A Pa­ris, Ma­cron et Trump ex­posent leur « ami­tié »

Ac­co­lades et as­sauts d’ama­bi­li­tés ont scan­dé la vi­site of­fi­cielle du pré­sident amé­ri­cain en France

Le Monde - - LA UNE - Ni­co­las bour­cier et marc se­mo

Ac­co­lades et as­sauts d’ama­bi­li­tés ont scan­dé le pre­mier jour de la vi­site of­fi­cielle du pré­sident amé­ri­cain dans la ca­pi­tale fran­çaise. Le ter­ro­risme, la Sy­rie et l’après-EI ont été lon­gue­ment évo­qués. Les deux hommes ont éga­le­ment par­lé libre-échange. Et, sur l’ac­cord de Pa­ris, Trump a dit que « quelque chose pour­rait se pas­ser ».

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Il a osé le mot. « Ce soir, nous au­rons un dî­ner entre amis », a lan­cé Em­ma­nuel Ma­cron lors de la confé­rence de presse conjointe, jeu­di 13 juillet, avec son ho­mo­logue amé­ri­cain, ma­ni­fes­te­ment ré­joui. Et de re­lan­cer : « Nos deux na­tions sont al­liées de­puis tou­jours, mais nous avons une re­la­tion per­son­nelle forte à la­quelle je suis at­ta­ché. »

Les deux pré­si­dents ac­com­pa­gnés de leurs femmes ont conclu au Jules Verne, un res­tau­rant étoi­lé si­tué au deuxième étage de la Tour Eif­fel, la pre­mière jour­née de la vi­site of­fi­cielle et hau­te­ment sym­bo­lique dans la ca­pi­tale fran­çaise d’un Do­nald Trump re­çu avec tous les hon­neurs. Il s’agis­sait de com­mé­mo­rer le 100e an­ni­ver­saire de l’en­trée en guerre des Etats-Unis pen­dant le pre­mier conflit mon­dial, mais aus­si de rap­pe­ler la cen­tra­li­té de l’al­liance avec Wa­shing­ton.

Ac­cueil aux In­va­lides avec garde d’hon­neur et fan­fare, hom­mage à la tombe du ma­ré­chal Foch puis à celle de Na­po­léon pen­dant de longues mi­nutes. Rien n’a été né­gli­gé pour sou­li­gner le ca­rac­tère so­len­nel de la ren­contre. Bri­gitte Ma­cron et Me­la­nia Trump sont en­suite al­lées à Notre-Dame puis ont fait une croi­sière sur la Seine.

M. Ma­cron a conti­nué la vi­site avec son in­vi­té, lui ex­pli­quant la mé­moire des lieux avant de par­tir avec lui vers l’Ely­sée pour une longue réu­nion de tra­vail. « On prend ma voi­ture ? », lance M. Trump. « Sure », ré­pond en an­glais le chef de l’Etat fran­çais de 39ans. Ce der­nier semble avoir ou­blié ses piques du pas­sé à l’égard du ma­gnat de l’im­mo­bi­lier, 71ans, plus vieux pré­sident de l’his­toire amé­ri­caine, qu’il épin­glait en­core, il n’y a pas si long­temps, pour «son manque d’hu­mi­li­té » et ses pro­vo­ca­tions.

Les ac­co­lades, les ser­rages de main, les as­sauts d’ama­bi­li­tés ont

« Vous avez un pré­sident fan­tas­tique qui a du cran » DO­NALD TRUMP à pro­pos d’Em­ma­nuel Ma­cron

conti­nué ain­si tout au long de la jour­née à la grande joie du lo­ca­taire de la Mai­son Blanche.

A la ques­tion po­sée par une jour­na­liste amé­ri­caine au su­jet de l’en­tre­tien entre le fils aî­né de M. Trump et une avo­cate russe proche du Krem­lin en 2016, l’oc­cu­pant du bu­reau Ovale a af­fir­mé que « la réu­nion n’avait rien don­né » et que « la po­li­tique n’était pas l’en­droit le plus jo­li sur terre ». M. Ma­cron a ajou­té : « J’ai pour ha­bi­tude de ne pas in­ter­fé­rer dans la po­li­tique in­té­rieure de nos par­te­naires. »

« Vous avez un pré­sident fan­tas­tique qui a du cran », a lan­cé le pré­sident des Etats-Unis, ra­vi. « C’est une per­son­na­li­té nar­cis­sique très sen­sible aux hom­mages », rap­pelle un jour­na­liste amé­ri­cain qui, comme nombre de ses col­lègues ve­nus des Etats-Unis, s’étonne de ne pas voir de ma­ni­fes­tants dans les rues de Pa­ris. Ils étaient moins de 200, le 13 juillet au soir, sur la place de la Ré­pu­blique.

M. Ma­cron veut se po­ser en mé­dia­teur entre un pré­sident amé­ri­cain tou­jours plus iso­lé sur la scène in­ter­na­tio­nale, no­tam­ment après son re­trait de l’ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat, le 1er juin, et les autres di­ri­geants du G20.

Les di­ver­gences sont réelles sur ce su­jet, a ré­pé­té M. Ma­cron. « Je res­pecte la dé­ci­sion du pré­sident Trump qui va me­ner la ré­flexion et le tra­vail qui conviennent à ses en­ga­ge­ments de cam­pagne ; pour ma part, je reste at­ta­ché à l’ac­cord de Pa­ris », a-t-il rap­pe­lé alors que son in­ter­lo­cu­teur af­fir­mait, en des termes vagues, que «quelque chose pour­rait se pas­ser sur l’ac­cord de Pa­ris ». Pour le mo­ment, au­cune al­ter­na­tive n’a été évo­quée, mais ces pro­pos de M. Trump illus­trent la cor­dia­li­té de la ren­contre.

« Un juste libre-échange »

Le ton est en­core plus conci­liant à pro­pos du libre-échange, alors même que M. Trump, au nom d’« Ame­ri­ca First » (« L’Amé­rique d’abord»), avait fait du pro­tec­tion­nisme un éten­dard de cam­pagne. «Il faut tout faire pour qu’un com­merce libre et équi­table puisse se mettre en place, et il faut prendre des me­sures ef­fi­caces pour lut­ter contre le dum­ping so­cial afin de pro­té­ger un juste li­breé­change », a sou­li­gné M. Ma­cron.

Mais c’est avant tout à pro­pos de la lutte contre le ter­ro­risme et l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique (EI) que les deux hommes ont été à l’unis­son. La Sy­rie et l’après-EI ont été lon­gue­ment évo­qués au cours de la jour­née.

Le pré­sident fran­çais veut re­ve­nir dans le jeu di­plo­ma­tique. Il n’hé­site pas à par­ler de « chan­ge­ment de doc­trine », même si dé­jà, dans la der­nière an­née de la pré­si­dence de Fran­çois Hol­lande, Pa­ris ne fai­sait plus du dé­part de Ba­char Al-As­sad « un préa­lable » pour un pro­ces­sus.

Dé­sor­mais, la po­si­tion fran­çaise semble vou­loir re­de­ve­nir au­dible au­près du pré­sident russe, Vla­di­mir Pou­tine. Elle est au dia­pa­son de celle de M. Trump, qui a an­non­cé tra­vailler avec Mos­cou à la re­cherche d’un deuxième ces­sezle-feu, après ce­lui ins­tau­ré dans le sud-ouest de la Sy­rie, le 7 juillet.

Ces zones de «déses­ca­lade» de­viennent pro­gres­si­ve­ment, à leurs yeux, une réa­li­té. Il s’agit main­te­nant de re­lan­cer le pro­ces­sus de né­go­cia­tion. «Notre sou­hait est de pou­voir ini­tier un groupe de contact pour in­ter­ve­nir de ma­nière beau­coup plus ef­fi­cace en sou­tien à ce qui est fait par les Na­tions unies pour construire la feuille de route de l’après-guerre en Sy­rie », a an­non­cé M. Ma­cron, af­fir­mant qu’un tel pro­jet por­té par les membres per­ma­nents du Conseil de sé­cu­ri­té de l’ONU de­vrait se concré­ti­ser dans les pro­chaines se­maines.

Et de rap­pe­ler aus­si que ces né­go­cia­tions pour « une so­lu­tion po­li­tique in­clu­sive» du conflit de­vraient im­pli­quer aus­si bien des re­pré­sen­tants du ré­gime que de l’op­po­si­tion. C’est dé­jà le cas à Ge­nève, sans ré­sul­tat.

JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH POLITICS POUR « LE MONDE »

Em­ma­nuel et Bri­gitte Ma­cron face à Me­la­nia et Do­nald Trump, ac­com­pa­gnés du chef Alain Du­casse, au res­tau­rant étoi­lé Le Jules Verne, à Pa­ris, le 13 juillet.

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