« Vis bien », les der­niers mots à son épouse, Liu Xia

Le Monde - - INTERNATIONAL - h. th.

le sort de liu xia, épouse de Liu Xiao­bo, est un su­jet d’in­ter­ro­ga­tion même pour les amis proches de la fa­mille. Poé­tesse et pho­to­graphe de 56ans, elle a été main­te­nue en ré­si­dence sur­veillée de­puis la condam­na­tion en 2009 de son ma­ri, un iso­le­ment qui l’a plon­gée dans une pro­fonde dé­pres­sion. Liu Xia était par­fois au­to­ri­sée à lui rendre vi­site en pri­son dans le nord-est chi­nois. Du­rant plu­sieurs an­nées, les au­to­ri­tés l’ont éga­le­ment lais­sée al­ler man­ger une fois par se­maine chez ses pa­rents, mais elle a per­du son père en 2016 et sa mère en avril. Maya Wang, cher­cheuse de l’ONG Hu­man Rights Watch sur la Chine, rap­pelle que Liu Xia « n’a ja­mais com­mis au­cun crime, ja­mais été condam­née ». «Sa pri­va­tion de li­ber­té est ab­so­lu­ment illé­gale et elle doit ces­ser », dit-elle. En juin, Mme Liu a été conduite au che­vet de son ma­ri, ap­pre­nant alors qu’il était at­teint

d’un can­cer in­cu­rable. Dans une vi­déo dif­fu­sée par Ra­dio Free Asia, on la voyait abat­tue, dé­taillant à un ami: «On ne peut pas l’opé­rer, on ne peut pas faire de ra­dio­thé­ra­pie ni de chi­mio­thé­ra­pie.» Puis dans une autre, cette fois fil­mée par l’ap­pa­reil sé­cu­ri­taire dans la chambre du pa­tient à l’in­su de deux mé­de­cins al­le­mand et amé­ri­cain au­to­ri­sés à lui rendre vi­site, elle ap­pa­rais­sait de­bout à l’ex­tré­mi­té du lit de son ma­ri, cheveux ras, san­glo­tant. L’équipe mé­di­cale chi­noise, sous le contrôle de l’Etat, a ex­pli­qué tard, jeu­di, que Liu Xiao­bo a ré­ser­vé ses der­niers mots à son épouse : « Vis bien. »

« De la pure per­sé­cu­tion »

Pour plu­sieurs amis, il est évident que si Liu Xiao­bo, se sa­chant con­dam­né et fai­blis­sant, a conti­nué à de­man­der à par­tir à l’étran­ger jus­qu’à la vi­site des mé­de­cins oc­ci­den­taux le sa­me­di 8 juillet, c’était pour rendre à son épouse sa li­ber­té. Liu Xia est dou­ble­ment otage, de sa ré­si­dence sur­veillée mais éga­le­ment du sort qui a été ré­ser­vé à son frère Liu Hui. Ce der­nier a été con­dam­né, en 2013, à onze an­nées de pri­son pour fraude dans l’im­mo­bi­lier, un ju­ge­ment que Liu Xia avait alors dé­crit comme «de la pure per­sé­cu­tion ». Li­bé­ré par la suite, il reste en sur­sis. De­puis l’an­nonce de la mort, jeu­di, les ap­pels à lais­ser par­tir Mme Liu se sont mul­ti­pliés, du se­cré­taire d’Etat amé­ri­cain, Rex Tiller­son, au haut-com­mis­saire pour les droits de l’homme des Na­tions unies, Zeid Ra’ad Al-Hus­sein, en pas­sant par Pa­ris, Ber­lin ou la Com­mis­sion eu­ro­péenne. « La pro­chaine étape est de réa­li­ser le der­nier sou­hait de Liu Xiao­bo, qui était de lais­ser son épouse quit­ter le pays », dit le dis­si­dent Hu Jia.

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