Entre la France et l’Al­le­magne, de bonnes in­ten­tions mais pas d’avan­cée ma­jeure

Ma­cron et Mer­kel ont cher­ché, jeu­di, à Pa­ris, à mus­cler leur co­opé­ra­tion dans la dé­fense

Le Monde - - INTERNATIONAL - Ber­lin - cor­res­pon­dant phi­lippe ri­card (à pa­ris) et tho­mas wie­der

Adé­faut de per­cée, l’heure est aux grandes ma­noeuvres entre Em­ma­nuel Ma­cron et An­ge­la Mer­kel. Dé­fense, zone eu­ro, pro­tec­tion, le pre­mier cherche à re­lan­cer l’Eu­rope et la co­opé­ra­tion « concrète » entre la France et l’Al­le­magne, deux mois après avoir vain­cu le Front na­tio­nal au se­cond tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle. La se­conde par­tage son sou­ci, mais se pré­oc­cupe sur­tout, avant le scru­tin lé­gis­la­tif du 24 sep­tembre dans son pays, de rem­por­ter un qua­trième man­dat. Le conseil des mi­nistres fran­co-al­le­mand, qui s’est te­nu jeu­di 13 juillet à l’Ely­sée, a il­lus­tré la dy­na­mique à l’oeuvre entre le chef de l’Etat et la chan­ce­lière.

Les deux di­ri­geants ont élu­dé le su­jet qui fâche le plus, sus­cep­tible de mettre Mme Mer­kel en dif­fi­cul­té dans la cam­pagne: l’ap­pro­fon­dis­se­ment de la zone eu­ro. Sur ce point, des pro­po­si­tions concrètes se­ront, ont-ils dit, né­go­ciées d’ici à la fin de l’an­née, une fois le pro­chain gou­ver­ne­ment al­le­mand en place. « Je n’ai rien contre un bud­get de la zone eu­ro », a juste in­di­qué la chan­ce­lière. Quant au « mi­nistre eu­ro­péen des fi­nances, on peut en par­ler », a-t-elle ajou­té, en al­lu­sion aux dif­fé­rentes pro­po­si­tions faites par Em­ma­nuel Ma­cron, avant comme après sa vic­toire.

Bru­no Le Maire et Wolf­gang Schäuble, les deux mi­nistres des fi­nances, ont donc été in­vi­tés à pour­suivre leurs tra­vaux pré­pa­ra­toires, les né­go­cia­tions s’an­non­çant com­pli­quées car les avis di­vergent sur le dé­tail de ces dif­fé­rentes op­tions. « Nous n’al­lons pas traî­ner », a as­su­ré Mme Mer­kel, même si, «pour de telles évo­lu­tions de fond », l’Al­le­magne a « be­soin » de consul­ter son Par­le­ment. « La ques­tion est sen­sible et tout dé­bat sur ce su­jet risque de ré­duire les marges de ma­noeuvre du vain­queur des élec­tions », ex­plique un di­plo­mate al­le­mand pour jus­ti­fier cette pru­dence, en dé­pit de l’avance dont dis­pose la chan­ce­lière dans les en­quêtes d’opi­nion.

Gages et bons conseils

Dans un son­dage de l’ins­ti­tut For­sa, pu­blié mar­di, son par­ti, l’Union chré­tienne-dé­mo­crate (CDU), est cré­di­té de 39 % des in­ten­tions de vote aux lé­gis­la­tives, 17 points de­vant le Par­ti so­cial-dé­mo­crate (SPD) de Mar­tin Schulz.

M. Ma­cron cherche d’ici là à don­ner au­tant de gages que de bons conseils à l’Al­le­magne. En pré­sence de son pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, il a fait le point avec la chan­ce­lière sur les ré­formes en­ga­gées en France. Et il a de­man­dé à Ber­lin de « bou­ger » aus­si, afin de contri­buer à re­lan­cer les in­ves­tis­se­ments chez elle, comme chez ses voi­sins…

En for­mu­lant au­jourd’hui une telle in­jonc­tion à l’égard de l’Al­le­magne, M. Ma­cron ne prend en réa­li­té guère de risque. Vis-à-vis de son opi­nion pu­blique, il peut certes don­ner le sen­ti­ment de te­nir tête à Mme Mer­kel, ce qui ne peut que lui être pro­fi­table au mo­ment où sa com­pli­ci­té af­fi­chée avec la chan­ce­lière est dé­non­cée par cer­tains, en France, comme un ali­gne­ment ser­vile sur la po­li­tique me­née à Ber­lin.

Outre-Rhin, ses pro­pos ne sont pour­tant pas per­çus comme au­da­cieux. Dans le contexte de la cam­pagne élec­to­rale al­le­mande, les deux prin­ci­paux can­di­dats à la chan­cel­le­rie peuvent en ef­fet par­fai­te­ment s’y re­con­naître. C’est le cas de M. Schulz qui, mar­di, lors d’un dé­pla­ce­ment à Aix-la-Chapelle (Rhé­na­nie-du-Nord-West­pha­lie), a dé­plo­ré que « la Ré­pu­blique fé­dé­rale n’in­ves­ti[sse] pas », ac­cu­sant le mi­nistre des fi­nances, M. Schäuble (CDU), de « vou­loir uti­li­ser les ex­cé­dents bud­gé­taires en ca­deaux fis­caux au lieu d’in­ves­tir dans l’ave­nir ».

Mais c’est aus­si le cas de Mme Mer­kel qui, sou­cieuse de ne pas se lais­ser ca­ri­ca­tu­rer par son adversaire en can­di­date de l’aus­té­ri­té, ne cesse elle-même de ré­pé­ter, de­puis plu­sieurs mois dé­jà, que son pays doit in­ves­tir da­van­tage. En phase avec ce­lui du SPD, le dis­cours de M. Ma­cron l’est donc tout au­tant avec ce­lui qu’a dé­ci­dé de te­nir la chan­ce­lière pen­dant la cam­pagne: «Nous sommes convain­cus que l’Eu­rope doit bou­ger et, pour ce­la, que la France et l’Al­le­magne doivent bou­ger en­semble », as­sure Pe­ter Tau­ber, le se­cré­taire gé­né­ral de la CDU.

En at­ten­dant des pro­po­si­tions plus concrètes sur l’ave­nir de la zone eu­ro, M. Ma­cron et Mme Mer­kel ont vou­lu mettre l’ac­cent sur la co­opé­ra­tion – em­bryon­naire et com­plexe – en ma­tière de dé­fense. Jeu­di, Pa­ris et Ber­lin ont don­né leur dé­fi­ni­tion des cri­tères né­ces­saires, se­lon eux, à la mise en place de la co­opé­ra­tion struc­tu­rée per­ma­nente qu’ils veulent voir émer­ger en Eu­rope dans ce do­maine.

Cap a été mis, à long terme, sur le dé­ve­lop­pe­ment com­mun d’un nou­vel avion de com­bat eu­ro­péen. «C’est une ré­vo­lu­tion pro­fonde », a com­men­té M. Ma­cron. En réa­li­té, rien n’in­dique que l’Al­le­magne se­rait prête à fran­chir le pas avec un tel ap­pa­reil au mo­ment de re­nou­ve­ler ses ac­tuels Tor­na­do. Et le nou­vel avion ne ver­rait le jour qu’à l’ho­ri­zon 2035 au plus tôt. La chan­ce­lière a sa­lué l’ob­jec­tif, tout en in­di­quant que d’autres pro­jets vien­draient avant, comme la fa­bri­ca­tion de drones ar­més, voire la concep­tion d’une plate-forme com­mune pour une pro­chaine gé­né­ra­tion de chars d’as­saut.

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