La « drôle de paix » entre la Rus­sie et l’OTAN

La Tur­quie, membre de l’Al­liance at­lan­tique, de­vrait ache­ter des mis­siles S-400 à la Rus­sie

Le Monde - - INTERNATIONAL - bruxelles - bu­reau eu­ro­péen jean-pierre stroo­bants

Rou­vert en avril 2016, le dif­fi­cile dia­logue entre la Rus­sie et l’OTAN se pour­suit vaille que vaille et une réu­nion di­plo­ma­tique au siège de l’Al­liance at­lan­tique, jeu­di 13 juillet, à Bruxelles, a per­mis à son se­cré­taire gé­né­ral, Jens Stol­ten­berg, d’af­fir­mer que les deux camps s’en­gagent mu­tuel­le­ment sur un ob­jec­tif : « Dé­fendre la paix. »

Ils se sont, en tout cas, pro­mis de s’in­for­mer sur leurs ma­noeuvres et leurs opé­ra­tions de sur­vol, sans tou­te­fois le­ver toutes les am­bi­guï­tés : les vastes exer­cices russes pré­vus pour sep­tembre in­quiètent par leur am­pleur (100000 hommes, se­lon l’OTAN), mais ne re­pré­sen­te­raient pas «une me­nace im­mi­nente pour un al­lié », dit M. Stol­ten­berg, sans ci­ter l’Ukraine. Le Conseil OTAN-Rus­sie est un cé­nacle qui a ou­blié ses ob­jec­tifs ini­tiaux – la co­opé­ra­tion et le par­te­na­riat – mais où les di­plo­mates se parlent en­core. Il s’est réuni quatre fois de­puis avril 2016, après avoir été sus­pen­du pen­dant deux ans, à la suite de l’an­nexion de la Cri­mée. Plu­tôt que de dé­gel, il s’agit d’une «drôle de paix», confirme un di­plo­mate. La ren­contre a évi­té les points de ten­sion. Le dé­ploie­ment de mis­siles Pa­triot amé­ri­cains en Li­tua­nie, bien­tôt en Rou­ma­nie, le conflit en Sy­rie ou l’hy­po­thé­tique adhé­sion de l’Ukraine à l’Al­liance. Si le dos­sier af­ghan a été évo­qué, c’est en vue de «ré­duire les risques », as­sure M. Stol­ten­berg. Pas pour par­ler du sou­tien que Mos­cou four­ni­rait, se­lon le Pen­ta­gone, à des groupes d’in­sur­gés.

« Vio­la­tion du droit in­ter­na­tio­nal »

Le fil du dia­logue n’est donc pas rom­pu, mais il de­meure beau­coup

de su­jets qui fâchent. « Im­pos­sible d’en re­ve­nir à des re­la­tions nor­ma­li­sées tant que Mos­cou vio­le­ra le

droit in­ter­na­tio­nal », com­mente l’OTAN. Par ailleurs, la dé­ci­sion d’un pays qui pos­sède la deuxième ar­mée de l’Al­liance va cau­ser des dif­fi­cul­tés ad­di­tion­nelles: la Tur­quie au­rait fi­na­le­ment dé­ci­dé d’ac­qué­rir, pour ren­for­cer sa ca­pa­ci­té de dé­fense an­ti­aé­rienne, des mis­siles S-400 de fa­bri­ca­tion russe, se­lon l’agence Bloom­berg jeu­di. Ces ma­té­riels, qu’An­ka­ra de­vrait ac­qué­rir pour l’équi­valent de 2,19 mil­liards d’eu­ros, sont tou­te­fois in­com­pa­tibles avec les équi­pe­ments de l’OTAN. « L’in­ter­opé­ra­bi­li­té [la com­pa­ti­bi­li­té] est fon­da­men­tale car liée à la ca­pa­ci­té des al­liés de conduire

des opé­ra­tions en­semble», in­dique l’or­ga­ni­sa­tion, sans confir­mer la dé­ci­sion de la Tur­quie. Celle-ci au­rait été prise trois jours après que le se­cré­taire d’Etat amé­ri­cain, Rex Tiller­son, a plai­dé pour un apai­se­ment des re­la­tions Wa­shing­ton-An­ka­ra.

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