ter­ra­née dont le cam­ping compte 2 500 em­pla­ce­ments, à quelques mètres des vagues.

Des so­li­tudes cé­ve­noles aux plages d’Agde, l’Hé­rault par­court 150 km ja­lon­nés de sites na­tu­rels (gorges de l’Hé­rault), de châ­teaux et d’ab­bayes (Saint-Guil­hem), de vil­lages et villes his­to­riques (Pé­ze­nas où Mo­lière et Bob­by Lapointe fra­ter­nisent par-de­là les siècles).

Le Ro­zier : au pied du Causse Mé­jean, ce n’est pas le pont d’Avi­gnon, mais le pont du Tarn em­por­té par une crue en 1900. 1 2 3

Le châ­teau de Saint-Jean de Buèges po­sé sur son pi­ton est do­mi­né par les fa­laises de la Sé­ranne. En bas, la val­lée de la Buèges offre un par­cours idéal avec berges om­bra­gées et bai­gnades en eaux vives. Saint-Guil­hem, “La rose au coeur des montagnes”. Un mo­ment de re­pos à sa­vou­rer sur la place du vil­lage, à l’ombre du pla­tane âgé de 162 ans.

1 Sculp­teurs sur bois, ton­deurs de bre­bis, dres­seurs de bor­der-col­lies…, les at­trac­tions mon­ta­gnardes ne manquent pas à la fête de la trans­hu­mance de L’Es­pé­rou. 2 Loin des plages, au coeur des Cé­vennes, la ri­vière nom­mée Bon­heur a creu­sé son che­min sous terre de­puis… quelques mil­lions d’an­nées. 3 Le Cap d’Agde : fin août, la Bres­cou­dos Bike Week est un vrom­bis­sant ras­sem­ble­ment de 2 500 mo­tards ve­nus de toute l’Eu­rope en Har­ley, Trike ou Gold­wing… Loin des Cé­vennes, un autre uni­vers !

4 Le cirque de Na­va­celles : Grand Site de France à abor­der avec pru­dence. Si votre cam­ping-car a un ga­ba­rit consé­quent, pri­vi­lé­giez la des­cente par la na­vette de­puis la Mai­son du Grand Site. 5 Le la­by­rinthe ro­cheux de Mont­pel­lier-le-Vieux se vi­site à pied par les nom­breux sen­tiers ba­li­sés ; mais pour faire connais­sance avec ce lieu ma­gique, par­tir un ma­tin d’été (10h) à bord du pe­tit train vert est un vrai… pe­tit bon­heur. 5 4 Re­mer­cie­ments à So­cié­té Philippe Rou­by, St-Sul­pice de Co­gnac (Des­ti­néa, Au­tos­tar, Knaus, Ca­ra­do, Font-Ven­dôme).

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