ÉTAT ISLAMIQUE : UNE FA­MILLE FRANÇAISE CAPTURÉE À MOSSOUL

L’ar­mée ira­kienne a ar­rê­té une femme et ses quatre en­fants. Son ma­ri a dis­pa­ru. Un casse-tête di­plo­ma­tique pour Pa­ris

Le Monde - - LA UNE - Mossoul (irak) - en­voyées spé­ciales Édith bou­vier et hé­lène sal­lon

L’ar­mée ira­kienne a cap- tu­ré, le 8 juillet, une femme et ses quatre en- fants, qui étaient ca­chés à Mos- soul. Alors que son ma­ri a dis- pa­ru, elle de­mande à être re- mise à l’am­bas­sade de France. Un casse-tête ju­di­ciaire pour Pa­ris, qui ne tient pas à voir ren­trer les Fran­çais ayant choi­si de re­joindre l’EI. Le Monde échan­geait di­rec­te­ment avec le couple de­puis fin mai. «Mon ma­ri, c’était un tou­riste. On pen­sait pou­voir vivre dans un Etat islamique, mais sans faire la guerre », ra­conte l’épouse.

Sa­me­di 8 juillet, vers 19 heures. Les hommes du ba­taillon des forces an­ti­ter­ro­ristes ira­kiennes de Nad­jaf prennent po­si­tion dans une des rares mai­sons encore épar­gnées par les com­bats, près du mar­ché aux pois­sons de la vieille ville de Mossoul. Sous leurs pieds, des pleurs d’en­fants leur par­viennent. Dans la cave de la mai­son, une femme et quatre en­fants sont pros­trés, ter­ri­fiés à la vue des sol­dats.

Vê­tue d’un voile mar­ron et d’une robe noire, la mère n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle ne pèse pas plus de 40 ki­los. Dans ses bras, un nour­ris­son de 5 mois, amorphe. Les che­veux ébou­rif­fés, deux fillettes de 3 et 8 ans flottent dans leurs robes co­lo­rées et le gar­çon de 5 ans a le vi­sage creu­sé par la faim. « Elle pen­sait qu’on al­lait la tuer, elle a donc com­men­cé à in­sul­ter l’[or­ga­ni­sa­tion] Etat islamique [EI], mais on l’a bien trai­tée, une fois qu’on s’est as­su­rés qu’elle ne por­tait pas de cein­ture ex­plo­sive », ra­conte le lieu­te­nant-co­lo­nel Ali.

Aus­si­tôt, les sol­dats d’élite com­prennent qu’ils viennent de faire une prise im­por­tante. Dans un arabe ru­di­men­taire ponc­tué d’an­glais, M., la femme, dit être ve­nue de France, avec ses en­fants et son ma­ri, et de­mande à être re­mise à l’am­bas­sade de son pays. Lors de son in­ter­ro­ga­toire fil­mé en vidéo, elle as­sure : « Mon ma­ri ne vou­lait pas être un com­bat­tant. (…) Il ne fai­sait rien dans l’EI. » Sur sa disparition, elle dé­clare : « Il était sor­ti cher­cher de l’eau [quelques heures plus tôt] et n’est ja­mais re­ve­nu. »

De­puis le dé­but de la bataille de Mossoul, en oc­tobre 2016, peu de dji­ha­distes étran­gers, pas plus que leurs familles, ont été cap­tu­rés vi­vants. Le pro­fil ex­cep­tion­nel de cette fa­mille dé­cide le gé­né­ral Fa­lah Al-Obeï­di, des forces an­ti­ter­ro­ristes, à la gar­der une nuit et un jour, dans sa mai­son en li­sière de Mossoul, pour l’in­ter­ro­ger avant son trans­fert aux of­fi­ciers du ren­sei­gne­ment de son uni­té.

« TROIS À QUATRE JOURS SANS MANGER »

« Quand les sol­dats m’ont dit qu’ils avaient une femme française, je leur ai dit de veiller à la cap­tu­rer vi­vante, qu’on puisse la rendre aux Fran­çais et leur mon­trer que le pré­ten­du Etat islamique n’est que men­songe. Qu’ils sachent ce qui ar­rive vrai­ment à ceux qui prennent ce che­min. Elle était très cho­quée que Daech [acro­nyme arabe de l’EI] ait uti­li­sé les femmes et les en­fants comme bou­cliers hu­mains », ex­plique le gé­né­ral Al-Obeï­di.

Jus­qu’au trans­fert de M. sur la base des forces an­ti­ter­ro­ristes ira­kiennes à Bag­dad, dans la nuit du lun­di 10 au mar­di 11 juillet, les forces fran­çaises et amé­ri­caines ba­sées près de Mossoul ont vu leurs de­mandes de la ren­con­trer re­fu­sées, af­firme-t-il.

Dans les deux té­lé­phones que M. avait sur elle, ce­lui de son ma­ri et le sien, de nom­breux contacts ont été re­trou­vés, en plus de pho­tos et d’une carte de la bataille mise à jour dans l’après-mi­di du 8 juillet. Le haut­gra­dé irakien est ce­pen­dant por­té à croire la jeune femme quand elle af­firme qu’elle et son ma­ri vi­vaient de­puis quelque temps à l’écart des com­bat­tants étran­gers, par­mi les ha­bi­tants de Mossoul.

« Sa condi­tion phy­sique était si mau­vaise qu’on ne peut pas ima­gi­ner que son ma­ri com­bat­tait pour Daech. Les com­bat­tants étran­gers ont tout ce qu’ils veulent. Elle, lors­qu’on lui a don­né de la nour­ri­ture, elle n’ar­ri­vait pas à ava­ler parce qu’elle est res­tée trois à quatre jours sans manger », pour­suit-il.

De­puis fin mai, Le Monde avait pu échan­ger di­rec­te­ment des mes­sages avec le couple. Dé­jà condam­né en France dans un pro­cès en lien avec un groupe ter­ro­riste, A., le ma­ri, réus­sit à per­sua­der M. de le suivre en Sy­rie avec leurs trois en­fants, pour vivre l’ex­pé­rience du « ca­li­fat ». Ils vident leur ap­par­te­ment de la ban­lieue pa­ri­sienne et prennent la route.

A peine ar­ri­vée à Rak­ka, en oc­tobre 2015, la fa­mille est mise dans un bus. Di­rec­tion Mossoul. « Quand on est ar­ri­vés en Sy­rie, j’étais tel­le­ment contente. Je me di­sais, c’est fou, je n’en­tends pas de bombes. Puis, sans nous pré­ve­nir, ils nous ont envoyés en Irak. On n’a su qu’au bout de quatre heures de route qu’on pas­sait la fron­tière. Comme on ne par­lait pas arabe, ils en ont bien pro­fi­té », ra­conte M.

Très vite, le couple dé­chante. « On re­ce­vait un sa­laire men­suel de 240 dol­lars [210 eu­ros] pour toute la fa­mille. Mais, par­fois, ils ne vou­laient pas le don­ner à A. car il ne par­ti­ci­pait pas à leur truc. Il a même été em­pri­son­né quelques jours parce qu’il re­fu­sait de com­battre. Mon ma­ri, c’était un tou­riste. On pen­sait pou­voir vivre dans un Etat islamique, mais sans faire la guerre. C’est vrai qu’il avait une arme, mais c’est obli­gé ici », ajoute-t-elle.

A. di­sait avoir ten­té de s’en­fuir avec sa fa­mille quand la bataille de Mossoul a com­men­cé, en oc­tobre 2016. Il ra­con­tait avoir ache­té une voi­ture et pris la route de l’ouest pour re­joindre Tal Afar, à 60 ki­lo­mètres en di­rec­tion de la fron­tière sy­rienne. Mais le vé­hi­cule se­rait tom­bé en panne avant qu’ils aient dé­pas­sé les fau­bourgs de Mossoul.

A. au­rait en­ta­mé alors des dé­marches pour de­man­der l’au­to­ri­sa­tion de par­tir aux au­to­ri­tés de l’EI. Il rem­plit de nom­breux do­cu­ments, signe des at­tes­ta­tions sans vrai­ment com­prendre puis­qu’il ne parle pas arabe. « Ils ont fi­na­le­ment re­fu­sé de nous lais­ser par­tir, avait-il ra­con­té au Monde. Sans nous ex­pli­quer pour­quoi. Au dé­but de la bataille de Mossoul, la plupart des familles étrangères sont par­ties. Rien n’a été mis en place, sauf pour les émirs [chefs] et les veuves. Les Tchét­chènes aus­si, mais eux sont très bien or­ga­ni­sés. »

Pe­tit à pe­tit, les ha­bi­tants du quar­tier s’en­fuient. Les étran­gers re­joignent la Sy­rie, les Ira­kiens se rendent à l’ar­mée, qui se rap­proche inexo­ra­ble­ment. « On n’a ja­mais vu beau­coup de Fran­çais à Mossoul, as­su­rait A. Nos voi­sins ne com­pre­naient pas ce qu’on était ve­nus faire dans cette ga­lère. Il y avait cinq ou six autres familles de Fran­çais ici. En ma­jo­ri­té des blai­reaux, tous prêts à fi­nir dans une opé­ra­tion ka­mi­kaze. C’est pour ça qu’on ha­bite un peu à l’écart vers le quar­tier Chi­fa. Et comme je ne par­ti­cipe pas à la bataille, j’évite de me faire re­mar­quer. »

Leurs familles res­pec­tives en France contactent les au­to­ri­tés à Pa­ris et à Er­bil. La mère de A. écrit même au nouveau pré­sident, Em­ma­nuel Ma­cron, et har­cèle le consu­lat gé­né­ral d’Er­bil. Mais leurs de­mandes d’aide et d’in­ter­ven­tion res­tent lettre morte. « Hommes, femmes, en­fants, on n’a au­cun in­té­rêt à ce qu’ils rentrent », ré­pondent, la­co­niques, les ser­vices concer­nés. Le per­son­nel de la cel­lule de crise du Quai d’Or­say va jus­qu’à conseiller d’at­ta­cher au cou des en­fants des éti­quettes en plas­tique avec leurs noms, afin de les iden­ti­fier en cas de mort.

Sur place, la si­tua­tion de­vient de plus en plus ter­rible. « Un dé­luge de feu s’abat chaque nuit sur la ville. La nuit der­nière, j’ai cru que notre mai­son al­lait s’ef­fon­drer. Le pire, c’est les mor­tiers et les tirs d’ar­tille­rie. Ils font énor­mé­ment de vic­times chaque jour et l’ac­cès à l’hô­pi­tal est pra­ti­que­ment cou­pé », dit A. Avec le siège, la vie de­vient in­te­nable. La fa­mille doit dé­mé­na­ger vers la vieille ville. Les mar­chés se vident : plus de viande ni de fruits ou de lé­gumes. « On a encore un peu de riz, de la se­moule, des len­tilles, avait alors ra­con­té M. Mais sur­tout de la fa­rine. C’est tout ce qu’il nous reste. Les prix ont vrai­ment ex­plo­sé, c’est hor­rible : avant, le sucre c’était 1 000 di­nars ira­kiens [75 cen­times d’eu­ro], main­te­nant ça a dé­pas­sé les 45 000 di­nars. »

« ON DOIT BOIRE DE L’EAU CROUPIE »

Dé­but juin, l’homme contracte une hé­pa­tite E. La fa­mille est contrainte de s’ap­pro­vi­sion­ner au bord du Tigre, une eau conta­mi­née. « Mon ma­ri est très faible, ra­conte alors sa femme. Il ne peut plus se le­ver. Nous n’avons pas de mé­di­ca­ments et, à l’hô­pi­tal, ils n’ont plus rien, ils lui ont seule­ment don­né du Do­li­prane. Les en­fants, eux, ont la gale. La si­tua­tion est grave. » A peine ré­ta­bli, A. re­prend son té­lé­phone. Il dit culpa­bi­li­ser d’avoir en­traî­né sa fa­mille dans cette ga­lère. Sa frus­tra­tion contre l’EI est grande : « Nous et les ci­vils, on doit boire l’eau croupie des puits. Mais les émirs et les gens bien pla­cés, eux, ils ont le droit de boire l’eau de l’hô­pi­tal qui est fil­trée et ne rend pas ma­lade ».

Quelques mes­sages plus tard, il re­prend : « Tout est comme ça. Dans les bri­gades, le fro­mage est ré­ser­vé aux hommes, alors que c’est les en­fants qui en ont le plus be­soin. Ce­la ré­sume toute leur men­ta­li­té. Du coup, beau­coup d’hommes ne vou­laient pas aller com­battre parce qu’ils n’avaient pas confiance dans les gens à qui ils de­vaient confier leurs familles. Sur­tout que les mêmes, en­suite, viennent vous de­man­der s’il n’y a pas des femmes dis­po­nibles pour se ma­rier. »

A la fin du ra­ma­dan, fin juin, A. avait sen­ti les com­bats se rap­pro­cher. Un jour, il n’a même pas pu at­teindre la mos­quée AlNou­ri, si­tuée pour­tant à 200 mètres de sa mai­son. Ses voi­sins et les familles qui squat­taient la même cave partent à ce mo­ment-là vers la ligne de front, à leurs risques et pé­rils. « Notre seule so­lu­tion, c’est de fuir par le Tigre. Se lais­ser des­cendre avec le cou­rant et se ca­cher un peu plus loin, sous un pont. J’ai ache­té des bouées pour mes en­fants et de la corde pour qu’on s’at­tache entre nous. D’autres sont dé­jà sor­tis comme ça », ex­pli­quait le ma­ri.

Le car­ré encore te­nu par l’EI ré­tré­cit à vue d’oeil. Ca­chée dans une cave, la fa­mille ne sort plus, les en­fants ne dorment plus. Un sni­per s’ins­talle dans les étages au-des­sus. « Il faut que j’em­mène ma fa­mille loin d’ici. Les drones vont vi­ser le sni­per et nous avec », nous avait écrit A. Quelques mi­nutes d’in­ter­rup­tion, il re­pre­nait : « Je ne com­prends pas pour­quoi l’EI se bat encore, il n’y a plus rien à sau­ver de leur Etat à Mossoul. Ils ne pour­ront ja­mais re­cons­truire. C’est ça qu’ils ap­pellent pré­ser­ver le sang des mu­sul­mans ? »

Sa­me­di 8 juillet dans l’après-mi­di, A. dit à sa femme qu’il va cher­cher de l’eau pour la fa­mille. Quelques heures plus tard, sans nou­velles, M. s’in­quiète. « Des hommes ar­més entrent dans la pièce. » C’est le der­nier mes­sage qu’elle en­voie. Quant à A., il n’y a au­cune in­for­ma­tion fiable à son su­jet.

La cap­ture de M. et de ses quatre en­fants consti­tue à ce stade, se­lon une source bien in­for­mée, un cas in­édit pour Pa­ris. Se­lon nos in­for­ma­tions, les ser­vices de ren­sei­gne­ment fran­çais doutent du ré­cit fait par le couple sur sa vie à Mossoul et consi­dèrent A. comme un « homme dan­ge­reux ». Pour eux, il reste à dé­mon­trer que le couple n’ait pas joué un rôle au sein de l’or­ga­ni­sa­tion dji­ha­diste.

Quoi qu’il en soit, l’af­faire au­ra va­leur de test pour la ges­tion d’autres cas qui pour­raient se pré­sen­ter à l’ave­nir. Dans une lettre adres­sée mer­cre­di aux ser­vices consu­laires fran­çais en Irak, l’avo­cat de la fa­mille de M., Me William Bour­don, a re­quis que soit ef­fec­tuée, confor­mé­ment à la loi, une vi­site consu­laire au­près de sa cliente. « Nous en ap­pe­lons à une très grande vi­gi­lance des au­to­ri­tés fran­çaises, à la fois en rai­son de la pré­sence de quatre en­fants mi­neurs en bas âge, mais aus­si en rai­son de la jus­tice en Irak qui est loin de res­pec­ter les prin­cipes d’un pro­cès équi­table », pré­cise au Monde l’avo­cat.

« AU DÉ­BUT DE LA BATAILLE DE MOSSOUL, LA PLUPART DES FAMILLES ÉTRANGÈRES SONT PAR­TIES. RIEN N’A ÉTÉ MIS EN PLACE, SAUF POUR LES CHEFS ET LES VEUVES », SE­LON LE PÈRE DE FA­MILLE

Le mi­nis­tère des af­faires étrangères a af­fir­mé que la pro­tec­tion consu­laire se­rait ap­por­tée à M. et à ses en­fants pour s’as­su­rer de leurs condi­tions de dé­ten­tion et du res­pect des droits de la dé­fense, ajou­tant qu’une vi­gi­lance toute par­ti­cu­lière se­rait exer­cée quant à la si­tua­tion des en­fants. Se­lon nos in­for­ma­tions, la prio­ri­té des au­to­ri­tés fran­çaises est de faire sor­tir les en­fants. La pro­cé­dure pour­rait se ré­vé­ler com­plexe au re­gard de la loi ira­kienne, qui ne per­met pas la sé­pa­ra­tion d’une mère et de ses en­fants sans au­to­ri­sa­tion de cette der­nière, et du fait éga­le­ment de la fi­lia­tion qui reste à éta­blir pour la ben­ja­mine, née à Mossoul en fé­vrier.

« DOS­SIER TRÈS COM­PLEXE »

De­puis leur ar­ri­vée à Bag­dad, le 11 juillet, M. et ses quatre en­fants sont dé­te­nus au centre d’in­ves­ti­ga­tion des forces an­ti­ter­ro­ristes (CTS), qui dé­pendent du bu­reau du pre­mier mi­nistre. « M. et ses en­fants vont bien. Les ser­vices fran­çais, par le biais de l’am­bas­sade de France, peuvent la ren­con­trer en se co­or­don­nant avec nous », a in­di­qué di­manche, au Monde, un res­pon­sable au sein des CTS. Di­manche 16 juillet, les au­to­ri­tés fran­çaises n’avaient tou­te­fois pas encore été pré­ve­nues of­fi­ciel­le­ment de leur cap­ture et de leur dé­ten­tion par Bag­dad, un préa­lable à toute de­mande d’exer­cice de la pro­tec­tion consu­laire.

Cette no­ti­fi­ca­tion pour­rait être à double tran­chant pour la mère et ses en­fants : le mi­nis­tère de la jus­tice irakien pour­rait alors se sai­sir du dos­sier, dé­ci­der d’ou­vrir une ins­truc­tion et trans­fé­rer la fa­mille dans une pri­son de droit com­mun, ce que re­doutent l’avo­cat et la fa­mille, au vu des rapports alar­mistes ré­di­gés sur le sys­tème car­cé­ral et ju­di­ciaire irakien. Se­lon la gra­vi­té des faits qui pour­raient lui être re­pro­chés, M. pour­rait encourir la peine de mort de­vant un tri­bu­nal antiterroriste irakien.

« Ce dos­sier évi­dem­ment très com­plexe im­pose autre chose qu’une seule ges­tion ju­di­ciaire et de ren­sei­gne­ment. Il im­pose de re­mettre de l’hu­ma­ni­té au coeur de ce dos­sier », plaide Me Bour­don. L’avo­cat craint que les au­to­ri­tés fran­çaises main­tiennent une ligne in­tran­si­geante et re­fusent d’agir pour ob­te­nir le re­tour de M. en France. « S’agis­sant des Fran­çais qui vou­laient ren­trer de Sy­rie et d’Irak, le trai­te­ment qui leur a été fait de­puis des an­nées est très cy­nique. C’est-à-dire : “Vous avez vou­lu re­joindre le diable, res­tez-y !” », ex­plique-t-il. Le com­mu­ni­qué pu­blié ven­dre­di 14 juillet par le mi­nis­tère des af­faires étrangères va dans ce sens. « Nous ne contes­tons pas aux au­to­ri­tés ira­kiennes la pos­si­bi­li­té de pour­suivre en jus­tice les res­sor­tis­sants fran­çais im­pli­qués dans des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes pré­sentes en Irak », a dé­cla­ré le Quai d’Or­say. Se­lon une source di­plo­ma­tique ira­kienne, Bag­dad n’a pas in­té­rêt à gar­der M. et ses en­fants. « Mais, pour que la France puisse les ré­cu­pé­rer, il faut des trai­tés bi­la­té­raux au ni­veau ju­di­ciaire qui n’existent pas ac­tuel­le­ment. Une proposition de texte est à l’étude », ajoute cette source, qui n’ex­clut pas un ar­ran­ge­ment entre Pa­ris et Bag­dad pour fa­ci­li­ter les dé­marches de re­tour. Cer­tains ex­priment tou­te­fois la pos­si­bi­li­té que des pres­sions soient exer­cées pour gar­der en Irak les com­bat­tants étran­gers et leurs familles, qui per­mettent à des hommes politiques ira­kiens de pré­sen­ter l’EI comme le fruit d’un com­plot étran­ger.

« La place de la mère, si elle doit être jugée, est plus de­vant un juge fran­çais qu’irakien alors que ses quatre pe­tits doivent évi­dem­ment re­trou­ver leur fa­mille au plus vite », as­sure Me Bour­don. En cas d’ex­tra­di­tion et de ju­ge­ment en France, M. en­court une peine de pri­son pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs en lien avec une en­tre­prise ter­ro­riste. La pre­mière condam­na­tion d’une femme ayant sé­jour­né en Sy­rie, pro­non­cée en avril, a été de six ans.

Les en­fants se­raient, dans un pre­mier temps, pla­cés par l’aide sociale à l’en­fance, le temps d’exa­mens mé­di­caux et d’une enquête sur une pos­sible prise en charge par les grands-pa­rents. Mais le pro­ces­sus est encore à l’étape d’éla­bo­ra­tion, et rares sont les en­fants qui ont été ren­dus à leurs familles.

LA MÈRE POUR­RAIT ENCOURIR LA PEINE DE MORT SI ELLE ÉTAIT JUGÉE DE­VANT UN TRI­BU­NAL ANTITERRORISTE IRAKIEN

LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

Lors d’une opé­ra­tion des forces an­ti­ter­ro­ristes ira­kiennes, dans la vieille ville de Mossoul, le 29 juin.

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