La mort de cen­taines d’en­fants sous tu­telle de l’Etat in­digne le Chi­li

La pré­si­dente, Mi­chelle Ba­che­let, ré­cuse les cri­tiques contre son ex-mi­nistre de la jus­tice, ac­cu­sée de « né­gli­gences in­ex­cu­sables »

Le Monde - - INTERNATIONAL - BUENOS AIRES cor­res­pon­dance ré­gio­nale CHRIS­TINE LE­GRAND

La mort, entre jan­vier 2005 et juin 2016, de 1313 en­fants et ado­les­cents pla­cés sous la tu­telle du Ser­vice na­tio­nal des mi­neurs (Se­name), pro­voque une tem­pête po­li­tique au Chi­li, à quelques mois de la pré­si­den­tielle du 19 no­vembre.

Le scan­dale n’est pour­tant pas nou­veau. Le nombre exor­bi­tant de vic­times avait été ré­vé­lé dès le 3 oc­tobre2016 par le Se­name. Le dé­to­na­teur avait été la mort, le 11 avril 2016, d’une fillette de 11ans, Lis­sette Vil­la, morte par as­phyxie à la suite de mal­trai­tances de la part de deux res­pon­sables d’un des foyers de l’ins­ti­tu­tion qui pré­ten­daient contrô­ler une crise de co­lère de l’en­fant.

La pré­si­dente so­cia­liste, Mi­chelle Ba­che­let – au pou­voir de­puis 2014, après un pre­mier man­dat entre 2006 et 2010 – s’est en­tre­te­nue, mar­di 11 juillet, avec les pré­si­dents de la Cour su­prême, de la Chambre des dé­pu­tés et du Sé­nat, pour ana­ly­ser la crise du Se­name, qui est res­pon­sable de quelque 20 000 en­fants.

L’or­ga­nisme d’Etat, créé en 1979 et qui dé­pend du mi­nis­tère de la jus­tice, gère à la fois des or­phe­li­nats et des centres de dé­ten­tion pour les mi­neurs dé­lin­quants. Mais sur­tout, à 85 %, il gère des foyers pour en­fants vul­né­rables, pro­ve­nant en grande ma­jo­ri­té de mi­lieux pauvres et qui sont sé­pa­rés de leur fa­mille quand la jus­tice es­time que celle-ci est in­ca­pable de les éle­ver.

« Mo­der­ni­ser les ins­ti­tu­tions »

Dé­jà, en 2013 et 2014, une en­quête me­née par le Con­grès avait ré­vé­lé des mau­vais trai­te­ments phy­siques et psy­cho­lo­giques, mais aus­si des agres­sions sexuelles. Une com­mis­sion avait dé­non­cé de « graves et sys­té­ma­tiques vio­la­tions des droits de l’homme com­mises par l’Etat », pré­ci­sant que le per­son­nel de ce type de foyers n’était ab­so­lu­ment pas qua­li­fié, les in­fra­struc­tures dé­plo­rables et les res­sources fi­nan­cières in­suf­fi­santes. « C’est un sys­tème dans un état ter­mi­nal », avait à l’époque af­fir­mé Ma­ria Es­te­la Or­tiz, res­pon­sable du Conseil na­tio­nal de l’en­fance, créé par la pré­si­dente Ba­che­let pour éla­bo­rer une nou­velle po­li­tique de l’en­fance.

A la suite de pres­sions du gou­ver­ne­ment, les dé­pu­tés n’ont tou­te­fois pas ap­prou­vé, le 4 juillet, un nou­veau rap­port ac­tua­li­sé, car le do­cu­ment conte­nait de fortes cri­tiques contre l’an­cienne mi­nistre de la jus­tice, Ja­vie­ra Blan­co, proche de Mme Ba­che­let et ac­tuel­le­ment membre du Conseil de dé­fense de l’Etat, qu’il ac­cu­sait de « né­gli­gences in­ex­cu­sables ».

La pré­si­dente chi­lienne es­time que la crise du Se­name est un pro­blème « his­to­rique, struc­tu­rel » et ne re­lève donc « pas seule­ment de la res­pon­sa­bi­li­té d’un gou­ver­ne­ment ou d’une per­sonne ». « Ce qui a échoué, c’est la so­cié­té dans son en­semble, pas seule­ment l’Etat», a ajou­té le mi­nistre de la jus­tice, Jaime Cam­pos, qui dé­signe comme prin­ci­paux res­pon­sables «les pa­rents, les fa­milles et la so­cié­té ci­vile ». Des pro­pos qui n’ont fait qu’at­ti­ser les cri­tiques contre le pou­voir exé­cu­tif.

Can­di­date à la pré­si­dence pour le Par­ti dé­mo­crate-ch­ré­tien, Ca­ro­li­na Goic a sou­li­gné « que les en­fants du Se­name ne doivent pas être otages de la po­li­tique », pro­po­sant la créa­tion d’une Com­mis­sion de vé­ri­té et de jus­tice, sur le mo­dèle de celle créée, au re­tour de la dé­mo­cra­tie, pour connaître le nombre exact et les cir­cons­tances de la mort des vic­times de la dic­ta­ture mi­li­taire d’Au­gus­to Pi­no­chet (1973-1990).

De son cô­té, le can­di­dat de droite, Se­bas­tian Piñe­ra, a lan­cé un ap­pel à «un ac­cord na­tio­nal pour mo­der­ni­ser les ins­ti­tu­tions char­gées de l’en­fance ». Homme d’af­faires mil­lion­naire, M. Piñe­ra, qui a gou­ver­né le Chi­li de 2010 à 2014, est don­né fa­vo­ri dans les son­dages en vue de la pré­si­den­tielle de no­vembre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.